Procès pour « fraude fiscale » : Isabelle Balkany assure le spectacle en l’absence de Patrick

PROCÈS Lourdement condamnés en première instance, Patrick et Isabelle Balkany sont jugés, en appel, jusqu’au 18 décembre, pour « fraude fiscale »

Vincent Vantighem

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Paris, le 11 décembre 2019. Isabelle Balkany arrive à la cour d'appel de Paris où elle jugée, avec son mari Patrick, pour fraude fiscale.
Paris, le 11 décembre 2019. Isabelle Balkany arrive à la cour d'appel de Paris où elle jugée, avec son mari Patrick, pour fraude fiscale. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany ont été respectivement condamnés à quatre et trois ans de prison ferme en septembre pour « fraude fiscale ». Depuis, le maire de Levallois-Perret a été incarcéré.
  • Depuis le 11 décembre, ils sont rejugés par la cour d’appel de Paris pour ces faits. Isabelle Balkany comparaît seule, son mari ayant dû être hospitalisé pour des problèmes de santé.
  • En dépit du risque de condamnation à une peine d’inéligibilité, Patrick Balkany a déjà annoncé qu’il formerait un pourvoi en cassation afin de se présenter à sa propre succession aux municipales de mars 2020.

Attention, une Balkany peut en cacher un autre. Son mari hospitalisé depuis la semaine dernière pour une occlusion intestinale, Isabelle Balkany s’est occupée, seule, de défendre, mardi, son couple des accusations de « fraude fiscale » dont il répond devant la cour d’appel de Paris depuis le 11 décembre.

Changement d’acteur donc. Mais pas de style. Dans un mélange de gouaille, de désinvolture et surtout d’aplomb, la première adjointe (LR) à la mairie de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) a fait le spectacle, désarçonnant Sophie Clément, la présidente de la cour, pourtant rodée à l’exercice. Illustration quand celle-ci l’interroge sur sa déclaration d’impôts de 2010 sur laquelle elle a inscrit « zéro » dans la case des revenus. « Alors, là, franchement, je ne sais pas. Je sèche… Mais si vous me laissez envoyer un SMS à mon assistant, je pourrais vous répondre. »

Et voilà Isabelle Balkany, doudoune prune sur gilet rose, qui dégaine son portable en pleine audience. Au-dessus de sa tête, un tableau grandiloquent de François Flameng rappelle que la loi commande. Lex imperat en latin. Mais Isabelle Balkany n’en a cure. Dorures aux murs ou pas, elle choisit quand elle s’assoit, quand elle se sert un petit verre d’eau, quand elle raconte l’histoire « du chien renifleur » que son avocat réclame, quand elle se relève, quand elle rigole, quand elle souffle et surtout comment elle répond.

Le ton monte avec l’avocat du fisc

Et le ton varie en fonction des interlocuteurs. Tout en haut de la liste de ses cibles préférées, Isabelle Balkany a placé Xavier Normand-Bodard, l’avocat du fisc, qu’elle accuse de mentir. Vient ensuite l’avocate générale avec qui chaque échange se termine bien au-delà des décibels autorisés par la bienséance.

Seule la présidente de la cour semble finalement obtenir un minimum de respect. Peut-être car elle s’est vite rendu compte qu’elle avait autant de chance d’obtenir des réponses à ses questions que de voir Édouard Philippe manifester contre les retraites avec la CGT sous les fenêtres du palais de justice. Alors, elle n’insiste pas. Elle fait avec.

Les croquettes du chien et les liasses de billets

Ainsi, quand Isabelle Balkany répond en parlant des croquettes de son chien à une question sur l’utilisation d’espèces, la présidente laisse faire. Et tente une autre approche. Pourtant, l’interrogation est légitime. Certaines années, les Balkany n’ont effectué ni retrait en banque ni paiement par carte bancaire. D’où provenaient donc les liasses qui servaient à payer les billets d’avion « en business » pour Saint-Martin ou Marrakech ? Et celle oubliée dans la poche du costume au pressing ? Sans oublier celles changées à la caisse du supermarché de Saint-Marcel (Eure) ? Parmi tant d’autres…

A ce moment-là, la septuagénaire invoque « l’épuisement » pour éluder la question comme elle est accusée de l’avoir fait avec quatre millions d’euros d’impôts. « Patrick a dit qu’il y avait des espèces. Il y en avait… » Comme si cela suffisait, la prévenue rappelle que tout cet argent venait de leurs héritages respectifs, qu’elle est « née avec une cuiller en argent dans la bouche ». Et surtout, surtout, qu’il n’y a « pas un centime d’argent public détourné ».

« Une fraude fiscale de bonne foi »

Cela fera l’objet d’un second procès en appel pour « blanchiment aggravé », « corruption » et « prise illégale d’intérêts » en février 2020. En attendant, la cour devra donc se satisfaire de cet aveu de « fraude fiscale de bonne foi ». Et si cela n’était pas clair au début du procès, cela l’est désormais : les Balkany plaident coupables.

« Il n’y a pas d’excuses, il y a des explications familiales », reprend Isabelle Balkany avant d’adresser un message teinté de menace à peine voilée à l’attention de la présidente : « J’espère que vous serez aussi pointilleuse dans votre jugement [que dans vos questions] ! » Sophie Clément la regarde alors et répond du tac-au-tac : « Comptez sur moi ! »

Le procès doit se terminer ce mercredi. La décision sera mise en délibéré.

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