Procès Balkany : Patrick et Isabelle Balkany en ont plein le dos des accusations de fraude fiscale

PROCÈS Patrick et Isabelle Balkany, lourdement condamnés en première instance, ont comparu, ce mercredi, pour « fraude fiscale » devant la cour d’appel de Paris

Vincent Vantighem

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Paris, le 11 décembre 2019. Isabelle Balkany arrive à la cour d'appel de Paris où elle est jugée pour «fraude fiscale» avec son mari, Patrick.
Paris, le 11 décembre 2019. Isabelle Balkany arrive à la cour d'appel de Paris où elle est jugée pour «fraude fiscale» avec son mari, Patrick. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Condamnés respectivement à quatre et trois ans de prison ferme en première instance, Patrick et Isabelle Balkany sont jugés en appel pour « fraude fiscale » à Paris.
  • L’accusation estime qu’ils ont dissimulé un patrimoine et de l’argent en liquide qu’il leur a permis d’avoir un train de vie supérieur à leurs revenus.
  • Ils encourent dix ans de prison et d’inéligibilité mais entendent tout de même se présenter à leur propre succession aux municipales en mars 2020.

Il a d’abord tenté de s’accouder sur la balustrade. Puis d’allonger ses jambes au maximum dans le box. Mais rien ne soulageait Patrick Balkany. Mercredi matin, un peu plus d’une demi-heure après l’ouverture du procès en appel pour « fraude fiscale », Isabelle Balkany a demandé à interrompre les débats afin de pouvoir donner un médicament à son mari. « Excusez-moi mais il souffre du dos, là… », a-t-elle lâché en sortant une plaquette de cachets de son sac.

Derrière les barreaux de la Santé depuis le 13 septembre, Patrick Balkany, visage amaigri et cheveux longs, s’est alors levé pour plaider lui-même sa cause : « J’ai été opéré d’une tumeur à la colonne vertébrale. On m’a enlevé la moitié des vertèbres [la moitié d’une vertèbre, en réalité]. J’ai six vis [dans le dos]. Même dans ma cellule, je ne peux pas m’asseoir sur une chaise… » Et donc encore moins sur le petit banc en bois des prévenus du « vieux » palais de justice de Paris. Non. C’est un fauteuil qu’il faut pour le maire (LR) de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) !

La villa Pamplemousse, le riad de Marrakech et les espèces

Une suspension d’audience plus tard, le prétoire a été aménagé pour permettre à l’élu de 71 ans de poser son séant sur une chaise verte. Suffisamment molletonnée pour qu’il écoute religieusement Sophie Clément, la présidente, rappeler les faits qui lui valent, ainsi qu’à son épouse et première adjointe, de comparaître pour « fraude fiscale ». « Le 1er juin 2015, l’administration fiscale dépose une plainte qui se fonde sur un double constat, rappelle-t-elle. D’abord, le train de vie des époux Balkany supérieur à leurs revenus. Et la détention d’un patrimoine occulte… »

Et la voici qui détaille la villa Pamplemousse à Saint-Martin (Antilles) – cinq chambres, une salle de massage, une piscine – avant de poursuivre avec les 17.097 euros de meubles achetés pour le riad de Marrakech qu’ils nient posséder, d’enchaîner avec le Moulin de Cossy, ses onze chambres et neuf salles de bains, à Giverny (Eure), puis de conclure par les espèces qui peuplent le dossier judiciaire, évoquant même la caissière de l’Intermarché de Saint-Marcel, spécialisée dans le change des billets de 500. Un « océan de liquide » avait osé l’accusation, dans l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel.

Le stock d’or ? « Ce n’était pas la Brink’s non plus, hein ! »

Lourdement condamnés en première instance – quatre ans de prison ferme pour lui, trois ans pour elle – les Balkany pourraient faire le dos rond. Mais ce n’est pas leur genre. Questionnés tour à tour pour savoir s’ils contestent les faits qu’ils ont pourtant reconnu lors du procès en première instance, ils se lancent alors dans un numéro de duettistes.

Doudoune sans manches sur un pull bleu, Isabelle Balkany attaque par ses frères et sœurs qui l’ont spoliée d’une partie de la fortune familiale faite dans le caoutchouc et remercie sa mère qui, pour équilibrer la situation, lui donner du liquide à chaque fois qu’elle la voyait « à déjeuner ». Mais depuis qu’elle a avalé des médicaments en avril, la septuagénaire souffre de problèmes neurologiques et mélange les dates et les chiffres.

Patrick Balkany la corrige quand il faut. Complète et embraye sur sa propre famille. Très vite, il évoque son père, « rescapé d’Auschwitz ». Et dans un maelström difficilement descriptible, il parle alors « des mines de sel », « des morsures de chiens », « d’une bergère », « d’un Ukrainien et d’une Lettonne ». Pour en arriver au stock de liquide qui était planqué à part du stock d’or. « Et ce n’était pas la Brink’s non plus, hein ! »

« Vous contestez ? Répondez par oui ou non ! »

Un ange passe dans le prétoire. L’occasion de remarquer que les klaxons des voitures bloquées par la grève franchissent les fenêtres du palais de justice. L’avocat général en profite pour tenter de recentrer les débats. « Pouvez-vous nous dire si, oui ou non, vous contestez les faits qui vous sont reprochés ? Répondez par oui ou non ! »

Peine perdue : Patrick Balkany n’a pas fait 35 ans de carrière politique sans être un expert ès langue de bois. Le voici qui emberlificote les débats, embrouille et enchaîne sur son beau-frère, la sœur qu’il n’a pas, les lingots d’or à 5.500 francs et les journalistes du Monde. « Je trouve ça inadmissible d’avoir été condamné d’une manière aussi anormale… », achève-t-il.

L’avocat général accuse le coup. Interdit, il décide, finalement, de répondre tout seul à ses interrogations : « Je comprends donc que vous contestez les faits… » Il faudra attendre lundi et la reprise de l’audience à 13h30 pour en être certain. Patrick et Isabelle Balkany ont toujours prétendu avoir bon dos dans cette affaire. Mais ils encourent une peine de dix ans de prison.

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