« Laura est une rescapée », un homme jugé pour avoir tenté d’étrangler sa femme devant leur fille

PROCES Frédéric C., 36 ans, comparaît aux assises des Hauts-de-Seine pour avoir étranglé sa femme. Les voisins du couple étaient intervenus

Caroline Politi

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Frédéric C. comparaît à partir de ce lundi aux assises pour une
Frédéric C. comparaît à partir de ce lundi aux assises pour une — Frédéric C., 36 ans, comparaît aux assises des Hauts-de-Seine pour avoir étranglé sa femme. Les voisins du couple étaient intervenus
  • Frédéric C. est poursuivi pour « tentative de meurtre sur conjoint ». Dans la nuit du 16 au 17 avril 2018, il a tenté d’étrangler sa compagne Laura. Pour ce crime, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Frédéric C. « a reconnu l’avoir saisi par le cou dès la première audition. […] Mais jamais il n’a cherché à la tuer », insiste son avocat, Me Erwann Coignet. La victime assure avoir été régulièrement frappée et avait précédemment déposé des mains courantes déposées par la victime sans avoir voulu porter plainte.
  • L’autre enjeu du procès portera sur le sort de la fillette, aujourd’hui âgée de 4 ans, qui a assisté aux violences.

Que ce serait-il passé, dans la nuit du 16 au 17 avril 2018, si les voisins de Laura R., alertés par des bruits sourds et des appels à l’aide, n’étaient pas intervenus ? « Elle serait probablement morte étranglée par son compagnon, Laura est une rescapée », est convaincue son avocate, Me Nathalie Tomasini, alors que s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine, à Nanterre, le procès de Frédéric C., poursuivi pour « tentative de meurtre sur conjoint ». Crime pour lequel il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le drame s’est noué peu après minuit, dans la chambre de leur fille de 2 ans, alors que l’accusé venait de rentrer, ivre, d’une soirée entre collègues. D’après le récit de la jeune femme, aujourd’hui âgée de 31 ans, elle lui aurait intimé l’ordre d’aller dormir chez sa mère, ce que Frédéric C. fait parfois lorsqu’il est très alcoolisé. Devant son refus, c’est elle qui aurait quitté la chambre conjugale pour aller dormir dans celle de leur enfant. Son compagnon l’aurait alors suivi et étranglé à plusieurs reprises tout en lui cognant la tête contre le mur et le sol et en la menaçant de mort. Selon Laura R., son supplice ne s’est arrêté que lorsque ses voisins sont venus frapper à leur porte. L’un d’eux a confié aux enquêteurs avoir vu l’accusé quitter l’appartement en « souriant » alors même que la jeune femme, à quatre pattes, ne parvenait pas à déglutir et reprendre son souffle​. Une incapacité totale de travail de 8 jours lui sera prescrite.

« Il n’a jamais cherché à la tuer »

Si Frédéric C., 36 ans, a toujours admis avoir commis cette nuit-là des violences alors qu’il était sous l’emprise de l’alcool – il a été interpellé avec 0,95 gramme d’alcool dans le sang –, il n’a eu de cesse de nier toute intention homicide. « Il a reconnu l’avoir saisi par le cou dès la première audition. Il s’en veut beaucoup et le regrette d’autant plus qu’il l’a fait en présence de son enfant, mais jamais il n’a cherché à la tuer », insiste son avocat, Me Erwann Coignet, qui rappelle que le juge d’instruction avait, dans un premier temps, demandé le renvoi de son client devant le tribunal correctionnel pour des violences volontaires avant que la chambre de l’instruction ne se prononce pour un renvoi aux assises.

De même, l’accusé, décrit par ses proches comme « joyeux », « blagueur » mais également « nerveux » et difficilement maîtrisable lorsqu’il a bu, n’a eu de cesse de répéter au cours de l’instruction que ces violences étaient inédites. Un récit qui tranche avec celui de la jeune femme. Elle assure avoir été régulièrement frappée, y compris lorsqu’elle était enceinte de leur fille. Les enquêteurs ont retrouvé la trace de trois précédentes interventions dans les fichiers des mains courantes, dont deux où elle affirmait être victime de violences sans toutefois vouloir déposer plaintes. « C’était un couple avec des relations conflictuelles mais les disputes n’entraînaient pas de violences », insiste le conseil de Frédéric C. Les investigations ont également permis de mettre en lumière une procédure lancée par l’ancienne compagne de Frédéric C, en 2010. La jeune femme, qui avait refusé de poursuivre sa plainte, racontait avoir été réveillée par l’accusé, ivre, qui s’était assis sur elle, lui avait donné des gifles puis l’avait saisi à la gorge en la plaquant au mur.

L’autre enjeu du procès portera sur le sort de la fillette, aujourd’hui âgée de 4 ans, qui a assisté aux violences. Si Laura R. a affirmé au cours de l’instruction que Frédéric C. n’a jamais été violent avec leur enfant, elle note que cette dernière souffre de symptômes de stress post-traumatique, notamment des cauchemars et des crises d’angoisses. « Les enfants ne sont pas que témoins des violences entre leurs parents, ils sont également victimes directes », insiste Nathalie Tomasini, qui rappelle que la fillette est partie civile au procès. De son côté, Me Erwann Coignet insiste sur la nécessité de ne pas faire de ce procès un symbole. « Les faits sont suffisamment graves, la cour jugera les actes, ce n’est pas la peine d’en rajouter. »