Affaire Elodie Kulik : « C’est une histoire qui nous a tous remués… », lâche une femme dans le public

PROCÈS Trois semaines après le début du procès de Willy Bardon, le public est toujours aussi nombreux à patienter chaque jour pour assister aux débats.

Vincent Vantighem

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Amiens, le 05 décembre 2019. Le public est nombreux pour assister au procès de l'affaire Elodie Kulik.
Amiens, le 05 décembre 2019. Le public est nombreux pour assister au procès de l'affaire Elodie Kulik. — V.VANTIGHEM
  • Élodie Kulik, 24 ans, a été violée et étranglée en janvier 2002. Son corps a été retrouvé en partie carbonisé sur un terrain vague de Tertry (Somme).
  • Willy Bardon, 45 ans, est jugé depuis le 21 novembre devant la cour d’assises, à Amiens. Il encourt une peine de réclusion à perpétuité.
  • Mercredi, il a été interrogé durant deux heures sur les faits. Le verdict est attendu vendredi.

D’un seul coup, les yeux bleu clair se sont embués. Derrière ses lunettes rectangulaires, Jean-Claude n’a pas pu s’empêcher de laisser échapper une larme. Au moment de prononcer le nom d’Élodie Kulik. « Je l’ai vue naître et grandir, lâche-t-il alors. J’étais un des collègues de son père à La Poste. Jacky, je ne l’avais plus revu depuis … 1993. Mais ça me semblait important d’être là. On est impuissants mais solidaires… »

Comme beaucoup, Jean-Claude passe de longues heures depuis le début de la semaine à faire la queue pour obtenir une place dans la cour d’assises où Willy Bardon est jugé pour le viol et le meurtre d’Élodie Kulik. En silence, tous les jours, ils franchissent les deux portiques de sécurité et se placent devant la lourde porte en bois en attendant qu’elle s’ouvre. Mercredi, au moment de l’interrogatoire de Willy Bardon, une vingtaine de personnes ont même dû rester dehors, faute de places suffisantes.

« J’avais l’âge d’Élodie quand elle a été assassinée »

Ce jour-là, Marie, elle, a pu entrer. Aide-soignante, elle jongle avec son emploi du temps pour assister au maximum d’audiences, quitte à faire des centaines de kilomètres par semaine. « J’avais l’âge d’Élodie quand elle a été assassinée, explique-t-elle après avoir patienté pendant 2h30 au début de la file pour être sûre d’avoir une bonne place. Et aujourd’hui, mes enfants ont aussi ce même âge… »

Cette présence, digne et chaleureuse, est aussi due à la personnalité et à l’histoire de Jacky Kulik, le père d’Élodie. Frappé par les malheurs à répétition – il a perdu deux enfants avant le meurtre d’Élodie puis sa femme s’est suicidée – il a cristallisé autour de son combat tous les anonymes de la région qui ont découvert son histoire.

« Montrer à Monsieur Kulik qu’on est là »

Comme Marie-Christine. « Je ne le connais pas personnellement mais je suis de Péronne (Somme) et cette histoire nous a tous remués, avoue-t-elle. Ce n’est pas de la curiosité malsaine. On veut juste montrer à Monsieur Kulik qu’on est là même si cela ne sert à rien. »

Pas sûr. A la fin de chaque audience, le père de la victime passe de longues minutes à saluer les membres de cette troupe qui, en silence, l’attendent patiemment. Et ils seront au rendez-vous vendredi pour assister avec lui au verdict après trois semaines de procès. Dans leur plaidoirie, ce jeudi, ses avocats n’ont pas hésité à demander aux jurés de prendre leur décision en pensant aussi « à tous les proches » présents autour de lui. Willy Bardon encourt une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

Continuez à suivre le procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem