Policiers blessés à Viry-Châtillon : Les avocats jugent « incohérentes » les peines allant de dix à vingt ans de prison

JUSTICE Huit des 13 jeunes hommes accusés d'avoir tenté de tuer des policiers à Viry-Châtillon en 2016, ont été condamnés à des peines allant jusqu'à vingt ans de réclusion

Caroline Politi

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Les quatre agents de police ont été la cible d'une violente attaque le 8 octobre 2016. Au terme de 8 semaines d'audience, huit individus ont été condamnés.
Les quatre agents de police ont été la cible d'une violente attaque le 8 octobre 2016. Au terme de 8 semaines d'audience, huit individus ont été condamnés. — THOMAS SAMSON / AFP
  • Huit des 13 accusés ont été reconnus coupables d'avoir tenté de tuer les policiers qui se trouvaient aux abords d'un carrefour de Viry-Châtillon dans l'Essonne. Cinq ont été acquittés.
  • L'avocate générale avait demandé des peines de vingt à trente ans de réclusion. Les accusés majeurs encouraient la réclusion criminelle à perpétuité, les mineurs 15 ans. 

Il aura fallu près de treize heures à la cour d’assises des mineurs de l’Essonne, à Evry, pour délibérer. Treize heures pour conclure huit semaines d’audience d’une haute intensité. Dans une salle pleine à craquer, huit des 13 accusés dans l’attaque de quatre policiers à Viry-Châtillon, ont été reconnus coupables de « tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique » et condamnés à des peines allant de dix à vingt ans de prison. Seul l’un des trois accusés mineurs a été condamné, écopant d’une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle. La cour a ainsi écarté l’excuse de minorité : le jeune homme était non seulement à dix jours de sa majorité, mais son rôle est également décrit comme celui d’un leader dans l’attaque. Cinq accusés ont été acquittés.

Les faits remontent au 8 octobre 2016. Quatre policiers, répartis dans deux véhicules, sont chargés d’assurer la sécurisation d’une caméra de vidéosurveillance, située sur un carrefour où les vols à la portière sont légion, lorsqu’ils aperçoivent une vingtaine d’individus, tout de noir vêtus, cagoulés et gantés, fondre dans leur direction. Vincent R., qui sera le plus grièvement blessé, tente de redémarrer sa voiture. En vain. Il reste coincé dans l’habitacle lorsque le véhicule s’embrase après avoir été la cible de cocktails Molotov. Quand il parvient enfin à s’en extraire, il est à nouveau visé par un projectile. Ses hurlements – il est brûlé sur 25 % du corps​ – alertent un de ses collègues qui se brûlera à son tour en l’aidant à retirer ses vêtements en flammes.

Les avocats des parties civiles déplorent un verdict « incompréhensible »

« Ce ne sont pas les acquittements qui nous font bondir, c’est le principe d’un jury populaire, le doute profite à l’accusé mais le verdict est incohérent : on reconnaît huit individus coupables d’avoir cherché à tuer des policiers mais on ne les condamne pas en conséquence », déplore Me Laurent-Franck Liénard, avocat de Sébastien P. et Virginie G. Ses clients, qui n’étaient pas présents pour le verdict, ont été informés dans la nuit mais le conseil n’a, pour l’heure, aucune nouvelle. « Ils seront forcément déçus que les peines ne soient pas à la hauteur du crime. » Les accusés majeurs encouraient la réclusion criminelle à perpétuité, les mineurs quinze ans. « Si la cour a été convaincue qu’ils ont bien cherché à tuer des policiers, pourquoi ne pas avoir tiré les conséquences de constat ?, poursuit Me Thibault de Montbrial, qui défend Jenny D., grièvement brûlée pendant l’attaque. Quel signal envoie-t-on aux voyous, qu’ils peuvent tenter de tuer des policiers et qu’ils prendront dix, peut-être vingt ans ? »

A l’inverse, les avocats de la défense ont déploré un verdict trop sévère, compte tenu notamment du jeune âge des accusés, l’aîné a aujourd’hui 24 ans, et de la fragilité de ce dossier dans lequel les éléments matériels se font rares. L’attaque a beau avoir eu lieu en plein après-midi, tous les assaillants étaient masqués et les quelques traces ADN relevées sur les lieux ne sont pas concluantes. Quant à la vidéosurveillance, de mauvaise qualité, elle est difficilement exploitable. « Quand on voit un gamin de 17 ans qui se prend 18 ans aux assises sans même que lui soit appliquée l’excuse de minorité, c’est parfaitement scandaleux. C’est un gamin de 17 ans qui a été complètement broyé par l’enquête », a réagi Me Deborah Meier-Mimran.

Loi du silence

Le procès, tout comme l’avait été l’instruction de ce dossier, a été marqué par la loi du silence. Témoins absents ou pris d’une soudaine amnésie. Les rares qui ont accepté de parler ont radicalement changé leurs propos, disculpant les accusés. Seul l’un des mis en cause a reconnu sa présence sur les lieux de l’agression, les autres n’ont eu de cesse de nier. « Ils donnaient des excuses sans queue ni tête, il n’y avait parfois aucune cohérence dans leur réponse », déplore Me Laurent-Franck Lienard. L’un d’eux a notamment affirmé qu’il n’avait jamais entendu parler de l’attaque contre les policiers avant son interpellation.

Les huit semaines d’audience qui se sont tenues à huis clos car trois des accusés étaient mineurs au moment des faits, n’ont pas permis de déterminer précisément qui avait jeté un cocktail Molotov, qui avait jeté une pierre… Si l’avocate générale s’était appuyée sur le principe de la « coaction » pour demander des peines de vingt à trente ans de réclusion criminelle, la cour a acquitté cinq des accusés au bénéfice du doute. Le parquet général n’a pas encore indiqué s’il allait faire appel de ce verdict. ​