Affaire Élodie Kulik : Willy Bardon se défend et propose même son aide pour trouver le coupable

PROCÈS Alors que son procès touche à sa fin, Willy Bardon s’est défendu, simplement, d’avoir violé et tué Élodie Kulik, en 2002, à Tertry

Vincent Vantighem

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Willy Bardon, le meurtrier présumé d'Elodie Kulik.
Willy Bardon, le meurtrier présumé d'Elodie Kulik. — P.Huguen / AFP
  • Élodie Kulik, 24 ans, a été violée et étranglée en janvier 2002. Son corps a été retrouvé en partie carbonisé sur un terrain vague de Tertry (Somme).
  • Willy Bardon, 45 ans, est jugé depuis le 21 novembre devant la cour d’assises, à Amiens. Il encourt une peine de réclusion à perpétuité.
  • Mercredi, il a été interrogé durant deux heures sur les faits. Le verdict est attendu vendredi.

De notre envoyé spécial à la cour d’assises de la Somme, à Amiens,

Difficile de croire que vendredi soir, il pourrait être condamné à la réclusion à perpétuité. Tranquille, Willy Bardon s’est permis, mercredi, de faire de l’humour à la barre de la cour d’assises de la Somme qui le juge, depuis le 21 novembre, pour le viol en réunion et le meurtre sordide d’Élodie Kulik. Interrogé sur un fantasme réclamé à sa maîtresse en guise de « cadeau de Noël », il s’exclame alors : « Ah, mais je ne l’ai jamais obtenu. Mais vous savez, j’ai pas eu ma Ferrari non plus ! Et pourtant, j’aimerais bien… »

L’ancien ouvrier tuyauteur de 45 ans est comme ça. « Gueulard », « grande gamelle », selon ses proches. « Sans filtre », selon la psychiatre qui l’a examiné. Mais surtout terriblement serein, quoi qu’il en dise. La preuve ? La cour d’assises n’a pas passé plus de deux heures à l’interroger sur les faits, mercredi après-midi. Et a surtout donné l’impression que, même en y consacrant deux jours, cela n’aurait rien changé.

La pression des gendarmes, le nœud au cerveau de l’accusation

« Ce n’est pas moi ! », a en effet martelé Willy Bardon, chemise bleue sur le dos et mains bien à plat sur le pupitre. Pas lui qui a violé et étranglé Élodie Kulik. Pas lui qui a incendié son cadavre sur un terrain vague afin d’effacer les traces. Pas lui non plus qu’on entend sur l’enregistrement de l’appel passé aux pompiers par la victime quelques minutes avant sa mort. Pourtant, en garde à vue en 2013, il s’était reconnu sur la bande. « Les gendarmes m’avaient tellement mis la pression que j’étais prêt à signer n’importe quoi », s’est-il défendu.

L’occasion, comme tous les jours, pour la présidente de la cour de rediffuser l’appel et de faire résonner les cris de la victime dans le prétoire. Mais cela ne change rien. Il y a désormais autant de personnes qui reconnaissent la voix de l’accusé sur cette bande que de témoins qui prétendent le contraire. Six dans chaque camp. Et un beau nœud au cerveau pour Anne-Laure Sandretto, l’avocate générale, qui va devoir requérir dans les prochaines heures.

« Quoi ! ? Y croivent que j’étais là-bas ces abrutis ? »

Pour se faciliter la tâche, elle a tenté une autre approche mercredi. Même salle, autre ambiance : elle a demandé la diffusion de plusieurs écoutes téléphoniques de Willy Bardon avant qu’il ne soit placé en garde à vue. On l’entend discuter avec son copain Laurent. B qui, lui, a déjà été auditionné : « Tu sais quand est-ce qu’ils me convoquent ? » Puis appeler les gendarmes pour proposer son ADN afin d’être innocenté. « Vous savez, j’en ai un peu marre des ragots sur moi. Je vous laisse mon portable et mon adresse… » Et surtout discuter avec sa compagne : « Quoi ! ? Y croivent que j’étais là-bas ces abrutis ? Vivement qui m’convoquent ! »

L’avocate générale veut y voir le signe qu’il s’inquiétait de la situation et voulait s’assurer qu’il n’y avait pas de preuves à son encontre. Mais, il faut être un coupable tout de même tordu pour proposer soi-même son ADN aux enquêteurs…

Questionné à ce propos, Willy Bardon a expliqué qu’il avait, à l’époque, du mal à vivre la situation, alors que la rumeur faisait de lui dans son village l’auteur du crime odieux. Et la situation ne semble pas avoir changé… « Moi aussi j’ai de la douleur. Même si je sais bien qu’elle est incomparable avec celle de Jacky Kulik… »

Cintré dans sa « rage », le père d’Élodie était à la même barre quelques heures plus tôt pour rendre hommage à sa fille et rappeler qu’il avait prévu « de traquer les criminels » jusqu’à sa mort. Insistant, il a expliqué qu’il ne serait « libéré » que quand Willy Bardon « croupirait en prison ». Celui-ci l’a bien entendu. Mais à la fin de son interrogatoire, il a quand même promis de lui proposer son aide pour résoudre l’affaire s’il n’était pas condamné. Le verdict est attendu vendredi.

Suivez en direct la suite du procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem