Procès du Mediator : Le laboratoire Servier concède « une mauvaise appréciation du risque »

TRIBUNAL Le laboratoire reconnaît avoir fait « une erreur d’analyse »

20 Minutes avec AFP

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Le procès du Mediator
Le procès du Mediator — AFP

« Le laboratoire n’a pas perçu le niveau de risque comme il l’aurait dû ». Cette phrase a été prononcée à la barre par Emmanuel Canet, représentant de Servier au procès du Mediator. Le laboratoire, qui a commercialisé pendant 33 ans le Mediator, un médicament tenu pour responsable de centaines de morts, a concédé avoir eu « une mauvaise appréciation du risque » et avoir fait « une erreur d’analyse ».

Le laboratoire comparaît notamment pour tromperie, homicides et blessures involontaires.

Servier charge l’Agence du médicament

Emmanuel Canet parle de la « responsabilité » du laboratoire mais charge systématiquement l’Agence du médicament, qui compte également parmi les prévenus pour sa passivité jusqu’en 2009. « L’analyse nous la faisons de façon conjointe avec l’Agence. Nous ne sommes pas les seuls », dit celui qui dément que le laboratoire ait eu « la volonté de tromper ou de dissimuler » afin de maintenir le médicament sur le marché. « On n’a pas pris conscience qu’on se trouvait dans une situation semblable à celle des fenfluramines », affirme-t-il, loin de convaincre les parties civiles.

En 1997, Servier a retiré de la vente deux médicaments coupe-faim, l’Isomeride et le Ponderal, de la famille des fenfluramines, après le recensement de nombreux cas d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une maladie rare et grave. Ils contenaient de la norfenfluramine, une substance toxique également présente dans le Mediator.

« Pas une évidence à l’époque »

« Les patients et les médecins ont-ils été suffisamment informés des effets secondaires du Mediator ? », interroge la présidente Sylvie Daunis. « L’information n’a pas été à la mesure du risque », reconnaît Emmanuel Canet. Mais « ce qui paraît être aujourd’hui une évidence ne l’était pas à l’époque », se défend-il.

« A tort, nous n’avons pas fait d’études cas témoins », affirme le représentant de Servier. Les cas connus d’HTAP et de valvulopathie étaient trop peu nombreux, selon lui.

Il a fallu attendre 2009 et la pneumologue Irène Frachon pour que le scandale éclate. Dans un premier temps, le laboratoire a demandé une restriction de prescription au lieu d’un retrait du médicament.

Mais au procès, dix ans plus tard, Emmanuel Canet répète : la décision du retrait « était la bonne. Il fallait la prendre ».