Affaire Elodie Kulik : « Une poule sur un tas de fumier »... Willy Bardon affiche sereinement sa misogynie à la barre

PROCÈS Deux anciens amis de Willy Bardon sont venus raconter à la barre, ce lundi, à quel point il ne respectait pas les femmes mais ils ne l’ont pas mis en difficulté

Vincent Vantighem

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Jacky Kulik tient dans les mains une photo de sa fille, Elodie, violée et tuée en 2002
Jacky Kulik tient dans les mains une photo de sa fille, Elodie, violée et tuée en 2002 — DENIS CHARLET / AFP
  • Elodie Kulik, 24 ans, a été violée et tuée en janvier 2002. Son corps a été retrouvé en partie carbonisé dans un terrain de Tertry (Somme).
  • Willy Bardon, 45 ans, est jugé depuis le 21 novembre devant la cour d’assises, à Amiens. Il encourt la réclusion à perpétuité.
  • Les témoins décrivent un homme très cru avec les femmes mais il n’y a pas le début d’une preuve de son implication.

A la cour d’assises de la Somme, à Amiens,

Pas un jour de plus… Le procès de Willy Bardon doit durer jusqu’à vendredi. Aussi quand Anne-Laure Sandretto, l’avocate générale, balance à l’un des témoins qu’elle ne va pas « y passer 107 ans », il s’agit autant d’une façon de le secouer que de lui rappeler l’urgence du calendrier. La tentative, ce lundi matin, était louable. Mais elle n’a pas permis à la cour d’assises de la Somme d’en savoir davantage sur le viol en réunion et le meurtre d’Elodie Kulik pour lequel Willy Bardon comparaît depuis le 21 novembre à Amiens.

Assis à côté de ses trois avocats sur une espèce de fauteuil de bureau à roulettes, cet homme de 45 ans a passé une partie de la journée à se balancer de droite à gauche. Comme s’il était extrêmement serein. On a beau être « devant une cour d’assises en train d’examiner un meurtre particulièrement sordide » comme l’a rappelé l’avocate générale, il n’y a en effet toujours pas le début d’une preuve.

Des doutes, oui. Comme ceux de Christophe M. Proche de l’accusé au début des années 2000, ce témoin est venu dire à la barre qu’il ne « le laisserait pas tout seul avec [sa] femme… » Parce que Willy Bardon n’a « aucun respect pour les gonzesses » et qu’il « saute sur tout ce qui bouge » pour se « vider les couilles ». Ça fait sans doute de lui « un gros dégueulasse » comme il a été décrit au début du procès mais pas vraiment un coupable.

La bande-son de 26 secondes toujours au centre des débats

La cour d’assises s’en remet donc au seul élément tangible de l’enquête. Cet enregistrement de 26 secondes de l’appel passé par Elodie Kulik aux pompiers le soir des faits. On y entend la jeune femme hurler. Et au fond, deux voix d’hommes non identifiées… Comme la semaine passée, elles ont encore résonné dans les oreilles des jurés et des témoins équipés d’un casque pour l’occasion.

Christophe M. ne s’est pas fait prier pour le placer sur ses oreilles. Catégorique, il a rapidement expliqué qu’il reconnaissait une voix. Mais qu’il est incapable de dire à qui elle correspond exactement. Il a fallu attendre que Ludovic C. prenne sa succession à la barre pour en savoir plus.

« Je ne dis pas que Willy Bardon est complice [des faits]. Je dis juste que j’ai identifié sa voix sur cette bande », est-il venu asséner comme il l’avait fait face aux gendarmes en 2013. Et le public qui, chaque jour, fait la queue pour avoir une place dans le prétoire s’est remis à espérer de connaître enfin la vérité. D’autant que Ludovic C. a des choses à raconter sur son ancien copain avec qui il faisait du 4x4.

La pompe à essence menacée de viol et de mort…

Relancé, le témoin raconte ainsi la fois où il a accompagné Willy Bardon à la pompe à essence. Ce jour-là, l’automate défaillant a avalé la carte bancaire de l’accusé. Et de dévoiler sa réaction : « Rends-la moi salope ! Je vais te violer, te tuer et te brûler ! » Soit exactement le triste sort qui a été réservé à Elodie Kulik. Willy Bardon ne s’est même pas levé de sa chaise à roulettes pour se défendre. « Ce sont des conneries ! Des bêtises qu’on dit entre mecs ! Un peu comme quand on parle d’une poule sur un tas de fumier… », a-t-il lâché parlant évidemment d’une femme et non pas d’un gallinacé

Si Willy Bardon est aussi franc, c’est sans doute parce qu’il sait qu’il peut compter sur ses trois avocats. Ceux-ci n’ont pas mis longtemps pour démonter le témoignage à charge qui venait d’être produit à la barre. Rappelant que Ludovic C. avait été lui-même soupçonné des faits, ils lui ont demandé si ce n’était pas les gendarmes qui lui avaient « soufflé » le nom de Willy Bardon ?

« Oui, ils m’ont fait comprendre… avoue-t-il finalement. J’étais accusé. Je me suis défendu comme j’ai pu. J’ai eu peur de me retrouver en prison pour quelque chose que je n’ai pas commis... » Willy Bardon a alors refait un léger mouvement de droite à gauche sur son fauteuil à roulettes. Il sait que le procès ne durera pas « 107 ans » mais doit s’achever vendredi. Et que la loi prévoit que le doute profite à l’accusé.

Suivez la suite du procès de Willy Bardon sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem