Affaire Elodie Kulik : « C’est son timbre de voix », assure un témoin qui a reconnu la voix de Willy Bardon

PROCES La cour d'assises de la Somme a entendu, ce vendredi, plusieurs proches de l'accusé qui ont écouté l'enregistrement de l'appel passé par Elodie Kulik

Thibaut Chevillard

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La cour d'assises de la Somme, à Amiens
La cour d'assises de la Somme, à Amiens — Thibaut Chevillard
  • Agée de 24 ans, Elodie Kulik a été violée et étranglée en 2002. Son corps, en partie carbonisé, a été découvert sur un terrain désaffecté à Tertry, dans la Somme.
  • Dix-sept ans plus tard, Willy Bardon, 45 ans, est jugé devant la cour d’assises, à Amiens. Il nie les faits dont il est accusé.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès doit durer jusqu’au 6 décembre.

A la cour d’assises de la Somme, à Amiens,

Combien de fois l’ont-ils écouté, cet enregistrement ? Dix fois ? Vingt fois ? Ce vendredi, les six jurés ont remis leurs casques afin d’écouter l’enregistrement de l’appel passé aux pompiers par Elodie Kulik la nuit où elle a été violée et tuée. Ils se sont concentrés sur les voix masculines que recouvrent les cris de terreur de la jeune femme de 24 ans. L’une d’entre elles est-elle celle de l’accusé, Willy Bardon ? La question anime les débats depuis le début du procès, le 21 novembre. Plusieurs de ses proches, lorsqu’ils étaient en garde à vue, ont assuré l’avoir reconnue. Mais ces témoignages, qui constituent pratique le seul élément à charge contre lui, suffisent-ils à prouver sa culpabilité ? Leur crédibilité peut faire basculer le procès dans un sens ou dans un autre.

Mercredi, la défense a fait venir un universitaire​ qui a expliqué que la reconnaissance d’une voix par un proche n’était pas une méthode fiable, car elle n’est pas « scientifique ». Or, les avocats de Willy Bardon ne cessent de rappeler que son ADN n’a pas été retrouvé sur la scène de crime, que son téléphone n’a pas borné dans le secteur cette nuit-là. Devant la cour, il déclare aimer le sexe, reconnaît ne pas avoir toujours avoir eu un comportement galant avec les femmes. Mais pour ses conseils, cela ne prouve en rien qu’il a participé au viol et au meurtre de la jeune directrice de banque, près de Péronne. La partie civile espère donc que les témoins qui ont reconnu sa voix sauront convaincre les jurés qu’il est bien l’homme que l’on entend sur la bande.

« Sa manière de parler »

Le premier à s’avancer à la barre, Cyril L., 41 ans, a connu l’accusé « petit ». A l’époque, il jouait avec le neveu de Willy Bardon, Romuald J. mais les deux hommes n’ont jamais été intimes, signale-t-il. Lorsque les gendarmes de la section de recherche d’Amiens lui ont fait écouter l’appel passé par la victime la nuit des faits, il a immédiatement reconnu la voix de Willy Bardon. « Sur la bande, je ne comprends pas ce qui est dit. Mais c’est son timbre de voix, sa manière de parler », souligne ce témoin, assurant que les gendarmes ne lui ont pas extirpé cette confession. Mais comme le fait remarquer l’avocate générale, Anne-Laure Sandretto, de l’ADN mitochondrial pouvant correspondre à celui de Cyril L. avait été retrouvé sur la scène de crime. Et, face aux enquêteurs, il reconnaît s’être senti « inquiet ».

Frédéric L., lui, est persuadé de l’innocence de l’accusé qu’il a rencontré en 2005 ou 2006, lors des rencontres organisées par le club de 4x4 de Jussy. La présidente, Martine Brancourt, observe d’ailleurs qu’il était très impliqué dans sa défense durant l’instruction. « Je suis allé le voir à la maison d’arrêt, se rappelle-t-il notamment. Car, pour moi, c’est quelqu’un de bien. » Willy Bardon n’est pas une personne violente, c'est même quelqu'un de très «serviable». Lui aussi a écouté l’enregistrement. Et il en est certain : ce n’est pas la voix de l’accusé que l’on entend. La présidente lui rappelle que, lors d’une conversation téléphonique enregistrée par les enquêteurs, Willy Bardon avait insulté la juge d’instruction et le père d’Elodie Kulik, précisant savoir qu’il était écouté. Et Frédéric L. rigolait bien.

« Des intonations qui ressemblent »

Willy Bardon se lève et jure qu’il « regrette » ces propos. « Je suis idiot de dire des méchancetés comme ça, mais c’est le seul moyen de me faire entendre parce que personne ne me croit », clame l’accusé. Avant d’ajouter : « Personne ne peut comprendre ce que je ressens. » Son frère, René, si. Il est persuadé que ce n’est pas la voix de son frère que l’on entend sur la bande. Il y a bien « des intonations qui ressemblent », mais rien de plus. Et s’il était ému après l’avoir écouté la première fois, c’est parce qu’il était « peiné » pour Elodie Kulik. « Ça m’a pris au cœur. » Face à lui, les gendarmes « insistaient » pour qu’il dénonce Willy Bardon​. Un jour, il a été le voir en prison. Son frère lui a juré n’avoir rien fait. Cela lui suffit.

La première femme de Willy Bardon, Chrystelle P., n’a jamais voulu écouter cet enregistrement. Ni devant les gendarmes, ni devant la cour, malgré la demande de l’un des juges. La peur d’avoir « peur » en entendant les cris d'Elodie Kulik. Mais elle est sûre que les personnes qui ont reconnu la voix de l’accusé, parfois des proches comme Romuald J., étaient « sincères ». La cour entendra samedi matin Katy D., l’ex-compagne de Grégory Wiart, dont l’ADN a été retrouvé sur la scène de crime. Elle aussi a été formelle devant les gendarmes : il s’agit bien de la voix de l’accusé. Le verdict est attendu le 6 décembre. Willy Bardon encourt la perpétuité.

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