Affaire Elodie Kulik : A la barre, les parents de Grégory Wiart doutent de la culpabilité de leur fils

PROCES Les parents de Grégory Wiart, dont l’ADN a été retrouvé sur le corps d’Elodie Kulik, doutent ce jeudi à la barre qu’il a violé et tué la jeune femme en 2002  

Thibaut Chevillard

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Jacky Kulik avec un portrait de sa fille tuée en 2002 Elodie Kulik, lors de l'ouverture du procès de Willy Bardon à Amiens le 21 novembre 2019
Jacky Kulik avec un portrait de sa fille tuée en 2002 Elodie Kulik, lors de l'ouverture du procès de Willy Bardon à Amiens le 21 novembre 2019 — DENIS CHARLET / AFP
  • Agée de 24 ans, Elodie Kulik a été violée et étranglée en 2002. Son corps, en partie carbonisé, a été découvert sur un terrain désaffecté à Tertry, dans la Somme.
  • Des analyses ont révélé en 2011 que l’ADN retrouvé sur la scène de crime était celui de Grégory Wiart. Ce dernier est décédé en 2003.
  • La justice accuse Willy Bardon, 45 ans, d’avoir participé à ses côtés au meurtre d’Elodie Kulik, ce qu’il nie. Il est jugé depuis une semaine devant la cour d’assises de la Somme. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès doit durer jusqu’au 6 décembre.

A la cour d’assises de la Somme, à Amiens,

Il y a des choses que des parents ne peuvent accepter. Que son enfant, la chair de sa chair, puisse être un violeur et un meurtrier en fait parti. Même si les preuves l’accablent. Même si les gens dans les rues disent de lui que c’est un monstre, qu’il s’est déchaîné sur Elodie Kulik, une jeune banquière de 24 ans, une nuit de janvier 2002, à Tertry (Somme). « Le connaissant, non », ce n’est pas possible, souffle ce jeudi à la barre de la cour d’assises Brigitte K., 60 ans. Son fils, Grégory Wiart, n’a pas pu faire ça, lui qui était si « gentil », qui avait si « bon cœur ». Il était « peureux » et pleurait quand il avait fait une bêtise, même adulte. « Il n’avait pas mauvais caractère », insiste cette petite dame blonde. Mais il était « influençable » et avait « de mauvaises fréquentations ».

Mort en 2003 dans un accident de la circulation à l’âge de 24 ans, Grégory Wiart est « un menteur, un magouilleur », reconnaît Patrick, son père. « Mais un criminel, je ne peux pas l’admettre. » Il se souvient encore du jour où les gendarmes ont débarqué chez lui, en 2012, pour lui expliquer que son ADN avait été retrouvé notamment sur le corps d'Elodie Kulik. « Je leur ai dit que ce n’était pas possible, que j’avais un très bon alibi. » Effectivement, au moment des faits, il était en prison pour avoir commis une agression sexuelle, à Berck, en 2001. Quelques jours plus tard, les analyses révèlent qu’il s’agit en effet de l'ADN de son fils. « Je n’y crois pas. Et sa sœur n’y croit pas, explique Patrick Wiart. Il lui confiait tout. Et on l’aurait vu à son attitude. »

« Pas mal de petits problèmes »

Dans ses souvenirs, Grégory était « un enfant difficile », qui lui a causé « pas mal de petits problèmes ». Passionné par les voitures, et notamment les 4x4, il avait souvent besoin d’argent pour en acheter ou les réparer. « Moi-même il me volait », poursuit son père, agrippé à la barre. Après sa majorité, il n’arrivait « plus à le tenir » mais il « savait le recadrer » quand il le fallait. D’ailleurs, il assure que son fils n’était pas « un fêtard » ni un « violent » et qu’il n’avait pas de problème d’alcool. C’était « un beau garçon », assez « dragueur » qui était souvent accompagné « de très belles filles », indique pour sa part Willy Bardon, interrogé par la présidente. L’accusé assure en revanche qu’il ne le fréquentait qu’au café ou lors des sorties avec le club de 4x4 de Jussy auquel tous deux appartenaient. « On n'est jamais sorti en discothèque. »

C’est pourtant en enquêtant sur l’entourage de Grégory Wiart que les gendarmes sont remontés à Willy Bardon en 2012, raconte l’adjudant Fabrice D., qui dirigea les investigations dès 2008. Les enquêteurs ont ratissé large, ils ont interrogé 180 de ses proches. Et rapidement, plusieurs d’entre eux évoquent Willy Bardon comme étant un « meneur », « un chef de meute », un « alcoolique » qui est « malhonnête » et « irrespectueux avec les femmes », souligne le sous-officier. Détail troublant : parmi toutes les personnes interrogées, il est « le seul à s’inquiéter de l’enquête ». Par la suite, plusieurs de ses amis, parfois intimes, reconnaissent sa voix sur l'enregistrement de l'appel aux pompiers passé par la victime la nuit où elle a été tuée.

« On a fait un travail conséquent »

Lui-même déclare aux enquêteurs en garde à vue : « C’est ma voix. On dirait ma voix mais je n’étais pas là-bas. J’y crois pas… Si ma voix est dedans c’est que je dois y être mais je ne me souviens pas. » Ses avocats ne cessent de rappeler que son ADN n’a pas été retrouvé sur la scène de crime et que son téléphone n’a pas borné dans le secteur cette nuit-là. Selon eux, les enquêteurs de la section de recherche d’Amiens n’ont pas examiné minutieusement toutes les pistes. Mais la pression autour de cette affaire médiatique était si forte qu’ils devaient trouver un coupable à tout prix, quitte à passer un peu en force. « Non je n’ai pas de doutes. Aucun. On a fait un travail conséquent », leur répond l’adjudant Fabrice D.. Le verdict est attendu le 6 décembre. Willy Bardon encourt la perpétuité.

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