VIDEO. Affaire Barbarin : «Je n’arrive pas à voir en quoi je suis coupable», maintient le cardinal au premier jour de son procès en appel

TRIBUNAL Le primat des Gaules, condamné à six mois de prison avec sursis, est jugé en appel pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs

Caroline Girardon

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Le cardinal Barbarin à son arrivée à la cour d'appel de Lyon.
Le cardinal Barbarin à son arrivée à la cour d'appel de Lyon. — J. Pachoud/ AFP
  • Jugé en appel pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, le cardinal Barbarin a maintenu sa ligne de défense.
  • Plus incisif qu’en première instance, le prélat a affirmé jeudi avoir fait « tout ce qu'(il) croyait pouvoir faire ».

« Je n’arrive pas à voir en quoi je suis coupable même si j’ai commis des fautes. » Jugé en appel ce jeudi à Lyon, le cardinal Barbarin n’a pas changé de ligne de défense. Pourquoi n’a-t-il pas dénoncé à la justice les agressions sexuelles du père Preynat  commises sur d’anciens scouts dès quand il en a eu connaissance, comme lui reprochent les parties civiles ?

A la barre, l’homme, plus incisif qu’en première instance, ne répond jamais directement. Même lorsque le président de la cour d’appel insiste à plusieurs reprises. « Il y avait une quinzaine ou une vingtaine de familles à Sainte-Foy-les-Lyon qui savaient. Elles n’ont rien dit, affirme l’archevêque se dédouanant de la sorte de toute responsabilité. Une victime m’a dit un jour : “Je vous attaque car je ne vais pas attaquer mon père”. »

« Certains n’ont pas porté plainte et c’est moi qui aurais dû le faire vingt ans plus tard ? »

« Certains n’ont pas porté plainte. Ils ont cette culpabilité aujourd’hui. Et c’est moi, vingt ans plus tard, qui aurait dû porter plainte ? », s’interroge le prélat. Philippe Barbarin le répète : sa place n’est pas ici dans un tribunal. « Si Alexandre Hezez (première victime à avoir contacté le cardinal) n'est pas allé voir le curé de sa paroisse avec lequel il s'entend bien mais qu'il a désiré rencontrer Mr Barbarin, c'est parce qu'il représente l'autorité, rappelle Nadia Debbache, avocate des parties civiles. Il a cru que lui seul pouvait stopper le père Preynat. »

« J’ai fait tout ce que je croyais pouvoir faire », martèle le primat des Gaules. A savoir demander la levée de la prescription canonique pour que le père Preynat soit jugé devant l’Eglise. « Dans la République française, on ne peut pas lever une immunité. Dans l’Eglise, oui. Et c’est cela qui a permis d’entendre toutes les victimes », assure-t-il, persuadé d’être la cible de mauvaises critiques.

« Et si un plaignant mineur était venu vous voir, que feriez-vous ? », l’interroge à nouveau le président de la cour. Réponse vague : « Je consulte le procureur de la République. » « Mais vous est-il déjà arrivé de dénoncer des agressions sexuelles aux autorités judiciaires ? », lui demande alors l’une des avocates des parties civiles. « Vous le savez, je l’ai fait deux fois (dans d’autres affaires avant 2007), j’ai agi à la seconde, appuie-t-il, rappelant avoir sollicité les conseils du procureur. J’ai avancé selon ses indications. » Pourquoi dès lors ne pas l’avoir contacté dans le cas Preynat ? La question brûle les lèvres d’autant que le cardinal a demandé conseil auprès du Vatican, cinq mois après avoir écouté les confidences d’Alexandre Hezez.

« La dénonciation n’est pas la délation »

« Parce que les faits étaient prescrits. Je sais ce qu’il faut faire quand le cas est présent. On est guidé par l’Eglise mais, pour des faits anciens, je n’ai jamais obtenu de réponses, précise-t-il. Alexandre ne pensait pas porter plainte et moi non plus… » Des mots qui n’ont pas convaincu Emmanuelle Haziza, avocate de la parte civile, citant la brochure que l’Eglise a éditée en 2003 pour lutter en interne contre la pédophilie. « Il y a deux phrases que j’ai retenues : « La dénonciation n’est pas la délation » et « la dénonciation s’impose à chaque fois que les faits sont connus »… Il n’y a aucune mention précisant que les faits très anciens doivent être exclus de ces principes », rappelle-t-elle.

Le procès se poursuivra vendredi avec les réquisitions et les plaidoiries de la défense.