Affaire Elodie Kulik : Un appel terrifiant de 26 secondes au centre du procès de Willy Bardon

PROCES Les experts qui ont analysé l’appel passé aux pompiers par Elodie Kulik ont été entendus ce mercredi par la cour d’assises de la Somme

Thibaut Chevillard

— 

Le procès de Willy Bardon se déroule jusqu'au 6 décembre 2019
Le procès de Willy Bardon se déroule jusqu'au 6 décembre 2019 — Thibaut Chevillard
  • Agée de 24 ans, Elodie Kulik a été violée et étranglée en 2002. Son corps, en partie carbonisé, a été découvert sur un terrain désaffecté à Tertry, dans la Somme.
  • Dix-sept ans plus tard, Willy Bardon, 45 ans, est jugé devant la cour d’assises, à Amiens. Il nie les faits dont il est accusé.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès doit durer jusqu’au 6 décembre.

A la cour d’assises de la Somme, à Amiens,

C’est la pièce maîtresse de ce procès, celle sur laquelle repose toute l’accusation. Un enregistrement de l’appel aux pompiers passé par Elodie Kulik le 11 janvier 2002, à 0h22. Lorsque l’opératrice décroche, elle tombe sur une jeune femme paniquée, qui ne cesse de pousser des cris, de ceux qui glacent le sang et qu’on n’oublie pas. Ses hurlements recouvrent des voix masculines difficilement audibles. Au bout de 26 secondes, la jeune femme raccroche. Le lendemain, son corps mutilé et en partie carbonisé sera découvert par un ouvrier agricole à Tertry (Somme), à 7 kilomètres environ de l’endroit où son véhicule a été retrouvé accidenté, sur la D44. Là où elle a passé son ultime coup de téléphone.

Lorsque cet enregistrement a été diffusé, ce mercredi, l'émotion a envahi la cour d'assises de la Somme. Les jurés, équipés de casques, l’ont ensuite entendu plusieurs fois. Dans quelques jours, ils devront répondre à LA question : est-ce bien la voix de Willy Bardon que l’on distingue derrière la victime ? Leur réponse sera décisive. Si c’est oui, cela signifie qu’ils estiment que l’accusé est impliqué dans la mort de la jeune directrice de banque. Dans ce cas, il encourt la prison à perpétuité. Si c’est non, cela veut dire qu’il n’y a plus d’éléments dans le dossier prouvant qu’il était sur les lieux. Car comme le rappellent ses avocats, son ADN n’a pas été retrouvé sur les lieux et son téléphone n’a pas borné dans le secteur cette nuit-là. Il devra être acquitté.

Un enregistrement de mauvaise qualité

C'est donc peu dire que la venue des experts qui ont décortiqué l’enregistrement était attendue par la cour d’assises. Mais tous indiquent d’entrée de jeu que l’enregistrement était de trop mauvaise qualité pour être analysé correctement. Ils émettent néanmoins quelques hypothèses. Christophe S., ingénieur audio au sein du service central de la police technique et scientifique, entend « au moins deux hommes » qui auraient – peut-être – dit : « vite », « c’est ça qu’il faut faire », « faut mettre avec du », « donne un paquet », « hein », « c’est là ». Arnaud T., lui, a analysé ces voix quand il travaillait à l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale). Le gendarme entend : « Ça va », « vite, vite », « cette fenêtre », « J’commence à kiffer », « hein », « t’as volé », « dis-moi ce qu’il faut faire », « passe-moi tes clés ».

Selon ces experts, les agresseurs d’Elodie Kulik auraient entre 20 et 35 ans. L’un aurait un accent de banlieue. Ou du nord de la France. Personne ne sait vraiment très bien. Reconnaissent-ils les voix de Grégory Wiart, dont l'ADN a été découvert sur la scène de crime, et de Willy Bardon ? Là aussi, les experts sont plus que prudents. Pour Christophe S. il est peu probable qu’il s’agisse de celle de l’accusé. L’ancien gendarme de l’IRCGN, Arnaud T., estime pour sa part que la qualité de l’enregistrement est trop mauvaise pour obtenir « un résultat scientifique » probant et pour comparer les voix dessus avec celle de l’accusé.

« Le dossier ne tient pas sur des expertises judiciaires »

Les experts sont donc incapables d’affirmer de façon certaine qu’il s’agit de la voix de Willy Bardon. Mais plusieurs de ses proches ont assuré aux enquêteurs puis aux juges d’instruction l’avoir reconnue. Selon Jean-François Bonastre, professeur à l’université d’Avignon cité en qualité de témoin – et non expert – par la défense, il ne s’agit pas d’une méthode « scientifique ». « Il n’y a jamais eu de travaux qui ont montré que l’être humain est capable de reconnaître la voix, que ce soit à l’oreille » ou avec un ordinateur, affirme-t-il. « Nous sommes très loin d’avoir un niveau de fiabilité acceptable », poursuit-il. « Ce ne sont pas des preuves tangibles », clame Me Stéphane Daquo, l'avocat de Willy Bardon.

Quant à l’expertise réalisée par Norbert Pheulpin, et qui a pesé contre Willy Bardon, elle ne tient pas, cet expert n’ayant pas « les compétences » dans « ce domaine », assure Jean-François Bonastre. « Le dossier ne tient pas sur des expertises judiciaires, elles n’ont pas fait notre conviction et ne feront pas la conviction de la cour d’assises », affirme à la sortie Me Didier Seban, l’avocat des parties civiles. Il espère surtout que l’audition « des témoins qui ont reconnu la voix de Willy Bardon avec certitude, et qui sont ses amis, sa famille » permettra de convaincre les jurés de son implication. Le verdict est annoncé le 6 décembre prochain.

Suivez en direct le procès sur le compte Twitter de nos journalistes :@vvantighem et@tibochevillard