Affaire Elodie Kulik : A la barre, un ouvrier agricole raconte la découverte du corps, dans la position d'« une dame quand elle accouche »

PROCES En janvier 2002, Eric a retrouvé le corps mutilé d’Elodie Kulik, à Tertry, dans la Somme. Neuf ans plus tard, un jeune gendarme a eu une idée géniale permettant de faire avancer l’enquête

Thibaut Chevillard

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Willy Bardon, 45 ans, est jugé devant la cour d'assises de la Somme, à Amiens
Willy Bardon, 45 ans, est jugé devant la cour d'assises de la Somme, à Amiens — Thibaut Chevillard
  • Agée de 24 ans, Elodie Kulik a été violée et étranglée en 2002. Son corps, en partie carbonisé, a été découvert sur un terrain désaffecté à Tertry, dans la Somme par un ouvrier agricole.
  • Dix-sept ans plus tard, Willy Bardon, 45 ans, est jugé devant la cour d’assises, à Amiens. Il nie les faits qui lui sont reprochés.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès doit durer jusqu’au 6 décembre.

A la cour d’assises de la Somme, à Amiens

Eric ne pourra jamais oublier ce matin-là. C’était un samedi de janvier, en 2002. Il faisait froid quand cet ouvrier agricole est parti s’occuper de ses chevaux qu’il laisse en pâture dans un champ, à Tertry. Soudain, au bout d’un petit chemin de terre, il aperçoit quelque chose ressemblant à « une souche d’arbre », raconte-t-il ce mardi à la barre de la cour d’assises de la Somme, devant laquelle est jugé Willy Bardon. Il s’approche et constate qu’il s’agit d’une femme. Troublé, il essaie de l’appeler : « Mademoiselle ? Madame ? » Elle ne répond pas. Immédiatement, il fait le lien avec l’article qu’il avait lu le matin même chez sa belle-mère dans Le Courrier Picard en page 2 : « Péronne, la jeune banquière a disparu ». Il venait de la retrouver.

Manteau noir sur le dos, les cheveux grisonnants, il a du mal à trouver les mots pour répondre à l’avocate générale qui lui demande dans quelle positon se trouvait le corps d’Elodie Kulik. Comment décrire l’horreur alors que le père et le frère de la victime se trouvent à quelques mètres de lui ? « Comme une dame quand elle accouche… », dit-il pudiquement après un long silence. Les parties génitales d’Elodie Kulik étaient-elles visibles ? « Bah… Oui… » A l’époque, il était immédiatement allé voir son patron qui avait appelé les gendarmes. L’autopsie, réalisée quelques jours plus tard, révélera qu’elle a été violée puis « qu’elle a été étranglée » et brûlée, explique à son tour à la barre Dr Devendeville.

« Double Bac +5 en génétique »

Sur la scène de crime, les enquêteurs de la section de recherche d’Amiens prélèvent quelques indices, dont un préservatif. Le sperme retrouvé à l’intérieur permet aux experts scientifiques d’établir le profil ADN de l’auteur. Mais aucune trace de lui dans le Fnaeg, le fichier national des empreintes génétiques. Durant près de dix ans, les investigations piétinent. Mais en 2009, un jeune gendarme, « double Bac +5 en génétique » et qui possède des « compétences en biologie moléculaire », est affecté en Picardie. Le lieutenant-colonel Emmanuel Pham-Hoï se plonge alors dans le dossier Kulik. Et en analysant les éléments du dossier, il « tombe un peu des nues ».

« On cherchait une correspondance à 100 %. Mais un profil génétique, c’est 50 % le père, 50 % la mère. Mon idée était toute bête : il fallait chercher ces 50 % plutôt que 100 % », explique à la cour ce scientifique capable, à l’instar de Fred et Jamy, d’expliquer très clairement des choses très compliquées. Après en avoir parlé aux juges d’instruction et vérifié la légalité de telles analyses, il se met au travail. Et fin 2011, le Fnaeg parle enfin et donne un nom. Celui de Patrick Wiart, un homme condamné en 2001 pour agression sexuelle, père de deux filles et un garçon.

« Une certitude scientifique »

Quand Elodie Kulik a été tuée, il était en prison. La trace d’ADN retrouvée sur la scène de crime est donc « forcément celle de l’un des enfants du couple », poursuit l’officier. Grégory avait 24 ans à l’époque des faits. Mais il est décédé un an plus tard. Son corps est donc exhumé en janvier 2012. Les analyses de l’ADN extrait de son fémur gauche confirment qu’il est bien l’un des auteurs du viol et du meurtre de la jeune femme de 24 ans. « Une certitude scientifique. »

Les enquêteurs vont alors orienter leurs investigations en direction des connaissances de Grégory Wiart. En janvier 2013, sept de ses proches sont placés en garde à vue. Parmi eux, cinq reconnaissent la voix de Willy Bardon sur l’enregistrement de l’appel aux secours passé par la victime, le soir des faits. Ce qu’il a encore nié ce lundi devant la cour. Son avocat, Me Stéphane Daquo, ne manque pas de souligner que l’ADN de son client n’a pas été retrouvé sur la scène de crime. Pour l’expert de l’IRCGN, cela ne prouve pas pour autant qu’il n’était pas présent. Willy Bardon encourt une peine de réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu le 6 décembre 2019.

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