Disparition d’Estelle Mouzin : Portrait-robot, camionnette... Les indices qui mènent à Fourniret

ENQUÊTE Michel Fourniret, l’ogre des Ardennes, va être entendu ce mercredi par la juge Sabine Khéris dans l’enquête sur la disparition d’Estelle Mouzin

Vincent Vantighem (avec T.C)
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Eric Mouzin (C) à la tête de la marche silencieuse pour ne pas oublier sa fille Estelle, disparue il y a 15 ans, le 13 janvier 2018 à Guermantes.
Eric Mouzin (C) à la tête de la marche silencieuse pour ne pas oublier sa fille Estelle, disparue il y a 15 ans, le 13 janvier 2018 à Guermantes. — Thomas Samson / AFP
  • Estelle Mouzin, 9 ans, a disparu le 9 janvier 2003 à Guermantes en Seine-et-Marne.
  • Michel Fourniret avait été mis hors de cause en 2007 mais son ex-femme, Monique Olivier, vient d’anéantir l’alibi dont il disposait dans cette affaire.
  • De nombreux indices relient la disparition de la fillette au tueur en série déjà condamné à la perpétuité.

Certains jours, il est persuadé que c’est lui. Mais à d’autres moments, il doute encore. Seize ans que cet enquêteur haut placé change régulièrement « de conviction » sur la responsabilité de Michel Fourniret dans la disparition d’Estelle Mouzin. Il pourrait enfin être fixé ce mercredi. « L’ogre des Ardennes » est en effet convoqué à 9h pour être entendu par la juge Sabine Khéris sur l’enlèvement de la petite fille, survenu le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).

Condamné plusieurs fois à la réclusion criminelle à perpétuité, le tueur en série a déjà avoué onze meurtres mais a toujours nié toute implication dans la disparition de la fillette dont le portrait orne encore aujourd’hui les murs des commissariats de France. « C’est peut-être une stratégie de sa part, confie l’enquêteur. Il n’avoue jamais sauf quand il ne peut pas faire autrement… »

Estelle Mouzin a disparu en janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).
Estelle Mouzin a disparu en janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). - NIKO / SIPA

Et cette fois-ci, il va lui être difficile de « faire autrement ». Jeudi dernier devant la juge Khéris, Monique Olivier, son ex-femme, est venue anéantir l’alibi dont il disposait dans cette affaire. Michel Fourniret avait toujours indiqué qu’il ne pouvait pas se trouver en région parisienne ce soir de janvier 2003 car, à la même heure, il avait passé un coup de téléphone depuis son domicile belge de Sart-Custine afin de souhaiter un joyeux anniversaire à son fils. Ce dernier n’avait pas répondu mais les relevés attestaient d’une tentative de contact. Sauf que la semaine dernière, Monique Olivier a révélé que c’était elle qui avait en fait passé le fameux coup de fil. A la demande de Michel Fourniret qui était en réalité parti en vadrouille…

Une photo d’Estelle Mouzin trouvée sur son disque dur

Évidemment, cela pourrait n’être qu’une coïncidence. Mais il s’agit surtout d’un élément supplémentaire qui vient alourdir un peu plus la barque du tueur en série. Et vu le nombre d’indices dans ce dossier, elle commence à prendre l’eau. Il y a d’abord le portrait-robot lui ressemblant qui a été établi à partir des déclarations d’une camarade de l’école d’Estelle Mouzin, importunée trois semaines avant les faits. Et aussi la description d’une camionnette blanche, similaire à celle de Fourniret, qui traînait en Seine-et-Marne, à l’époque.

Surtout, il y a la lettre envoyée en 2007 à la cour d’appel de Reims où Fourniret, lui-même, demande que soient joints à son procès à venir en 2008 les dossiers Parrish, Domèce et… Mouzin car il a « des explications » à fournir aux familles. Des « explications », la juge Khéris pourra également lui en demander au sujet de la photo d’Estelle Mouzin découverte sur le disque dur de son ordinateur…

Un « sujet à creuser » et « le cul merdeux »

Mais il y a aussi des éléments qui interrogent… Le fait que Guermantes ne se trouve pas exactement dans le secteur que « l’ogre » avait l’habitude de fréquenter. Le fait que la fillette de 9 ans soit plus jeune que ces victimes habituelles aussi. Et puis il y a cette lettre de douze pages envoyée, en 2007, au père d’Estelle Mouzin et dans laquelle il nie toute participation.

Aujourd’hui, Michel Fourniret ne semble plus aussi sûr de lui. Vieillissant, atteint d’une forme de dégénérescence, il a ainsi déjà livré des déclarations troublantes à la juge Khéris. Ainsi, selon nos informations, le 14 mars dernier, il explique que s’il n’a plus de « souvenirs précis » à ce sujet, c’est sans doute parce qu’il a « le cul merdeux »…

Et d’avouer à la magistrate qu’il y a là « un sujet à creuser ». C’est tout l’objet de la convocation de ce mercredi.