Affaire Elodie Kulik : A la barre, les proches de la victime évoquent Boucles d’or et les « oursons monstrueux »

PROCES Alors que Willy Bardon nie avoir violé et tué Elodie kulik, les proches de la jeune femme qui l’ont connue enfant ont défilé ce lundi à la barre

Thibaut Chevillard

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Jacky Kulik tient dans les mains une photo de sa fille, Elodie, violée et tuée en 2002
Jacky Kulik tient dans les mains une photo de sa fille, Elodie, violée et tuée en 2002 — DENIS CHARLET / AFP
  • Agée de 24 ans, Elodie Kulik a été violée et étranglée en 2002. Son corps, en partie carbonisé, a été découvert sur un terrain désaffecté à Tertry, dans la Somme.
  • Dix-sept ans après les faits, Willy Bardon est jugé devant la cour d’assises, à Amiens. Il nie les faits dont il est accusé.
  • L'homme de 45 ans encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès doit durer jusqu’au 6 décembre.
     

A la cour d’assises de la Somme, à Amiens,

« Boucles d’Or croise sur son chemin des ours mais ce ne sont pas des gentils ours… » A la barre, Marie-Pierre tente un parallèle avec le conte de Robert Southey. Rien de plus normal pour cette professeure des écoles de 65 ans, aujourd’hui retraitée, qui lisait sans doute des histoires à Elodie Kulik quand elle était enfant. Elle se souvient bien de cette « petite fille blonde aux boucles d’or, studieuse », qu’elle a accueillie, il y a presque quarante ans, dans sa classe. Une élève brillante qui a obtenu son Bac à 16 ans, et qui est devenue à 24 ans la plus jeune directrice d’agence bancaire de France. C’était une femme « très souriante », « toujours prête à rendre service », poursuit Marie-Pierre qui avait gardé des liens étroits avec celle qui croisa la route de « monstrueux » oursons.

Boucles d’Or. C’est aussi comme ça que Chantal surnommait la jeune femme, violée, étranglée puis brûlée par une froide nuit de janvier 2002, à quelques kilomètres de Péronne où elle habitait. Sous les yeux de Willy Bardon, jugé depuis jeudi dernier par la cour d’assises de la Somme, cette petite femme blonde vêtue de noir est émue quand elle évoque la naissance d’Elodie, en 1977. « Un rayon de soleil dans la maison » de ses parents qui avaient perdu deux enfants de 5 et 6 ans dans un accident de la circulation l’année d’avant. « Elle était magnifique, on l’appelait boucles d’or avec ses beaux cheveux blonds, elle était très attachante », ajoute celle qui a grandi dans la même cité minière que Jacky, le père d’Elodie. Soixante ans d’amitié et de drames.

« Cela sera difficile »

Elle et son mari étaient là quand il a fallu accompagner les parents de Boucles d’Or à la morgue, il y a presque dix-huit ans. Les cris de détresse de la mère d’Elodie devant le corps mutilé de sa fille la hantent toujours aujourd’hui. Les larmes roulent sur ses joues. Le meurtre d’Elodie, une épreuve de trop pour Marie-Rose Kulik qui a ensuite tenté de se suicider. Elle est restée plus de neuf années dans le coma avant de mourir. « C’était ma sœur, mon amie, j’ai tout perdu quand elle est partie », raconte Chantal, les sanglots dans la voix. Ce lundi, elle tenait une nouvelle fois à être présente aux côtés de Jacky Kulik, « un homme brave, un homme fort », qui va tous les dimanches au cimetière « voir sa femme et ses trois enfants ».

Le corps d’Elodie a été retrouvé à Tertry, le 11 janvier 2002, au bout d’un chemin de terre. A quelques kilomètres de l’endroit où sa Peugeot 106 grise avait été découverte accidentée, la veille, sur la D44. Avant de montrer aux jurés les photos prises par les enquêteurs de la gendarmerie sur la scène de crime, la présidente les prévient que « cela sera difficile ». Ses meurtriers l’ont abandonnée jambes écartées, le vagin apparent, à moitié calcinée. Des précieux indices, dont l’exploitation scientifique fera plus tard évoluer l’enquête, étaient prélevés à proximité : un tampon hygiénique, un préservatif, son emballage, une serviette. Le sperme de Grégory Wiart avait aussi été prélevé sur les lieux. En 2011, il est enfin identifié. Mais trop tard, l’homme est mort en 2003.

Les deux visages de Willy Bardon

En 2013, sept de ses proches sont placés en garde à vue. Parmi eux, cinq reconnaissent la voix de Willy Bardon sur l’enregistrement de l’appel aux secours passé par la victime, le soir des faits. « Je ne l’ai jamais touchée ! Personne ne me croit, c’est horrible ! », clame l’accusé à la présidente. « Je n’ai jamais frappé une femme, ni même tiré les cheveux », assure ce grand baraqué au crâne dégarni. S’il reconnaît avoir « une sexualité débordante », Willy Bardon jure qu’il n’est jamais allé « jusqu’au viol ». « On a parfois l’impression d’être devant deux Willy Bardon », remarque la magistrate, soulignant que si plusieurs proches le trouvaient « gentil, serviable », plusieurs femmes l’avaient au contraire décrit à la barre comme un « lourd, dragueur », vulgaire et insultant. Il assure désormais avoir « vraiment, vraiment honte » de la façon dont il s’adressait aux femmes dans le passé.

Mardi matin, la cour entendra l’ancienne compagne de Christophe M., dit Kiki, qui avait été l’apprenti de Grégory Wiard. Dans un e-mail adressé ce lundi à la présidente, Myriam H. indique avoir « des révélations importantes à faire ». Willy Bardon encourt une peine de réclusion à perpétuité. Le verdict, qui devait initialement être rendu le 4 décembre, est finalement attendu le 6 décembre 2019.

Suivez en direct le procès sur le compte Twitter de nos journalistes : @vvantighem et @tibochevillard