Disparition d’Estelle Mouzin : Pourquoi Monique Olivier a-t-elle « balancé » Michel Fourniret ?

ENQUÊTE Monique Olivier a contredit, ce jeudi, l’alibi dont disposait Michel Fourniret le jour de la disparition d’Estelle Mouzin

Vincent Vantighem

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Monique Olivier (ici en 2008) a contredit l'alibi dont disposait Michel Fourniret le jour de la disparition d'Estelle Mouzin.
Monique Olivier (ici en 2008) a contredit l'alibi dont disposait Michel Fourniret le jour de la disparition d'Estelle Mouzin. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Estelle Mouzin, 9 ans, a disparu le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).
  • Grâce à un alibi, Michel Fourniret avait été mis hors de cause dans cette affaire en 2007. Monique Olivier, l’ex-femme du tueur en série, a contredit cet alibi, ce jeudi, devant une juge d’instruction.
  • Fourniret sera entendu par la juge Khéris mercredi 27 novembre pour parler d’Estelle Mouzin.

C’était il y a tout juste un an... Jugée avec son ex-mari Michel Fourniret pour le meurtre de Farida Hammiche, Monique Olivier venait d’avouer à la cour d’assises des Yvelines, à Versailles, qu’elle n’en pouvait plus d’être « hantée » chaque nuit par « les cris des petites filles ». Dans une supplique plus que dans une plaidoirie, l’avocate Corinne Herrmann l’avait alors invitée à parler, à balancer pour « faire enfin cesser ces cris ».

Il aura donc fallu un an. Mais finalement, Monique Olivier l’a prise au mot. Ce jeudi, devant la juge Khéris, elle a donc contredit l’alibi dont disposait son ex-mari, Michel Fourniret, le jour de la disparition de la petite Estelle Mouzin, 9 ans, survenue le 9 janvier 2003, à Guermantes (Seine-et-Marne).

Alors qu’il avait toujours expliqué qu’il ne pouvait pas être en région parisienne ce jour-là puisqu’il avait justement passé un coup de téléphone depuis sa maison belge de Sart-Custinne à son fils, Jean-Christophe, afin de lui souhaiter un joyeux anniversaire, Monique Olivier a indiqué que c’était en fait elle qui avait passé le fameux appel.

En 2004, Olivier avait balancé Fourniret au bout du 121e interrogatoire

« Il faut garder la tête froide », a immédiatement réagi Didier Seban, l’avocat d’Eric Mouzin, le père de la petite Estelle. Et pourtant, il y a beaucoup de raisons de penser que Monique Olivier n’a pas parlé pour rien devant la juge Sabine Khéris. D’abord parce que c’est elle qui, en 2004, a pour la première fois balancé les premiers meurtres commis par son mari au bout du … 121e interrogatoire.

Surtout parce que Monique Olivier avait annoncé son coup à l’avance. Selon nos informations, elle avait, elle-même, indiqué à la juge Khéris le 5 février 2018 qu’elle souhaitait désormais parler du dossier Estelle Mouzin « compte tenu du temps qui passe » et « pour les familles des victimes ». Là encore, ce n’était pas par hasard : la magistrate parisienne a su tisser un lien de confiance avec l’ex-femme du tueur…

C’est maintenant Monique Olivier qui porte la culotte

Aujourd’hui âgée de 71 ans, Monique Olivier a changé. Elle n’est plus la femme soumise chargée de « livrer des vierges » à son pervers de mari. La preuve ? Lors de la récente reconstitution des meurtres de Joanna Parrish et de Marie-Angèle Domèce, elle s’est permise de sermonner l’ogre des Ardennes. « Bon ! Tu vas dire ce que tu sais maintenant ! Que l’on puisse passer à autre chose... », lui a-t-elle balancé en substance.

Le tueur en série n’a pas cillé. Mais aujourd’hui, tous les spécialistes du couple maudit ont noté que ce n’était plus lui qui portait la culotte. Affaibli par l’âge, souffrant d’une légère dégénérescence, Michel Fourniret n’existe plus aujourd’hui qu’à travers les rendez-vous que lui offre la justice qui n’a pas fini de compter ses victimes.

Mercredi 27 novembre, ce sera donc à son tour de se poser dans le bureau de la juge Khéris pour parler d’Estelle Mouzin. Comme avec Monique Olivier, la magistrate est parvenue à le mettre en confiance, allant jusqu’à lire les mêmes livres que lui pour alimenter la conversation. De quoi le faire passer aux aveux ? Peut-être… Le 14 mars, interrogé sur un autre dossier dans son bureau, il avait indiqué, selon nos informations, que s’il n’avait pas de souvenir précis d’Estelle Mouzin, c’est sans doute parce qu’il avait « le cul merdeux ». Et qu’il s’agissait là « d’un sujet à creuser ». Du Fourniret dans le texte.