La sœur aînée des frères Clain, Anne Diana, condamnée à neuf ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste

COMPTE-RENDU Le parquet avait requis la peine maximale de dix ans d’emprisonnement à l’encontre de la sœur aînée de Fabien et Jean-Michel Clain

Hélène Sergent

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Mohamed Amri et Anne Diana Clain, l'aînée de la fratrie Clain, lors de leur procès le 19 novembre 2019.
Mohamed Amri et Anne Diana Clain, l'aînée de la fratrie Clain, lors de leur procès le 19 novembre 2019. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Agée de 44 ans, Anne Diana Clain était jugée pour « association de malfaiteurs terroriste » pour avoir tenté de rejoindre Daesh en août 2015 avec son mari et quatre de ses enfants.
  • Incarcérée depuis trois ans, l’aînée de la fratrie Clain a assuré avoir pris du recul sur la radicalisation de ses proches et son propre extrémisme religieux.
  • Le parquet avait requis la peine maximale encourue, dix ans, mais le tribunal l'a finalement condamnée à neuf ans d'emprisonnement assortis de 3 ans de suivi socio-judiciaire. 

Comme Abdelkader Merah avant elle, Anne Diana Clain portait le poids de son nom. Un poids qu’elle doit à ses deux petits frères  Fabien et Jean-Michel. Après avoir hanté pendant plus de dix ans les couloirs du pôle antiterroriste du parquet de Paris, ces deux vétérans du djihad et figures influentes de Daesh ont été tués au début de l'année 2019 en Syrie. Avant de mourir, ils ont entraîné dans leur sillage une trentaine de leurs proches, hommes, femmes et enfants. Certains sont morts, d’autres ont été capturés par les Kurdes et une poignée attendent désormais leur procès en France.

Comment juger celles et ceux qui portent ce nom, au regard du rôle joué par Fabien et Jean-Michel Clain au sein de Daesh ? Le procès d’Anne Diana Clain, leur sœur aînée et première de la famille à être jugée pour une tentative de départ en Syrie en 2015, a apporté une première réponse à ce casse-tête judiciaire. A l’issue de deux demi-journées d’audience, la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris l’a condamnée à une peine de neuf ans d’emprisonnement assortis d’une période de sûreté aux deux tiers et d'un suivi socio-judiciaire pendant trois ans. Une peine «plus élevée que la jurisprudence habituelle» ont dénoncé ses avocats.

Derrière le nom, un « clan »

Pour comprendre Anne Diana Clain, impossible de faire l’économie du nom a estimé le parquet. « C’est un clan qui, par réflexe endogamique, par le biais de mariages arrangés entre les uns et les autres et orchestrés par les frères Fabien et Jean-Michel a déjà engendré pas moins de trois générations de djihadistes », a lancé en préambule de ses réquisitions la procureure.

Et au-delà du nom, c’est la position occupée par ses frères au sein de l'organisation terroriste qui rendait la défense de la sœur aînée et de son mari, impensable. « Comment imaginer qu’ils aient ignoré – comme ils le prétendent – le degré d’implication de leurs frères et beaux-frères dans le djihadisme ? (…) A cette époque-là, le couple n’a pas de réelle activité, pas de réelle occupation, ils sont isolés dans la maison familiale (…) où tout fonctionne en vase clos ».

« Mme Clain, ce n’est pas “tout le monde” »

L'ignorance avancée par la quadragénaire sur les activités terroristes de ses frères ou sur le danger qu’elle faisait encourir à ses quatre enfants en les amenant avec elle, a également été balayée par le parquet :

« A l’époque, tout le monde sait ce qu’il se passe en Syrie, ce qu’est Daesh, quelles sont les exactions commises sur zone et les attentats commis en son nom. Et Anne Diana Clain, ce n’est pas “tout le monde”, toute sa famille est sur zone et c’est un parent proche de membres éminents de l’organe de propagande de Daesh ! ».

Non seulement ce nom donnait accès à cette mère de famille un nombre important d’informations sur le contexte, mais il impliquait forcément, pour la magistrate du parquet, une intention terroriste au projet de départ. Un départ « mûrement réfléchi », « définitif », « clandestin » et « entièrement financé par l’Etat islamique », a-t-elle insisté.

« Vous devez affiner la peine »

Face à la magistrate, les avocats de la défense l’ont eux aussi reconnu : « On ne pourra jamais comprendre l’individualité d’Anne Diana Clain si on ne comprend pas qui était ses proches ». Une analyse nécessaire de son entourage pour mieux prouver la différence entre leur cliente et ses frères. «Son nom, c'est un élément de compréhension, pas un critère de culpabilité», a poursuivi son avocat.

Habitué de la 16e chambre du tribunal correctionnel chargée de juger les dossiers terroristes, l’avocat Xavier Nogueras a plaidé pour une peine « cohérente », rappelant que sa cliente n’avait jamais mis les pieds en Syrie. « Parce que cette audience est entendue, regardée, que cette audience a un retentissement, vous devez affiner cette peine (…) en fonction de ce qu’il s’est réellement passé et pas seulement parce que c’est le nom Clain », a lancé l’avocat.

Jamais, au cours de l’instruction, Anne Diana Clain n’a nié sa volonté de rejoindre ses proches et de vivre sous le califat instauré par Daesh. Un signe, pour Martin Desrues, l’autre avocat de la prévenue, de son évolution par rapport à ses proches : « Le fait qu’elle reconnaisse pleinement les faits c’est le signe qu’elle a changé, qu’elle a réfléchi, que son futur ne sera plus jamais le même que ce qu’elle a vécu », a estimé le pénaliste.

Face aux trois magistrats, il a appelé le tribunal à la juger « à l’aune de ce qu’elle représente dans cette famille » : 

« Il y a énormément de sang sur votre nom de famille, votre famille est maudite. Le seul individu pour le moment qui recèle une once de quelque chose qui ressemble à l’espoir, c’est celle-ci qui est dans le box, celle qui n’a pas mis les pieds en Syrie, qui n’a pas de sang sur les mains, qui aime ses enfants ! »

Un espoir douché par le jugement rendu par le tribunal. Si les magistrats ont assuré avoir «entendu la prise de distance» d’Anne Diana Clain avec Daesh et avec ses proches radicalisés, elle a toutefois été condamnée à une lourde peine: neuf ans de prison assortis d’une période de sûreté des deux tiers et trois ans de suivi socio-judiciaire. Ses avocats ont d'ores et déjà annoncé qu'ils comptaient faire appel.