Affaire Elodie Kulik : Willy Bardon jugé dix-sept ans après le viol et la mort de la jeune banquière

PROCÈS Willy Bardon est jugé, à partir de ce jeudi, pour l’enlèvement et la séquestration suivie de la mort d’Elodie Kulik, en 2002

Vincent Vantighem

— 

Amiens, le 18 janvier 2013. Des gendarmes escortent Willy Bardon au palais de justice avant sa mise en examen.
Amiens, le 18 janvier 2013. Des gendarmes escortent Willy Bardon au palais de justice avant sa mise en examen. — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Elodie Kulik, 24 ans, a été violée et étranglée en 2002 dans un terrain d'aviation désaffecté à Tertry (Somme). Son corps a ensuite été incendié.
  • Les enquêteurs ont mis dix ans à mettre le nom de Grégory Wiart sur l’ADN retrouvé sur place. Mais quand ils l’ont découvert, celui-ci était mort dans un accident de voiture.
  • Ce jeudi, Willy Bardon va donc être jugé seul aux assises pour enlèvement et séquestration suivi de mort. Il est mis en cause par un enregistrement sonore de 26 secondes.

L’affaire remonte à un peu moins de dix-huit ans, dont vingt-six secondes importent vraiment aujourd’hui. Willy Bardon, 45 ans, va être jugé à partir de ce jeudi par la cour d’assises de la Somme, à Amiens, pour l’enlèvement et la séquestration d’Elodie Kulik ayant précédé sa mort. Le 11 janvier 2002, au petit matin, le corps supplicié de cette banquière de 24 ans avait été découvert dans un terrain d’aviation désaffecté de Tertry (Somme), à six kilomètres de sa Peugeot 106 accidentée.

En arrivant sur place, les gendarmes ont tout de suite remarqué la position dans laquelle elle reposait. Sur le dos… Jambes écartées… « Séduisante » selon les témoignages de ses proches, la jeune femme avait été violée avant d’être étranglée. Puis, en pleine nuit, son cadavre avait été partiellement incendié pour tenter vraisemblablement d’effacer les traces. Pas suffisamment : un préservatif usagé traînant sur le sol a rapidement permis aux enquêteurs d’isoler un ADN.

C’est ensuite que les choses se sont compliquées. Pendant dix ans, ils ont tenté de mettre un nom sur cet ADN, interrogeant et prélevant des dizaines de suspects. Mais il a fallu attendre 2012 et surtout les progrès de la technique pour identifier Grégory Wiart. Trop tard : connu dans la région pour sa passion des 4X4, cet homme était mort dans un accident de la route … en novembre 2003.

Bardon, une « grande gamelle », un « affamé du cul »

Les gendarmes auraient pu baisser les bras et s’arrêter là. Mais ils disposaient d’un autre élément troublant. Un enregistrement de vingt-six secondes. Celui de l’appel passé par Elodie Kulik aux pompiers le soir des faits. On l’entend hurler. Mais en fond sonore, on perçoit aussi les voix de deux hommes différents : sans doute Grégory Wiart et un de ses proches avec qui il aurait pu faire le coup.

C’est à ce moment-là que le nom de Willy Bardon commence à revenir aux oreilles des gendarmes. En 2002, il faisait du 4X4 avec Wiart. Il avait justement fêté le réveillon du Nouvel An dans un restaurant chinois avec lui et leurs compagnes respectives. Surtout, il est décrit par ses proches comme une « grande gamelle », un « dragueur invétéré », un « affamé du cul » même, attiré par « les plans à 3 ».

La bande sonore est alors diffusée lors d’auditions à la gendarmerie. Six de ses proches, dont son frère, reconnaissent le timbre de Willy Bardon. Lui-même est troublé. « J’y crois pas. On dirait vraiment que c’est moi. Pourtant, je n’ai pas de souvenirs. On entend ma voix. Mais je n’ai pas de souvenirs… », dit-il lors de sa garde à vue.

Une région traumatisée et une audience forcément pesante

C’est sur la base de cet élément qu’il a va donc comparaître aux assises à partir de ce jeudi. De quoi faire bondir encore aujourd’hui Stéphane Daquo, son avocat, qui entend réclamer l’acquittement. « Sur la scène de crime, il n’y a ni l’ADN, ni une empreinte digitale de mon client. On ne dispose que d’un enregistrement peu audible et difficilement exploitable. Pour moi, j’ai l’impression qu’on a fait entrer au chausse-pied Willy Bardon dans la chaussure du coupable… »

Une chaussure qui risque de faire un peu de bruit sur le parquet de la cour d’assises d’Amiens. Libre après un peu plus d’un an de détention provisoire et aujourd’hui sans emploi, l’accusé croisera chaque jour du procès les proches d’Elodie Kulik dans une ambiance forcément pesante. Sur le groupe Facebook « Que justice soit faite » alimentée par Jacky Kulik, le père d’Elodie, nombreux sont ceux à annoncer leur présence au palais de justice pour cette affaire qui a traumatisé la région.

Dans les commentaires, l’un d’eux précise déjà à l’attention de Willy Bardon : « Tu vas voir, on va bien s’occuper de toi… » Le verdict est attendu le 4 décembre. L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Suivez en direct le procès sur le compte Twitter de nos journalistes :  @vvantighem et  @tibochevillard