Attaque terroriste à la prison d’Osny : « Je sentais la mort venir en moi », la leçon d’humanité du gardien blessé

PROCÈS Philippe, grièvement blessé lors de l'attaque terroriste de la prison d'Osny, s'est adressé à son agresseur pour l'enjoindre à prendre son destin en main

Caroline Politi

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Attaque terroriste à la prison d’Osny : « Je sentais la mort venir en moi », la leçon d’humanité du gardien blessé
Attaque terroriste à la prison d’Osny : « Je sentais la mort venir en moi », la leçon d’humanité du gardien blessé — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Bilal Taghi, soupçonné d'avoir tenté de poignarder deux surveillants de la prison d'Osny, comparaît depuis mardi devant la cour d'assises spéciale. 
  • Au premier jour de son procès, il a affirmé avoir changé et regretté son geste.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Philippe* a parfois été tenté d’emprunter le même chemin que son agresseur. Celui de la colère et de la violence. « J’ai eu des pensées comme les siennes, des désirs de vengeance. C’est une lutte énorme, chaque jour. Aujourd’hui, encore », confie à la barre de la cour d’assises spéciale le surveillant pénitentiaire, grièvement blessé il y a trois ans lors de l’attentat de la maison d’arrêt d’Osny, dans le Val d’Oise. Pourtant, c’est sans ressentiment que ce père de famille de 41 ans s’est adressé, ce mercredi, à Bilal Taghi, qui comparaît jusqu’à vendredi pour « tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste ».

« Si vous êtes croyant, vous savez qu’il existe la lumière et les ténèbres, faites votre choix. Choisissez celui que vous voulez être. » La douceur de son timbre de voix contraste avec son imposante silhouette. Chacun de ses mots respire la résilience. Car Philippe en est sûr « tout n’est pas perdu » pour Bilal Taghi comme pour tous ces jeunes qui ont pris le chemin de la radicalisation. C’est d’ailleurs mû par cette envie d’aider des jeunes en difficulté qu’il avait demandé à être affecté dans ces « unités dédiées » à la déradicalisation. « Ce sont pour vos enfants qu’il faut se battre. Vos vidéos, vos pensées, c’est une illusion », insiste le surveillant.

Une attaque d’une rare violence

Son calvaire, pourtant, a été d’une violence inouïe. Un peu plus tôt dans l’après-midi, il a refusé de le vivre à nouveau, quittant la salle lorsque la cour a visionné les images de son agression, aussi fugace (une vingtaine de secondes) que violente. On y voit le détenu Taghi, armé d’une longue lame – un morceau de métal d’une quinzaine de centimètres détaché de sa fenêtre et limé pendant une semaine – se jeter sur lui sans une once d’hésitation puis le poursuivre dans le couloir et les escaliers pour l’achever alors qu’il tente de prendre la fuite. Enfermé pendant près de trois heures dans le couloir – le temps pour les équipes d’intervention de le neutraliser – Bilal Taghi ne semble éprouver aucun remords, se mettant en scène devant les caméras de surveillance, mimant un égorgement, faisant la prière ou encore traçant un cœur sur une vitre avec le sang de ses victimes. Face à ces images, les proches du surveillant pénitentiaire venus assister à l’audience ne peuvent contenir des murmures d’effroi.

De ce 4 septembre 2016, Philippe ne garde que des bribes de souvenirs. Le sourire de son agresseur quelques secondes avant que celui-ci ne brandisse son couteau. Son visage « antipathique » et ses yeux qui n’avaient plus grand-chose d’« humain » au moment de porter les coups. La douleur et ses forces qui s’amenuisent lorsqu’il reçoit le premier coup dans le dos alors qu’il prend la fuite, le goût du sang dans sa bouche lorsque la lame lui transperce la gorge, manquant de peu la carotide. « A un moment, je sentais la mort venir en moi. » Il sera sauvé par un de ses collègues, également blessé au bras, qui le mettra à l’abri.

« C’est dur de redevenir l’homme qu’on était »

Philippe le reconnaît sans détour, il reste très marqué par son agression. Trois ans après l’attaque, il n’a toujours pas repris le travail et évoque avec pudeur « ce que les psychologues appellent un choc post-traumatique ». « C’est dur de redevenir l’homme qu’on était. Qu’on est », confie-t-il à la barre. Bilal Taghi, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, l’écoute, la tête posée sur ses mains, le regard fixé vers ses pieds. Il essuie de temps à autre une larme, comme il le fait depuis l’ouverture de son procès. Reste à savoir s’il pleure sur son sort ou celui de sa victime. A plusieurs reprises, il a formulé des excuses mais l’accusé s’est vanté tout au long de l’instruction d’avoir su manipuler les surveillants et les psychologues pour leur cacher sa détermination. Le verdict est attendu vendredi.

*Le gardien ne souhaitant pas que son nom apparaisse.