Paca : La controversée chasse à la glu entre les mains du Conseil d’Etat

ENVIRONNEMENT Une association de défense des animaux porte ce mercredi devant le Conseil d’Etat une pratique ancestrale de chasse des oiseaux typique de la région Paca, la chasse à la glu

Mathilde Ceilles

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Une grive (illustration).
Une grive (illustration). — MARY EVANS/SIPA
  • L’association One Voice attaque devant le Conseil d’Etat les arrêtés autorisant la chasse à la glu.
  • Cette méthode de chasse des grives et merles est pratiquée de manière traditionnelle en Provence-Alpes-Côte-d’Azur.
  • Elle consiste à enduire les tiges de colle pour capturer les oiseaux.

Le Conseil d’Etat va-t-il interdire la chasse à la glu ? « Mercredi 20 novembre marquera un tournant – espérons-le, décisif –, contre la chasse à la glu, piégeant cruellement les petits oiseaux ​par cette méthode qui les empêche de se détacher, les fait paniquer, se blesser, voire mourir, affirme One Voice dans un communiqué de presse. Jamais encore cela n’était arrivé : le rapporteur public s’apprête à conclure au renvoi de tous les arrêtés ministériels sur la chasse à la glu que One Voice, association de défense des animaux, avait attaqués au Conseil d’Etat en 2018, devant la cour de justice de l’Union européenne. »

Ce mercredi, l’association de défense des animaux porte devant le Conseil d’Etat son combat contre les méthodes traditionnelles de chasse de plusieurs oiseaux, dont la chasse à la glu. La structure a décidé d’attaquer les arrêtés pris en 2018 par le ministère de la Transition écologique et solidaire, qui autorise le piégeage des grives et merles selon cette technique traditionnelle de chasse pratiquée en Provence-Alpes-Côte D’Azur.

Des oiseaux capables de souffrir

« Des études scientifiques ont démontré la capacité des oiseaux à souffrir, rappelle Me Arielle Moreau, avocate qui conseille l’association One Voice sur ces sujets. Là, avec ces méthodes, on arrache par exemple les plumes des oiseaux. Ce n’est pas parce que la tradition permet de faire quelque chose de cruel qu’il faut continuer ! »

Selon l’avocate de One Voice, ce type de chasse est de plus nuisible pour la biodiversité. « On ne peut pas s’assurer qu’est prélevée la seule espèce autorisée pour ce type de chasse, affirme Me Arielle Moreau. Il n’y a pas de contrôle suffisant. Certes, les méthodes de chasse traditionnelles des oiseaux ne touchent que de 10 % de la population totale. Mais on constate tous une disparition de nos oiseaux dans nos campagnes. Pourquoi continuer à prélever même une petite quantité quand on connaît cette situation de raréfaction des oiseaux ? »

« L’essence de nos régions »

De quoi faire pousser des cris d’orfraie à la Fédération nationale des chasseurs de France qui sera partie prenante de cette audience devant le Conseil d’Etat. « Si on regarde le droit pur, concernant la chasse à la glu, nous n’avons rien à reprocher à la France, affirme Me Charles Lagier, qui conseille la fédération sur ces questions. Un arrêt de la cour de Luxembourg du 1988 donnait raison à la France et autorisait ce type de chasse. L’association One Voice a jusque-là échoué sur le terrain du droit. Elle cherche donc à investir celui de la sensiblerie en brandissant l’argument de la cruauté qui n’est pas prévu par les directives européennes. »

Et de s’agacer : « On constate qu’on cherche dans notre société à détricoter l’essence de nos régions. Ici, c’est la corrida. Là, c’est le foie gras. Maintenant, il y a la chasse aux gluaux. Il faut dire stop ! Tout ceci est de plus extrêmement encadré ! » Pour la saison 2019-2020, l’Etat français a autorisé 42.500 captures à la glu de grives et merles noirs, uniquement dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.