Attaque terroriste à la prison d'Osny : « Comment peut-on pleurer comme ça et mentir en même temps ? »

ASSISES Au premier jour de son procès, Bilal Taghi, accusé d'avoir tenté d'assassiner deux surveillants, a affirmé s'être éloigné des thèses djihadistes

Caroline Politi

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Bilal Taghi (débout) lors de son procès en 2016 pour avoir tenté de rallier la Syrie.
Bilal Taghi (débout) lors de son procès en 2016 pour avoir tenté de rallier la Syrie. — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Bilal Taghi est jugé à partir de ce mardi et jusqu'à la fin de la semaine pour avoir tenté d'assassiner deux surveillants de la maison d'arrêt d'Osny.
  • L'homme a reconnu les faits tout au long de l'enquête.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Longtemps, Bilal Taghi n’a émis aucun regret. Ou peut-être un seul : celui de ne pas être parvenu à faire plus de victimes. Le 4 septembre 2016, le jeune homme, aujourd’hui âgé de 27 ans, a grièvement blessé deux surveillants de la maison d’arrêt d’Osny, dans le Val d’Oise, avec un couteau confectionné par ses soins. Ce mardi, au premier jour de son procès pour « tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste », l’accusé, barbe rase et lunettes à fine monture, a fait volte-face. « Putain, je suis désolé », bredouille-t-il, entre deux sanglots, avant de se rasseoir lourdement dans le box. Assis à quelques mètres, ses deux victimes restent impassibles, le regard soigneusement fixé vers la présidente de la cour d’assises spéciale pour ne pas croiser celui de leur agresseur.

Bilal Taghi, qui a grandi dans une famille peu pratiquante, bascule dans l’islam radical, en 2013, au sortir de l’adolescence, sous l’influence de deux de ses frères aînés, Abdelhafid et Khalid, partis en Syrie en 2014. A la mort du second, le jour de Noël 2014, l’accusé décide à son tour de s’y rendre. Dès lors, « rien n’aurait pu me dissuader de ne pas partir », reconnaît-il, pas même la naissance de son fils. Son périple, entamé en famille, quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo, s’achèvera en Turquie, à 400 kilomètres de la frontière syrienne, après un accident de voiture. En prison, persuadé que l’administration pénitentiaire s’acharne sur son cas – ses demandes d’enseignement ou de travail lui sont refusées – il s’enferme dans cette idéologie mortifère. « Je me trouvais des excuses bidons, mais suffisamment cohérentes pour justifier ce que je vivais », assure-t-il à la cour.

« Je garde en moi le souvenir de vous voir pleurer tout le procès »

Tout au long de cette première journée, Bilal Taghi, n’a eu de cesse de le répéter, il n’est plus le même homme. « Aujourd’hui, je ne peux pas faire ce que j’ai fait, ça me travaille… », jure-t-il, la voix nouée. Sa prise de conscience, explique-t-il, il la doit à un psychologue de la prison de Moulins, dans l’Allier. Parmi les dizaines de professionnels qui ont tenté de le déradicaliser, notamment lorsqu’il se trouvait dans l’unité dédiée aux détenus radicalisés, c’est le seul avec lequel il a pu « échanger ». Le seul, surtout, à lui avoir permis de prendre conscience de ses actes.

Les larmes d’aujourd’hui sont-elles sincères ou stratégiques ? Bilal Taghi a-t-il changé ou pratique-t-il la taqiya, cet art de la dissimulation ? A plusieurs reprises pendant l’instruction, l’accusé s’est vanté d’avoir su tromper surveillants et psychologues, faisant croire à tous qu’il était déradicalisé. Ce mardi, son discours semble parfois avoir été réécrit pour coller aux enjeux de l’audience. Alors que la présidente évoque les accusations d’apologie du 13 novembre dont il a fait l’objet en détention, Bilal Taghi affirme n’avoir jamais cautionné l’attaque du Bataclan, le « fait de s’en prendre à des inconnus pas armés ». Il affirmait pourtant l'inverse aux juges d'instruction.

« J’ai perdu toute crédibilité »

« Je garde en moi le souvenir de vous voir pleurer tout le procès. » L’avocat général ne cache pas son scepticisme face aux remords exprimés par Bilal Taghi. C’était déjà lui qui avait été chargé de requérir en 2016, lorsqu’il était poursuivi devant le tribunal correctionnel pour avoir tenté de rallier la Syrie. Et déjà, l’accusé tenait un discours chargé de remords. « Vous expliquiez que c’était une grave erreur, que vous vouliez aller chercher votre frère. Comment peut-on pleurer comme ça et mentir en même temps ? », interroge le magistrat. Sept mois après sa condamnation à cinq ans de prison, il attaquait les deux surveillants.

« J’ai menti, j’ai continué à mentir pendant ma détention, c’est compliqué d’être cru », reconnaît Bilal Taghi, se comparant à Pierre du fameux conte musical pour enfants Pierre et le Loup. Mais, assure-t-il, ce qui différencie cette audience de la précédente, c'est son absence "d'enjeu". Car pour cette double tentative de meurtre, il encourt la réclusion criminelle a perpétuité. « Moi ma vie, je ne la vois pas plus loin que la prison (...) Je ne peux pas espérer sortir comme si j'avais rien fait ».