« Mon but était de tuer les deux surveillants »... La froide détermination de Bilal Taghi, jugé pour un attentat en prison

PROCÈS Bilal Taghi est jugé à partir de ce mardi pour avoir tenté d'assassiner deux surveillants de la maison d'arrêt d'Osny dans le Val-d'Oise où il était détenu

Caroline Politi

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Bilal Taghi (débout) lors de son procès en 2016 pour avoir tenté de rallier la Syrie.
Bilal Taghi (débout) lors de son procès en 2016 pour avoir tenté de rallier la Syrie. — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Le 4 septembre 2016, Bilal Taghi s’en est violemment pris à deux surveillants, les blessant grièvement avec un couteau artisanal.
  • Il s’agit de la première attaque terroriste en milieu carcéral.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

« Mon but n’était pas de faire une mise en scène et de les décapiter ou quoi que ce soit, mon but était de tuer les deux surveillants, point. » Jamais Bilal Taghi n’a cherché à nier ou même à minimiser la portée de son geste. Le dimanche 4 septembre 2016, ce détenu de la maison d’arrêt d’Osny était déterminé à mener le djihad derrière les hauts murs de cette prison du Val d’Oise. « Au départ, je voulais attendre la fin de ma peine et repartir en Syrie pour combattre mais je n’ai pas pu patienter jusque-là », confie-t-il aux policiers dès les premières heures de sa garde à vue. Le suspect, aujourd’hui âgé de 27 ans, est renvoyé à partir de ce mardi et pour toute la semaine devant la cour d’assises spéciale pour « tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste. » « Tentative », car les deux gardiens agressés s’en sont presque miraculeusement sortis.

Ce mercredi-là, il est presque 15 heures, lorsque Philippe H., l’un des surveillants de l’unité réservée aux détenus radicalisés, ouvre la cellule n° 117 occupée par Bilal Taghi depuis sa condamnation à cinq de prison pour avoir tenté de rallier la Syrie. C’est l’heure de la promenade. Les gestes sont précis, automatiques, de ceux que l’on fait des dizaines de fois. Mais sur le pas de la porte, le gardien s’étonne : l’homme semble dissimuler quelque chose sous sa serviette, de la nourriture, pense-t-il. Alors qu’il lui fait remarquer, Bilal Taghi fait demi-tour avant de se retourner brutalement. Il sort du linge une lame artisanale d’une quinzaine de centimètres et lui porte plusieurs coups, dont un à la gorge et un autre dans le dos. « Cela faisait plusieurs jours que je pensais à tuer un surveillant quel qu’il soit et c’est tombé sur lui », confiera-t-il aux policiers après son arrestation.

Un suspect particulièrement prolixe

L’attaque prend tout le monde par surprise, surveillants comme détenus. Ces derniers y assistent presque ébahis. Si Bilal Taghi a eu quelques altercations avec Philippe H., il est plutôt décrit comme un homme tranquille, « joyeux » même selon un de ses voisins de cellule. En audition, le suspect se targue d’avoir su duper l’administration pénitentiaire en prétendant être sur la voie de la déradicalisation. « Pour eux, un gars comme moi qui est bavard et qui aime bien parler est quelqu’un de réinsérable. » C’est également là l’une des spécificités de ce dossier : rarement un mis en cause dans une affaire d’attaque terroriste s’est livré avant tant de précisions sur ses projets et ses motivations.

L’enquête a fait ressortir la détermination de Bilal Taghi. Au juge d’instruction, il a expliqué avoir façonné son couteau artisanal en détachant la tige d’une poignée de fenêtre puis en l’aiguisant pendant une semaine. Son macabre scénario a été contrecarré par l’intervention d’un second surveillant, alerté par les cris de son collègue. Alors que Bilal Taghi s’apprête à poignarder à nouveau sa victime, ce dernier parvient à parer les coups et à tirer Philippe H. hors du bâtiment. Il a néanmoins été poignardé au niveau du biceps. Et profondément marqué par l’attaque, selon son avocate, Me Marion Ménage. « Il est terrorisé à l’idée de se retrouver face à son agresseur, à sa radicalité, à ses idées. Même s’il a été moins blessé physiquement, il a affronté Taghi, il a vu sa détermination. »

Un cœur avec le sang de ses victimes

Il aura fallu près de trois heures aux équipes d’intervention de l’administration pénitentiaire pour maîtriser Bilal Taghi. Entre-temps, l’homme a pris le temps de dessiner un cœur avec le sang de ses victimes sur une vitre. Un geste « ironique », explique-t-il, lors de l’un de ses interrogatoires. Interrogé quelques mois plus tard sur le regard qu’il portait sur son acte, l’accusé a affirmé n’avoir aucun regret et ne cachait pas son intention de récidiver. « Franchement, il y a des chances que je porte atteinte à nouveau aux intérêts de la France si j’en ai l’occasion. » Bilal Taghi encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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