Marseille : « Homme libre » et bandit redoutable, Jacky Imbert, dit « Le Mat », est mort

PORTRAIT Jacky Imbert, surnommé Jacky le Mat, était l’une des figures du grand banditisme marseillais dans les années 1960-1970, avec Tany Zampa et Francis le Belge. Il est mort ce lundi à Aix-en-Provence

Jean Saint-Marc

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Jacky Imbert en 2006, lors de son procès à Marseille pour extorsion de fonds.
Jacky Imbert en 2006, lors de son procès à Marseille pour extorsion de fonds. — A.-C. Poujoulat / AFP
  • Jacques Imbert, une des dernières figures du banditisme marseillais des années 1960-1970, est mort ce lundi à Aix-en-Provence.
  • Retour sur la carrière d’un homme considéré comme « redoutable » mais qui a été très peu condamné par la justice.

« Jacky Imbert a tué à peu près 90 personnes de sa main. » L’accusation est anonyme, mais elle vous pose une réputation. Celle d’un des plus grands caïds du milieu marseillais, pourtant très peu condamné. Jacques Imbert, surnommé Jacky le Mat (le fou) ou Le Matou, est décédé ce lundi à Aix-en-Provence, à 89 ans, selon La Provence.

« Tout le monde faisait du coude quand il arrivait au restaurant, il avait cette réputation de parrain, raconte à 20 Minutes son ancien avocat Michel Pezet. Mais c’était quelqu’un de très respectueux, d’un abord sympathique. »

« Le petit Jésus m’a protégé »

C’était aussi un « miraculé ». Le 1er février 1977, trois hommes cagoulés lui tirent dessus à de multiples reprises, sur le parking de sa résidence, à Cassis. « En évoquant cet épisode, une juge d’instruction lui avait dit : “vous avez reçu 21 balles”, se souvient Michel Pezet. Il avait corrigé : “22 ! Le petit Jésus m’a protégé.” » L’épisode a déclenché une série de règlements de comptes, « la guerre de Cent Ans du milieu », dans le langage des policiers marseillais. « Jacky le Mat » parlait de cet assassinat raté avec ironie, des années plus tard :

Je crois en la justice divine. Je n’ai jamais su qui étaient ceux qui m’ont tiré dessus, mais la rumeur a désigné des coupables. Ils sont morts quelque temps plus tard. »

Pour le spécialiste du grand banditisme Thierry Colombié*, « Tany Zampa et ses proches ont essayé de tuer Imbert en premier car c’était le plus redoutable de son équipe, celui qui était capable de tuer de sang-froid. » Ancien « meilleur ami » de Zampa, Jacky Imbert, qui a aussi cotoyé Francis le Belge, était un « homme libre, la figure du crime organisé français qui représente le mieux la liberté, qui a très vite appris à ne surtout pas dépendre d’une équipe. »

Pilote d’avion, patron d’un chantier naval et proche d’Alain Delon

Tour à tour pilote d’avion, pilote automobile, jockey, cascadeur, entraîneur hippique, conseiller d’un patron de boîte de nuit et patron d’un chantier naval, Jacky Imbert a réussi à passer à travers les balles des bandits comme à travers les mailles des filets de la justice. A la fin de sa vie, son casier judiciaire était quasi vierge, par le jeu des prescriptions et amnisties. En 2008, il avait écopé de deux ans de prison ferme pour un délit d’extorsion remontant aux années 1990. Proche d’Alain Delon, il se présentait alors comme « retraité du show-biz ».

A la sortie du tribunal, son avocate, Sophie Bottai avait affirmé que Jacques Imbert avait été condamné « sur la base d’une légende qui a la vie dure », celle de son appartenance au grand banditisme. Fiché sous le matricule 909/68 dans les dossiers du grand banditisme, Jacky « Le Mat » « était incontestablement dans le milieu », reconnaît aujourd’hui son autre avocat, Michel Pezet. Il fait mine de s’interroger : « Etait-ce un grand patron du banditisme ? Ou un juge de paix ? »

Jacky Imbert, dit « Le Mat », lors de son procès pour un trafic de cigarettes en liaison avec la mafia russe, en 2004.
Jacky Imbert, dit « Le Mat », lors de son procès pour un trafic de cigarettes en liaison avec la mafia russe, en 2004. - B. Horvat / AFP

En tout cas, « le terme de “parrain” est totalement fallacieux », affirme Thierry Colombié : « Un parrain est quelqu’un qui dirige une équipe structurée, qui fait vivre 500 familles et qui est associé à des hommes politiques ou des grands flics. Jacques Imbert ne remplissait aucun de ces trois critères. »

* Thierry Colombié est l’auteur du livre Le Belge, paru chez Stock (en deux tomes, 2002 et 2003)