Alexandre Benalla sort un livre pour dénoncer le complot des « technocrates en costumes gris »

LIVRE Dans « Ce qu’ils ne veulent pas que je dise », Alexandre Benalla assure qu’il a été victime d’un complot parce qu’il dérangeait en haut lieu par sa franchise

Vincent Vantighem

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Emmanuel Macron et Alexandre Benalla au salon de l'agriculture le 24 mars 2018.
Emmanuel Macron et Alexandre Benalla au salon de l'agriculture le 24 mars 2018. — WITT/SIPA
  • Alexandre Benalla a été mis en examen pour « violences volontaires » après avoir molesté des manifestants le 1er mai 2018, alors qu’il travaillait à l’Elysée.
  • Depuis, il a dû faire face à de multiples accusations qui pourraient le conduire à comparaître devant un tribunal correctionnel.
  • Il publie, ce jeudi, « Ce qu’ils ne veulent pas que je dise », un livre dans lequel il se dit victime d’un complot des technocrates.

Une photo vaut parfois mieux qu’un long discours. Pour accompagner la sortie, ce jeudi, de son « livre vérité », Alexandre Benalla a accordé une interview au Point. Sur le cliché qui l’illustre, on le voit, petit sourire en coin, en train d’envoyer un grand coup de pied dans les airs. A la façon d’un karatéka dont les boutons de chemise menacent toutefois de céder sous la pression ventrale. Un geste audacieux de la part de quelqu’un qui est mis en examen pour « violences en réunion ». Mais qui lui va, finalement, comme un gant de boxe.

Au Point, l’ancien chargé de mission de l’Elysée raconte en effet qu’il a d’abord pensé au titre « J’assume » pour son livre. Avant de se raviser. Ce sera donc Ce qu’ils ne veulent pas que je dise*. En soupesant les 279 pages, on se dit, de prime abord, qu’il y a un paquet de choses qu’« ils » souhaitent taire. Mais en fait, non : l’ancien chargé de mission ne fait que ressasser ce qu’il a déjà dit pour se défendre d’avoir molesté des manifestants le 1er mai 2018, place de la Contrescarpe à Paris.

« Je ne regrette pas mais j’aurais mieux fait de ne pas bouger… »

Sur ces faits précis d’ailleurs, il lui faut moins de cinq pages pour balancer le mantra qu’il avait déjà servi au Monde, à TF1 et à la commission d’enquête sénatoriale : il n’a frappé le couple de la Contrescarpe qu’en vertu de l’article 73 du Code de procédure pénale qui prévoit que toute personne a qualité pour appréhender l’auteur d’un délit flagrant…

Il renchérit : « Je ne regrette pas d’être intervenu, mais je me dis que (…) j’aurais mieux fait de ne pas bouger et de faire ce que font 99 % des gens qui assistent à une agression dans le métro ou sur la voie publique : regarder ailleurs ou filmer de loin, histoire de faire le malin sur les réseaux sociaux. »

Alexandre Benalla n’apporte aucune autre révélation sur le fond de l’affaire. Comme il s’est borné à le faire devant les enquêteurs, il refuse d’indiquer le nom des « amis » chargés d’embarquer son coffre-fort qui contenait, selon lui, uniquement trois pistolets Glock et un fusil à pompe pour « ses loisirs ». A peine reconnaît-il avoir donné le CD contenant des images de police censées le dédouaner au conseiller élyséen Ismaël Emelien, comme les enquêteurs l’ont démontré et comme 20 Minutes l’a raconté en février dernier.

Il s’occupe des cadeaux, de la voiture, des obsèques de Johnny et de Poutine

Le livre est, en revanche, beaucoup plus intéressant pour comprendre cet homme « made in Normandie » de 28 ans. Et le regard satisfait qu'il porte sur son action. Alexandre Benalla explique ainsi que c’est lui qui a permis la tenue de tous les rendez-vous de l’entre-deux tours entre Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Nicolas Hulot, Dominique Strauss-Kahn ou encore Thierry Solère, en vue de la composition du gouvernement.

Une fois à l’Elysée, il s’est chargé de renégocier les contrats avec Hermès pour offrir des cadeaux moins chers aux invités de marque du couple Macron. La Renault Vel Satis blindée qui permet au Président d’avoir de la place pour les jambes ? C’est également lui. La photo avec Vladimir Poutine dans la galerie des glaces du château de Versailles ? Toujours lui. Sans parler de la facture des obsèques de Johnny Hallyday dont l’État aurait dû s’acquitter – coût du cercueil compris – s’il ne s’était pas montré aussi ferme vis-à-vis de l’ancien manager du « Taulier »…

Emmanuel Macron avait reçu Vladimir Poutine en 2017, à Versailles.
Emmanuel Macron avait reçu Vladimir Poutine en 2017, à Versailles. - STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

Le complot « des technocrates en costumes gris »

Finalement, toute cette affaire n’aurait sans doute pas éclaté s’il n’avait pas gêné ceux qu’il nomme « les technocrates en costume gris ». Il raconte qu’on l’avait d’ailleurs prévenu, que sa « franchise » dérangeait certaines éminences du « Château ». A la fin de son ouvrage, Alexandre Benalla laisse entendre qu’il a été la cible d’un complot en raison de la réforme de la sécurité de la présidence de la République qu’il avait – aussi – préconisée.

Et de détailler que les images le montrant en train d’arrêter violemment le couple de la Contrescarpe ont été « proposées clés en mains » à quelques journalistes par un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur opposé à sa réforme et dont il ne révèle pas le nom.

Mis en examen pour une dizaine de délits distincts, Alexandre Benalla sait bien qu’il risque fort de comparaître un jour devant un tribunal correctionnel et d’être interrogé à ce propos. Mais impossible de savoir si, comme sur la photo du Point, il brassera de l'air…

*Editions Plon, 19 euros, 279 pages.