Gang de la Brise de mer : Claude Chossat fait le récit d'une vie de repenti sans en avoir le statut

PROCES Claude Chossat, actuellement jugé par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour le meurtre de Richard Casanova, et sa femme ont expliqué ce qu’est leur quotidien depuis qu’il a décidé de collaborer avec la justice

Adrien Max

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Sandrine Chossat, la femme de Claude Chossat a témoigné des menaces qui pesaient sur sa famille à la cour d'assises des Bouches-du-Rhône.
Sandrine Chossat, la femme de Claude Chossat a témoigné des menaces qui pesaient sur sa famille à la cour d'assises des Bouches-du-Rhône. — Gérard Julien / AFP
  • Claude Chossat est jugé par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour l’assassinat de Richard Casanova, membre du gang mafieux de la Brise de Mer.
  • Il a décidé de livrer des informations à la justice, en affirmant que le meurtrier est Francis Mariani, un autre cador de la Brise de Mer pour qui Claude Chossat travaillait.
  • Claude Chossat qui a sollicité le statut de « collaborateur de justice », et la protection qui va avec, sans jamais l’obtenir, vit désormais sous la menace.

« J’ai été le premier à mettre des noms dans ces dossiers. Je suis le seul qui a lâché dans cette affaire, le seul à être allé dans le sens de la justice. Vivre avec ça, c’est compliqué ». Claude Chossat est actuellement jugé par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour l' assassinat de Richard Casanova, membre du gang mafieux de la Brise de Mer, assassiné en avril 2008 à Porto-Vecchio ( Corse du Sud).

Mais il conteste avoir tué celui surnommé « le menteur ». Selon lui, il accompagnait Francis Mariani, un autre membre de la Brise de Mer, pour obtenir des informations sur une tentative d’assassinat dont le ponte du gang mafieux avait été victime en 2007. Et c’est Francis Mariani, mort depuis, qui aurait tué Richard Casanova, qu’il suspectait d’être à l’origine de cette tentative. Autant d’éléments qu’il a décidé de porter à la connaissance de la justice au cours d’une garde à vue en janvier 2010 et pour lesquels il a sollicité le statut de collaborateur de justice. Un statut, et la protection qui va avec, qu’il n’a jamais obtenu alors qu’il prétend que ses révélations ont découlé sur la condamnation de « 45 personnes, très précisément ».

Un simple « intérêt historique » ?

Mais tout au long du procès, les avocats des parties civiles ont remis en doute l’apport de cette collaboration. L’avocat général résumant même l’apport de Chossat à un simple « intérêt historique ». « Chossat il est encore en contact avec des enquêteurs, Chossat il est enregistré comme source au ministère de l’intérieur, Chossat on l’entend comme témoin devant une cour d’assises, il vient même sans la protection promise… Chossat a été entendu dans plus de 25 procès Quand on a besoin de moi, on sait où je suis, on vient me chercher, par contre aujourd’hui on dit que Chossat n’a servi à rien », avait-il rétorqué mardi.

Si ces éléments apportés à la justice sont remis en cause par la défense, ils valent à Claude Chossat et à sa famille de vivre sous la menace. Un impressionnant dispositif de sécurité campe chaque jour devant le tribunal depuis le début du procès. Mais les menaces ne s’arrêtent pas au tribunal.

Elles ont commencé quelques heures seulement après ses révélations. « J’ai été mis en examen dans l’affaire Casanova le vendredi, juste après mes révélations. Et le lundi ou mardi, un article avec les extraits de mes procès-verbaux était publié dans un article du Monde. A partir de là on m’a dit de faire très attention, qu’il pouvait m’arriver des bricoles. J’ai été pris de panique, j’étais jeté en pâture », relate Claude Chossat.

« On a toujours un sac prêt pour partir »

Depuis sa libération en 2012 dans l’attente de son procès. « Ça fait 7 ans que je pointe tous les jours au commissariat et que je ne peux pas envisager un départ à l’étranger pour mettre en sécurité ma famille », regrette-t-il.

Car sa famille, bien que soulagé de sa décision, vit désormais sous pression. En Corse, comme sur le continent. « Je gagnais très bien ma vie, je n’avais pas besoin des revenus de mon mari pour subvenir aux besoins de la famille. Mais à partir de ses révélations, mon employeur a subi des pressions au quotidien. J’ai voulu monter une structure avec des associés qui étaient partants. Mais ils ont immédiatement fait marche arrière après avoir été approchés », explique Sandrine Chossat, directrice commerciale.

Lorsque son employeur apprend que Claude va prochainement sortir de prison, il lui fait comprendre que Sandrine doit les quitter. « Nous avons dû partir de Corse, j’ai quitté mon employeur de 10 ans, je ne pouvais pas partir comme ça mais la police nous a demandé de partir », relate Sandrine, dont la longue chevelure blonde détonne avec sa tenue toute en noir.

La famille tente de refaire sa vie dans la Drôme, scolarise les enfants. Mais lorsque Claude surprend des hommes en plein repérage, leur vie bascule à nouveau. « On a toujours un sac prêt pour partir, on ne vit pas comme tout le monde. Je suis allé chercher les enfants et on est parti dans l’heure en quittant tout. A chaque fois, il faut tout recommencer de zéro. Je ne sais pas ce que sera ma vie dans 48 heures. Si on l’envoie en prison, on l’envoie dans le couloir de la mort. Je vais me retrouver seule avec les enfants repartir de zéro avec le danger, et personne ne sera là », craint Sandrine Chossat.

« On peut s’estimer chanceux d’avoir un accusé »

Leurs deux filles ont bien conscience de l’importance que représente ce procès pour leur père, et leur famille. « Mes filles m’ont demandé " est ce que vous avez fait une lettre pour que des gens s’occupent de nous s’il vous arrive quelque chose " », lâche Sandrine en sanglot.

Maquillage d’un véhicule pour décrédibiliser l’accusé, tentative d’assassinat en Corse, tentative de manipulation pour le faire venir assister à une expertise sur un véhicule « pour lui faire du mal », des repérages à proximité de son domicile, autant de menaces qui font dire aux avocats de Chossat « on peut s’estimer chanceux d’avoir un accusé ».

Le père de Claude, François, un homme à la carrure imposante, a lui aussi fait part de la peur qui entoure sa famille qui vit toujours en Corse. « Oui on a tous peur, on ne peut pas dire qu’on est serein. On a peur des représailles. Je pense que les frères de Claude font l’objet de pression. Ils en parlent à demi-mot, ils savent sûrement plus ce qu’il se passe que moi », a-t-il pudiquement lâché.

La cour d’assises des Bouches-du-Rhône doit rendre son verdict ce vendredi. Autant d’enjeux pour la vie de Claude Chossat, mais aussi pour le statut du repenti en France, alors qu’il n’a été obtenu que par une dizaine de personnes depuis 2014. « On attend le prochain repenti, mais je peux vous dire qu’il n’est pas dans cette salle », lâche un avocat de Chossat.