Affaire Balkany : « Le problème, c’est qu’il faut qu’on trouve 500.000 balles pour qu’il sorte »

INTERVIEW Condamnée tout comme son mari, Patrick, pour « fraude fiscale », Isabelle Balkany revient sur les conditions fixées par la justice pour qu’il recouvre la liberté

Vincent Vantighem

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Paris, le 18 octobre 2019. Isabelle Balkany exprime son ras-le-bol après l'audience du tribunal l'ayant condamné, elle et son mari, pour "blanchiment de fraude fiscale".
Paris, le 18 octobre 2019. Isabelle Balkany exprime son ras-le-bol après l'audience du tribunal l'ayant condamné, elle et son mari, pour "blanchiment de fraude fiscale". — Martin BUREAU / AFP
  • Patrick Balkany a été condamné à 4 ans de prison ferme pour « fraude fiscale » et à 5 ans pour « blanchiment ». Il dort en prison depuis le 13 septembre.
  • Une association de Levalloisiens tente de réunir 500.000 euros afin de payer la caution qui pourrait lui permettre de retrouver la liberté.
  • Isabelle Balkany réagit, pour 20 Minutes, à la création de cette association et évoque la question des municipales de mars 2020.

Il est 16h20 quand Isabelle Balkany décroche le téléphone et le repose immédiatement sur son bureau. « Je mets sur haut-parleur pour pouvoir manger un bout tout en vous parlant. Je n’ai pas eu le temps de m’arrêter ce midi. Mais je vous écoute… » Depuis le 13 septembre, c’est elle qui préside aux destinées de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Car, depuis cette date, son mari, Patrick, est incarcéré à la prison de la Santé, après sa double condamnation pour « fraude fiscale » et « blanchiment ». Auteur de deux demandes de mise en liberté, il saura le 13 novembre s’il peut quitter sa cellule. Encore faut-il rassembler 500.000 euros, soit le montant de la caution réclamée pour qu’il puisse sortir. Isabelle Balkany livre son sentiment à 20 Minutes alors qu’une association vient de se créer afin de tenter de rassembler cette somme…

Vous avez rendu visite à votre mari, ce mercredi, à la prison de la Santé. Comment a-t-il accueilli l’annonce de la création d’une association visant à recueillir des fonds pour payer sa caution de 500.000 euros ?

Cela fait quinze jours qu’on en parle. En fait, j’avais vu passer la création de plusieurs cagnottes Leetchi. Je ne connaissais pas. Mais de toute façon, Patrick ne voulait pas de trucs par Internet. Il n’est pas très connecté. Il hait Twitter. Il a eu un compte mais il l’a fermé tout de suite. Bref, on s’est dit qu’il fallait un truc cadré. On s’est renseigné et on a donné notre accord pour la création d’une association de soutien.

Il est très touché par cette initiative. La réalité, c’est qu’on n’a plus un centime. Ce n’est pas du pipeau ! Je ne suis pas là pour me plaindre. Mais si on me verse 10 balles sur mon compte, ils sont aussitôt saisis. Donc, cette association est le seul moyen…

Et donc, oui, il est touché de recevoir du soutien. Il faut savoir qu’il a un courrier de ministre. Là, je repars de la prison avec 35 ou 40 lettres qu’il a reçues. J’ai même dû répondre à un mec installé à Hong Kong.

Lors de votre procès, vous avez reconnu que vous aviez été plus « cigales que fourmis ». N’est-ce pas indécent aujourd’hui de s’en remettre à la générosité des autres ?

Vous voulez mon sentiment profond ? Je vais vous le donner de toute façon. Mon sentiment, c’est qu’on est dans une période de haine de l’autre, de racisme, d’antisémitisme et de pensée unique. Voilà.

Ceux qui critiquent peuvent critiquer. Cela m’a fait craquer une fois [elle a été hospitalisée après avoir avalé des médicaments douze jours avant son procès]. Mais cela ne me fera pas craquer deux fois. Maintenant, je bloque les « rageux » sur les réseaux sociaux. Mais il faudra quand même expliquer un jour le lien entre une majorité des 66.000 habitants de Levallois-Perret et Patrick Balkany. Je n’ai pas d’explication rationnelle. Je ne sais pas. Ça tient à lui. Ça tient à eux…

Au clientélisme dont il est accusé aussi peut-être ?

Alors, ça me fait bien marrer, ça. On nous critique parce qu’on offre des bouteilles thermos à Noël aux personnes âgées. Mais c’est ce que les communistes faisaient quand on est arrivé à Levallois en 1983. A l’époque, ils faisaient des cadeaux au 14 juillet. On a trouvé que c’était une bonne idée, on l’a reprise. C’est tout.

Votre mari sera fixé le 13 novembre sur sa demande de mise en liberté. Vous croyez qu’il va sortir ?

Le problème, c’est qu’il faut trouver 500.000 balles pour qu’il sorte… Et j’espère qu’ils ne vont pas en rajouter une couche [La cour d’appel pourrait réclamer une autre caution suite à sa deuxième demande de mise en liberté].

Une autre condition fixée pour qu’il sorte de prison est qu’il quitte la région parisienne. Est-il prêt à cela ?

Vous êtes bien informé. Donc, vous avez lu le jugement comme moi ! Dans le jugement, on explique qu’il n’a pas le droit de se rendre à Paris ni dans les départements alentour parce qu’il y a des aéroports et qu’il pourrait fuir. Alors, là moi, je bloque. Il y a aussi un aéroport au Touquet ! Intellectuellement, c’est insupportable de lire un tel argument !

Non, la vraie raison, c’est que les juges veulent s’opposer au suffrage universel, à la fin de son mandat de maire et à sa possible réélection en mars prochain.

Il a expliqué qu’il n’était plus sûr de vouloir se représenter. Il hésite ? Il cogite ?

Évidemment qu’il cogite. Il n’a que ça à faire de la journée. Regarder la télé et lire des bouquins. Mais il peut aussi se présenter à la mairie sans pouvoir s’y rendre. A moi de poser des questions. On est en quelle année ?

2019…

Oui. On est dans quelle période ?

Euh… Je ne sais pas…

On est dans la période de la technologie. Au beau milieu du conseil municipal, il suffit que j’ouvre Skype et Patrick est avec nous sans être à Levallois-Perret. Même une vieille bourrique comme moi sait faire ça.

Vous savez aussi gérer la ville en l’absence de votre mari. Ça ne vous donne pas envie d’être candidate à votre tour ? Vous cogitez aussi ?

Non moi, je n’ai pas le temps de cogiter. Je suis obligée de donner mon téléphone à mon collaborateur car il sonne sans arrêt. J’ai une quinzaine de parapheurs à signer devant moi et à cause de vous, je suis déjà en retard de 15 minutes pour ma prochaine réunion. Et je ne dors plus la nuit car je passe mon temps à répondre aux messages sur les réseaux sociaux. Donc, non, je n’ai pas le temps de cogiter !