Gang de la Brise de Mer : « C’était la première fois qu’un bandit corse faisait des déclarations signées », quand Claude Chossat s’est mis à table

BRISE DE MER Claude Chossat, jugé pour l’assassinat de Richard Casanova à Aix-en-Provence, a décidé de collaborer avec la justice, sans en obtenir le statut

Adrien Max

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Le procès Chossat se tient pendant une quinzaine de jours
Le procès Chossat se tient pendant une quinzaine de jours — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Claude Chossat est jugé par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour l’assassinat de Richard Casanova, l’un des membres du gang de la Brise de Mer, en 2008.
  • Il n’a pas obtenu le statut de repenti mais avait décidé, peu après les faits, de faire des révélations à la justice sur la mort de Casanova et sur le fonctionnement du gang.
  • « On a pu mettre le doigt sur des choses que l’on percevait seulement », a reconnu ce lundi le commissaire Boudet, désormais à la retraite.

Ses déclarations ont apporté de « précieux éléments » aux enquêteurs. Claude Chossat, qui est actuellement jugé par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour le meurtre de Richard Casanova, à Porto-Vecchio ( Corse du Sud) en avril 2008, est l’une des rares personnes à avoir accepté de témoigner contre le gang de la Brise de Mer, dirigé par Richard Casanova et Francis Mariani, pour qui il travaillait.

Le 9 décembre 2009, celui qui était devenu le chauffeur de Francis Mariani est placé en garde à vue dans le cadre d’une autre enquête pour meurtre, alors que son empreinte a été retrouvée sur une douille. Bruno Boudet, responsable adjoint de l’office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), assiste à cette garde à vue. « Nous connaissions une certaine proximité entre Claude Chossat et Francis Mariani. J’étais venu à titre d’observateur pour connaître le personnage et comprendre comment il pouvait être impliqué dans cet assassinat », explique le commissaire, désormais à la retraite.

« Il m’a expliqué qu’il avait des éléments à porter à ma connaissance »

Mais au cours de cette garde à vue, l’enquête bascule, et la vie de Claude Chossat avec. « A un moment, Chossat a demandé lequel de nous était le plus gradé. Mes collègues se sont immédiatement retournés vers moi. Il souhaitait me parler en privé, et il m’a expliqué qu’il avait des éléments à porter à notre connaissance sur des assassinats dans la zone d’Ajaccio », avance Bruno Boudet. Aucune contrepartie n’est réclamée par Claude Chossat, « aucune réduction de peine, aucun traitement spécial », à l’exception de passer les prochaines fêtes à la prison d’Ajaccio pour voir ses filles. Une demande loin d’être évidente, finalement acceptée.

Claude Chossat est à nouveau placé en garde à vue le 4 janvier 2010. « Il nous a raconté le déroulement de l’assassinat de Casanova, les préparatifs. Il nous a dressé un descriptif assez précis de la journée de l’assassinat tout en s’incriminant, alors que nous ne savions pas encore que son ADN avait été retrouvé sur les lieux du crime », relate Bruno Boudet.

« Chossat, c’est combien d’affaires résolues ? »

Assassinat de Richard Casanova, financement et organisation de la Brise de Mer, coup de force de Jean-Luc Germani, le beau-frère de Richard Casanova, pour récupérer le contrôle des cercles de jeux Wagram et Eldo, sont autant d’éléments servis sur un plateau aux enquêteurs. Mais pour l’avocat général comme pour les avocats des parties civiles, ces révélations n’ont rien apporté de significatif. « Chossat, c’est combien d’affaires résolues ? », questionnent depuis le début du procès maître Pierre Bruno et maître Emmanuel Marsigny.

Ce à quoi les différents enquêteurs qui se sont succédé devant les jurés de la cour d’assises ont répondu : « Nous étions confrontés aux témoins défaillants, au silence général, à la peur justifiée, à certaines failles de l’État peut-être. Puis Claude Chossat a été le premier à briser l’omerta et à assumer sur PV. Ses déclarations ont été pour nous un événement historique. Elles ont permis à la justice de faire des pas de géant », a rappelé la semaine dernière Claude Choquet, ancien juge à la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) entre 2004 et 2012, et désormais à la retraite.

Bruno Boudet en a remis une couche ce lundi. « Il n’y a pas 50 voyous - parce que je considère que Claude Chossat reste un voyou - qui sont prêts à faire une déposition écrite et signée. Est ce que tout ce que dit Claude Chossat est vrai ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que tous les éléments qu’il nous a livrés, pour lesquels il était présent, ont été avérés par des preuves matérielles. Ce sont les éléments qui étaient des propos rapportés d’autres personnes où il y a eu des confusions. »

Une grande première

Malgré cela, au moins deux affaires ont été résolues, selon les dires de Bruno Boudet, qui rappelle lui aussi le caractère historique des confidences de Claude Chossat. « C’était la première fois qu’un malfaiteur du banditisme corse se proposait de faire des déclarations écrites et signées. Des malfaiteurs prêts à raconter leur vie, j’en ai entendu beaucoup. Mais en aparté. Des écrits pour venir au tribunal, je n’en avais pas. Ça a permis de nous éclairer sur tout ce qui était écrit dans la presse, dans les livres et pour lesquels on restait dans la rumeur, avec des propos rapportés sous anonymat. On a pu mettre le doigt sur des choses que l’on percevait seulement. Il ne nous a jamais dit " telle personne va tuer telle autre à telle heure ". Mais il nous a permis de reconstituer des relations et donc de faire des avancées », a tenu à rappeler Bruno Boudet.

Pourtant, Claude Chossat n’a jamais été reconnu comme repenti, ou « collaborateur de justice », alors que seules une dizaine de personnes bénéficient de ce programme en France depuis l’application de la loi en 2014. « J’ai parlé trop tôt », considère celui qui est désormais obligé d’assurer sa sécurité lui-même.