Drogue: Lourdes peines contre un vaste réseau de blanchiment d’argent

TRAFIC INTERNATIONAL La structure avait collecté près de 72 millions d’euros en un peu plus d’un an

20 Minutes avec AFP

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Le symbole de la justice (illustration)
Le symbole de la justice (illustration) — Pixabay

Des condamnations allant de deux à dix ans de prison et des amendes jusqu’à 500.000 euros ont été prononcées jeudi par le tribunal correctionnel de Marseille contre dix-huit membres d’un tentaculaire réseau de blanchiment d’argent de la drogue. A la lecture du jugement, la présidente Céline Ballerini a indiqué que l’enquête avait « mis au jour un réseau particulièrement structuré et efficace avec la collecte d’une masse considérable d’argent, environ 72 millions d’euros, provenant principalement du trafic de stupéfiants ».

Une gestion depuis la Belgique

L’accusation mettait à l’actif de ce réseau ayant sa tête au Maroc et géré depuis la Belgique quelque 310 transactions financières occultes entre août 2015 et novembre 2016, qu’il s’agisse de récupérations de sommes collectées auprès de réseaux de drogue un peu partout en France, de remises d’argent ou de transports de fonds en Espagne.

Considéré comme le collecteur principal, Abdlakrim Daoudi, un ancien garagiste de Grande Synthe (Nord), a été condamné à neuf ans de prison et à une amende de 200.000 euros. A lui seul, il avait collecté 49 millions d’euros avant d’être interpellé à Besançon en novembre 2016 alors qu’il venait de récupérer, dans la rue, plus de 940.000 euros. Dix ans de prison et une amende de 500.000 euros ont été prononcés contre Mohamed Bouknouch, 69 ans, un petit épicier du quartier des Batignolles à Paris dont le commerce jouait un rôle de banque occulte où transitaient chaque semaine 100.000 à 150.000 euros d’argent sale. La même condamnation a été prononcée contre Tawfik Soudani, à la tête d’un réseau recourant au service de cette entreprise occulte de blanchiment.

Un système ancestral de compensation

Dirigé selon l’accusation par un homme d’affaires marocain, ce réseau de blanchiment fonctionnait sur le modèle de l’hawala, un système ancestral de compensation reposant sur la confiance entre des « sarafs » (des agents de change) pour des règlements transfrontaliers sans déplacement physique d’argent. L’argent entrait ensuite dans le système bancaire classique à Dubaï, où l’hawala est légale. Selon le procureur, les sommes manipulées par ce réseau équivalaient à cent tonnes de résine de cannabis.

Aucun Marseillais n’était jugé dans ce dossier. Si le tribunal correctionnel de Marseille a été saisi c’est car les deux premières arrestations dans cette affaire ont eu lieu dans le Vaucluse, dans le ressort de juridiction interrégionale spécialisée de Marseille.