Le rappeur Mister You condamné à un an sous bracelet électronique pour avoir fait de la publicité à des dealeurs

TRIBUNAL Le rappeur a été condamné jeudi pour avoir fait la promotion d'un point de deal sur les réseaux sociaux

20 Minutes avec AFP

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Le rappeur Mister You condamné à un an sous bracelet électronique pour avoir fait de la publicité à des dealeurs (Archives)
Le rappeur Mister You condamné à un an sous bracelet électronique pour avoir fait de la publicité à des dealeurs (Archives) — ALIX WILLIAM/SIPA

Les faits remontent à février 2019. Un soir, sur Snapchat, le rappeur Mister You ouvre les petites boîtes de conserve au packaging léché qui ont fait la réputation de ce point de deal de Villejuif. Puis fait la promotion de la drogue et fait des dédicaces à ce point de deal.

Pour cela - « une connerie » selon lui, « de la pub » pour trouver des clients voire des vendeurs aux trafiquants de drogue, selon la procureure — l’artiste de 35 ans a été condamné ce jeudi par le tribunal de Créteil à 12 mois sous bracelet électronique.

« J’étais dans l’euphorie »

« J’étais dans l’euphorie, sur le coup j’avais kiffé », argumente Mister You à la barre, assurant que la promotion très détaillée du point de vente – ses vidéos sont entrecoupées de photos du stade à Villejuif où la drogue est vendue, avec adresse et horaires d’ouverture indiquées – n’était pas une commande des dealers.

De la « connerie », de « la pure bêtise », dont il se rend compte rapidement. « Au bout de deux heures je l’ai retiré », dit-il en s’excusant.

Descentes et arrestations sur ce point de deal

Pendant des mois entre 2018 et 2019, les policiers ont multiplié les descentes sur ce point de deal – plus de 200 arrestations en un an –, considéré comme l’un des plus gros d’Ile-de-France avec un bénéfice par semaine estimé à 100.000 euros. Les enquêteurs estiment que la « pub » de Mister You visait à faire remonter les ventes d’un trafic qui commençait à battre de l’aile. Après les vagues d’arrestations, ils se sont presque exclusivement repliés sur la livraison à domicile.

Sur Snapchat toujours, les trafiquants affichent les horaires de commandes et livraisons et multiplient les « promos », les « goodies » offerts à chaque livraison, et assurent le service client : si un vendeur se fait arrêter, les consommateurs sont prévenus en direct sur Snapchat du retard et on leur promet un remplaçant au plus vite. « Ils sont bons il faut le reconnaître », dit l’enquêteur.

Des vidéos vues par des dizaines de milliers de jeunes

Rappeur dont les clips enregistrent aujourd’hui plusieurs dizaines de millions de vues sur Youtube, Mister You s’est notamment fait connaître il y a dix ans en narguant les policiers dans un album intitulé « attrape YOU si tu peux », sorti pendant une cavale de près de deux ans dans une affaire de trafic de drogues.

Interrogé par le tribunal, il a estimé que ses vidéos Snapchat peuvent être vues par jusqu’à 200.000 personnes, majoritairement des 18-25 ans. « C’est l’âge des consommateurs, des petits dealers. Ceux qui vous ont incité à poster cette vidéo savaient parfaitement quelle serait la cible touchée », estime la présidente.

La procureure trouve elle « consternant d’user de sa notoriété » pour « inciter » des jeunes « influençables » à consommer, voire à travailler – elle rappelle le cas d’un jeune de 15 ans recruté selon lui après avoir vu la « pub » de Mister You. Des policiers confirment avoir arrêté des jeunes venus « de Toulouse ou de Bretagne » juste pour acheter « la petite boîte » de Mister You, et les trafiquants sont connus pour poster des offres d’emploi pour les livreurs qu’ils embauchent de « manière industrielle », selon un enquêteur.

L’impact de la vidéo au tribunal

A l’audience, la présidente rappelle l’impact qu’a eu la vidéo de Mister You. Pendant des semaines, dit-elle, « à chaque dossier » de trafic passé devant le tribunal : « Quand on demandait “comment vous êtes arrivés là” on répondait “Mister You” ».

Thomas Maier, l’avocat du rappeur qui a plaidé la « parenthèse débile » dans la vie dorénavant stable de son client, s’est insurgé après le jugement de la peine « incroyablement sévère » à l’encontre du rappeur, « pour faire de lui un exemple ».