Gang de la Brise de Mer : Richard Casanova, le « très discret » parrain Corse devenu «victime » désignée

PROCES La cour d’assises des Bouches-du-Rhône juge Claude Chossat, qui se présente comme le premier repenti de Corse, pour le meurtre de Richard Casanova

Adrien Max

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Richard Casanova a été assassiné en 2008 à Porto-Vecchio
Richard Casanova a été assassiné en 2008 à Porto-Vecchio — Stephan Agostini / AFP
  • Le procès de Claude Chossat, qui se présente comme le premier repenti de Corse, a lieu devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour le meurtre de Richard Casanova.
  • Richard Casanova est présenté comme l’un des piliers du gang de la Brise de Mer.

« J’ai souvent l’habitude de dire que dans les procès pour meurtre, il y a un grand absent : la personne qui est morte. C’est donc important que la famille puisse s’exprimer. » Une importance pour le président de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Tourmier, d’autant plus vraie que beaucoup de légendes circulent autour du défunt, Richard Casanova.

Pour parler de celui qu’on surnomme « le menteur », abattu le 23 avril 2008 par un tireur embusqué alors qu’il quittait un garage automobile de Porto-Vecchio (Corse du Sud), Sandra Germani, son ancienne compagne, et Nicole Casanova, sa sœur, se sont présentées à la barre de la cour d’assises ce mercredi.

La cour doit établir si Claude Chossat, qui se présente comme le premier repenti de Corse, a tué celui considéré comme l’un des parrains, avec Francis Mariani, du gang mafieux de La Brise de mer, alors que son ADN a été retrouvé sur le pas de tir ayant servi à abattre Richard Casanova. Claude Chossat a toujours nié l’avoir exécuté, mais a reconnu avoir aidé Francis Mariani à localiser Jean-Luc Germani et Richard Casanova qu’il soupçonnait d’être à l’origine d’une tentative d’assassinat dont il avait été la cible en 2007.

Un braqueur « très bon père, très bon mari »

Habillée d’un long gilet bordeaux dans lequel elle se blottit, Sandra Germani s’avance devant les jurés. Elle évoque immédiatement la « vie atypique » de Richard Casanova, et de leur couple. « Richard était en cavale depuis 15 ans, nous n’étions pas tout le temps ensemble. Mais il était un très bon père, un très bon mari et un très bon frère ». Puis elle sanglote à l’évocation de la révélation de sa mort à son plus jeune fils, âgé de trois ans à l’époque des faits : « On a tiré sur papa, ses jambes n’ont pas tenu ». Puis presque immédiatement elle ressent le besoin de prendre la défense de son ancien compagnon, « ce sont nous les victimes. J’ai lu comme tout le monde ce qui était écrit dans la presse, il y a à boire et à manger ».

Car la presse présente Richard Casanova, dont très peu de photos circulent, comme braqueur dans les années 80, puis comme un proche de Bernard Squarcini, patron de la Direction centrale du renseignement intérieur sous Nicolas Sarkozy. Quand ce n’est pas un ami qui le décrit comme un facilitateur pour les contrats d’entreprises françaises en Afrique grâce à sa proximité avec Michel Tomi, roi des machines à sous en Afrique de l’Ouest.

Ce qui est certain, c’est que Richard Casanova est arrêté le 3 mars 2006, après 15 ans de cavale à la suite d’un mandat d’arrêt dans le cadre de l’enquête sur le braquage de la banque UBS de Genève, d’un montant équivalent à 20 millions d’euros. Autre certitude établie dans le cadre d’un autre dossier d’instruction, Richard Casanova retirait des bénéfices occultes de la gestion frauduleuse de deux cercles de jeux parisiens : le Wagram et le cercle Eldo.

« Je ne pense pas qu’on soit des assassins »

De son propre aveu, Sandra Germani n’est pas au courant des activités de son mari. « Richard était très protecteur, il ne faisait pas part de la vie qu’il menait, pour me protéger. Je ne suis pas au courant des affaires qu’on peut lui prêter. » Ce que confirme Nicole Casanova. « Je rejoins les propos de ma belle-sœur, Richard était très discret, on le voyait peu mais on profitait un maximum. Lors des fêtes, des anniversaires, c’était une vie atypique. »

Une vie atypique dans une famille tout ce qui a de plus normal. « Ma mère vient d’une famille de commerçants, notamment dans la restauration. Le parcours de mon père est plus atypique. Il s’est engagé dans la Marine, a participé à la guerre d’Indochine, puis celle d’Algérie. C’était un commando Hubert (l’élite de la marine). Après leur mariage, il a repris le commerce de ses beaux-parents et n’a jamais cessé de travailler. Les seuls jours qu’ils s’octroyaient, c’était le dimanche. Nous sommes une famille aisée, mais nous n’avons pas fait richesse dans l’immobilier comme certains le prétendent », a détaillé Nicole Casanova.

Elle souhaite surtout lever l’opprobre sur sa famille. « On nous a traînés dans la boue et pourtant on a tenu en ne disant pas un mot. Dans tous les articles, Chossat explique que le clan Casanova/Germani veut le tuer, que la ville d’Aix nous appartient. Ce n’est pas du tout le cas, je ne pense pas qu’on soit des assassins, on travaille contrairement à beaucoup de personne », s’est défendu Nicole Casanova.

La vengeance

Tout en inversant la peur de camp. « On a pu voir sur des écoutes téléphoniques d’un autre dossier que l’ancienne compagne de Francis Mariani donnait l’adresse de Sandra. Pendant des mois, des années, je me suis demandé si on n’allait pas retrouver tous nos enfants trucidés. Notre tribu a largement payé », avance-t-elle.

La peur, la vengeance, fil conducteur de ce procès, s’arrêtera-t-elle au moment du verdict ? Oui, à en croire Sandra Germani : « Ce que j’attends de ce procès, et contrairement à ce que dit Claude Chossat, nous voulons qu’il soit jugé pour ce qu’il a fait, nous ne voulons pas sa mort. On a confiance en la justice ». A voir l’impressionnant dispositif de sécurité autour de la cour d’Assises d’Aix-en-Provence, la justice semble toujours en douter.