« Un attentat qui promettait d'être particulièrement meurtrier », le parquet requiert le renvoi aux assises de la « cellule d'Argenteuil »

TERRORISME Le parquet national antiterroriste (PNAT) a demandé le renvoi devant la cour d’assises spécialement composée de Reda Kriket et de six autres protagonistes, soupçonné d'avoir fomenté un attentat particulièrement meurtrier

Caroline Politi

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Après l'interpellation de Reda Kriket, plusieurs interpellations ont eu lieu en Belgique et aux Pays-Bas.
Après l'interpellation de Reda Kriket, plusieurs interpellations ont eu lieu en Belgique et aux Pays-Bas. — PHILIPPE HUGUEN AFP
  • En mars 2016, une cellule terroriste – dite « d’Argenteuil » – est démantelée en France mais également en Belgique et aux Pays-Bas. Elle est soupçonnée de projeter une attaque d’une ampleur inédite.
  • Reda Kriket, considéré comme l’un des piliers, a toujours nié toute velléité terroriste.
  • Le PNAT demande le renvoi de sept mis en cause devant la cour d’assises spécialement composée.

Un projet d’attaque « d’une extrême violence », un arsenal d’une « ampleur inédite », un « réseau terroriste prêt à passer à l’acte ». Le 30 mars 2016, celui qui était alors procureur de Paris, le si pondéré François Molins, ne masque pas son soulagement en conférence de presse. Dans le monde de l’antiterrorisme, tous en sont convaincus, l’interpellation de Reda Kriket six jours auparavant a probablement permis d’éviter un 13-Novembre bis. Ce délinquant multi-récidiviste, également condamné en Belgique pour avoir participé à une filière djihadiste au côté d’Abdelhamid Abaaoud, est soupçonné d’être l’un des piliers d’une cellule terroriste, dite « d’Argenteuil », en référence au lieu de la planque.

Trois ans et demi plus tard, le parquet national antiterroriste (PNAT), dans son réquisitoire définitif daté du 25 octobre, a demandé le renvoi devant la cour d’assises spécialement composée de Reda Kriket et de six autres protagonistes pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Les magistrats ont, en effet, estimé que leur interpellation, quelques jours à peine après les attentats de Bruxelles, a permis d’éviter « un attentat qui promettait d’être particulièrement meurtrier au regard de l’arsenal saisi ». « La cellule d’Argenteuil s’inscrit (…) dans la droite ligne des attentats et des projets d’attentats perpétrés en Europe depuis le début de l’année 2015 », insistent-ils.

Un arsenal inédit

Parmi les dizaines de projets d’attentats déjoués ces dernières années en France, celui-ci apparaît sans conteste comme l’un des plus abouti. Si les enquêteurs ne sont pas parvenus à identifier formellement la nature du projet et sa cible – Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, avait avancé la thèse d’une attaque contre l’Euro de football 2016 – jamais un tel arsenal n’avait été découvert lors d’une perquisition. Dans la planque d’Argenteuil, dans le Val d’Oise, loué par Reda Kriket sous un faux nom, les enquêteurs de la DGSI ont notamment découvert six pistolets automatiques, sept armes de poing, plus de 1,3 kilo d’explosif industriel et plus de 100 grammes de TATP, un explosif aussi puissant qu’instable, utilisé notamment par les terroristes des attaques de Paris et Bruxelles. Quarante-cinq kilos de munitions ont également été découverts à Rotterdam, aux Pays-Bas, où a été interpellé Anis Bahri, autre suspect majeur dans la procédure.

L'immeuble d'Argenteuil dans lequel a été trouvé l'arsenal
L'immeuble d'Argenteuil dans lequel a été trouvé l'arsenal - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Après avoir un temps soutenu qu’il gardait ces armes pour un autre - un certain Abou Badr dont il refusait de livrer l’identité – Reda Kriket a fini par reconnaître devant les juges que ces armes étaient les siennes. Un arsenal qu’il justifie par son intention de braquer des dealers « car ils ne portent pas plainte ». Le mis en examen a, en revanche, toujours fermement nié toute intention terroriste. Interrogatoire après interrogatoire, le Franco-Algérien, aujourd’hui âgé de 37 ans, s’est appliqué à démentir pied à pied les accusations qui pèsent à son encontre.

A commencer par sa présence en Turquie en même temps qu’un de ses co-accusés, Anis Bahri. Un voyage pour se soigner les dents, assure Reda Kriket. Un argument qui n’a manifestement pas convaincu le PNAT qui l’accuse dans ses réquisitions d’être allé en Turquie « dans le but de rejoindre clandestinement les rangs de l’organisation Etat islamique » mais également d’avoir commis des « vols destinés à financer les préparatifs d’un attentat ».

De nombreuses zones d’ombre

Au cours de leurs investigations, les enquêteurs ont également pu établir des contacts de membres de la cellule avec deux cadres des opérations extérieurs du groupe Etat islamique en Syrie : Boubaker El Hakim, et, selon toute vraisemblance, Abdelnasser Benyoucef, tous deux soupçonnés d’avoir commandité des attentats en Europe.

Reste néanmoins de nombreuses zones d’ombre dans ce dossier, notamment d’éventuels liens avec les terroristes du 13-Novembre et de Bruxelles. En juin, L’Express et Le Parisien révélaient ainsi que les enquêteurs avaient exhumé, dans un ordinateur abandonné par les djihadistes de Bruxelles, un message audio laissé par un des terroristes dans lequel il donne des instructions à des « frères de France », notamment à un dénommé « Ahmed », et explique que des armes ont été confiés à un certain « Imrane ». Devant les juges, Reda Kriket avait fermement nié avoir le quelquonque lien avec ce message. Des éléments qui seront probablement au coeur du procès devant la cour d'assises si les juges d'instruction décident de suivre le parquet dans ses réquisitions.