Claude Chossat, de « braqueur minable » à homme de confiance de Francis Mariani, parrain de la mafia corse

JUSTICE A l’ouverture de son procès pour le meurtre de Richard Casanova, Claude Chossat a tenté d’expliquer comment il est devenu l’homme de main d’un parrain de la mafia corse, Francis Mariani

Mathilde Ceilles

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Le procès Chossat se tient pendant une quinzaine de jours
Le procès Chossat se tient pendant une quinzaine de jours — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Ce lundi s’ouvrait devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence le procès de Claude Chossat, accusé du meurtre de Richard Casanova, figure de proue du grand banditisme.
  • L’homme est revenu longuement sur sa trajectoire qui l’a fait devenir l’homme de confiance du parrain de la mafia corse, Francis Mariani.

On ne soupçonne pas les conséquences d’une ou deux parties de jeux vidéos. « Quand je fais la connaissance de Francis Mariani, je suis passionné de rallye, se souvient Claude Chossat à la barre de la cour d’assises d’Aix-en-Provence, dans son costume noir. J’ai des posters de voitures de course partout dans ma cellule. En voyant ça, sachant que j’étais originaire de Cutolli et que j’avais des connaissances avec des gens qu’il connaissait, Francis Mariani vient de plus en plus dans ma cellule. On commence a jouer a la Playstation à des jeux de rallye. Ça a commencé comme ça. »

Nous sommes alors en 2000, dans la prison de Borgo, en Corse. Francis Mariani est alors, du propre aveu de Claude Chossat « le boss ». Il est l’un des plus influents bandits de l’histoire de la mafia insulaire, membre du très puissant gang de la Brise de Mer. Claude Chossat, lui, est un jeune homme décrit par nombreux de ses proches comme « sympathique », « intelligent » « sans histoire », qui, « fasciné par les voyous » et attiré par l’argent facile, commet un vol à main armé qui le conduit tout droit en prison. « Un petit braqueur minable », comme le résume le président de la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Tournier, qui parvient, grâce à une passion commune pour les voitures, à s’attirer les faveurs du « parrain ».

« Il me fascinait »

Francis Mariani lui offre dans un premier temps en détention sa protection. Rapidement, en échange, Claude Chossat rend service à cette figure de proue du grand banditisme corse. En 2001, Francis Mariani parvient à s’échapper de la prison de Borgo grâce à un simple fax. Quand il est arrêté et de nouveau incarcéré, il entre rapidement en contact avec Claude Chossat, toujours dans la même cellule tapissée de posters de voitures de course. « Il vient me solliciter car il a besoin immédiatement d’un téléphone, explique Claude Chossat. Il avait beaucoup d’autorité, beaucoup de charisme au sein de l’établissement. J’avais des liens affectifs envers lui. Je ne peux pas l’expliquer, il me fascinait. »

« Claude Chossat était immature quand il rencontre Francis Mariani, estime une experte psychologue à la barre de la cour. Francis Mariani est devenu une figure paternelle, une référence. » Comme tout fils en difficulté, Claude Chossat, criblé de dettes après une douloureuse expérience de chef d’entreprise à sa sortie de prison, se tourne donc naturellement vers Francis Mariani. Le « boss » accepte, sans broncher selon lui, de lui prêter du jour au lendemain la coquette somme de 50.000 euros.

« Je n’ai pas su dire non »

Peu de temps après, selon Claude Chossat, Francis Mariani demande à le voir et le convie à Ajaccio pour un dîner. « Il me dit : "Il m’est arrivé quelque chose de grave. J’ai été victime d’une tentative d’assassinat au volant de ma Porsche. Je vais avoir besoin d’un chauffeur pour me véhiculer. Je sais que tu connais bien les routes. Ensuite, peu de personne dans mon entourage te connaisse. En plus, tu es sans activité." » Sa réponse ? « Je n’ai pas su dire non, confie-t-il. Je n’ai pas pu pu dire non. »

Petit à petit, Claude Chossat rend service sur service au parrain de la mafia corse, et se retrouve au milieu de scènes dignes des films. Comme cette fois où il conduit son « boss » à un point de rendez-vous avec un autre homme, pour apprendre ensuite, peu de temps après, par la radio, que ledit homme a été tué. Ou cette autre fois où, à la demande de Jacques Mariani, il l’aide à s’échapper de la cour d’assises d’Aix-en-Provence, pour filer vers la Suisse.

« Je peux être le prochain »

A la mort de Richard Casanova, dont il est le principal accusé, Claude Chossat, jusqu’ici chauffeur du « boss » change de statut et prend du galon. « A ce moment-là je suis dans une certaine confiance, se souvient-il. Je suis mis dans certaines réunions alors que je n’ai rien à y faire. » Et les services envers le « boss » et ses crimes continuent.

Jusqu’au jour où Claude Chossat décide de s’éloigner du milieu, pour sa famille, mais aussi par peur pour lui-même. « Moi, je quitte la Corse en décembre 2008, explique-t-il à la barre. Je tourne le dos à Francis Mariani car je sais qu’il a, à cette période complètement pété les plombs. Et je sais qu’à ce moment-là, je peux être le prochain. » Il décide alors de collaborer avec la justice, s’autoproclamant « repenti » à l’origine selon lui du dénouement de plusieurs enquêtes.

Pour autant, Claude Chossat nie en bloc être le meurtrier de Richard Casanova, et accuse notamment Francis Mariani. Une version des faits que le principal intéressé ne peut confirmer, puisqu’il est mort en janvier 2009. « Oui, j’ai aidé Francis Mariani pendant sa cavale, s’emporte Claude Chossat à la barre. J’ai conduit des véhicules blindés, j’ai réalisé une transaction d’armes pour lui. Pour le reste, je n’ai aucune raison de raconter des histoires. La Brise de Mer a trente ans d’activités. Et Francis Mariani et ses amis n’ont jamais eu besoin de Claude Chossat pour tuer qui que ce soit ! » Une affirmation que ne devraient pas manquer de contredire les parties civiles ce mardi, autorisées à interroger Claude Chossat sur ses propos.