Monaco : Un ancien juge dénonce le fonctionnement de la justice en Principauté

TEMOIGNAGE Il enquêtait notamment sur le dossier Rybolovlev, un scandale présumé de corruption qui secoue le Rocher

F.Bi. avec AFP

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Le palais de justice de Monaco
Le palais de justice de Monaco — Valéry Hache afp.com

« J’ai réalisé qu’à Monaco la justice devait être une institution qui arrange, et non qui dérange ». Le magistrat français Edouard Levrault, détaché en Principauté jusqu’à cet été, dénonce dans l’Obs le fonctionnement de la justice monégasque. Il enquêtait sur le dossier Rybolovlev, un scandale présumé de corruption qui secoue le Rocher.

Le juge d’instruction, qui a quitté Monaco après que le renouvellement de son détachement a été refusé, y était arrivé trois ans plus tôt et avait hérité d’une enquête sur le patron de l’AS Monaco, le riche homme d’affaires russe Dmitri Rybolovlev. Il est soupçonné d’avoir tenté de s’attirer les faveurs de responsables locaux dans le cadre du conflit qu’il avait avec un Suisse, à propos de la vente de tableaux de maîtres.

« J’ai servi d’alibi »

Dans l’Obs à paraître jeudi, le magistrat raconte les « obstacles » auxquels il a été confronté. Et revient sur les conditions de son départ. « La décision des autorités monégasques m’a été notifiée sans qu’aucun grief ne soit invoqué, ce qu’aucun Etat de droit ne saurait admettre ». « J’ai servi d’alibi pour justifier à quel point la justice pouvait être indépendante. Ce fut de courte durée car, en me limogeant, il a été démontré combien cette indépendance, même dans ses apparences, avait aussi ses limites », dit-il.

Lundi, un nouveau garde des Sceaux, le français Robert Gelli, a pris ses fonctions à Monaco. Le Prince Albert l’a annoncé en soulignant la nécessité pour la justice locale de « retrouver la sérénité qui doit présider à son bon fonctionnement » et en affirmant « son attachement à une justice indépendante et impartiale ».