Entre haine familiale et jalousie, le parcours chaotique de Sophie Masala la « démembreuse du Canal »

PROCES Le procès de Sophie Masala, 55 ans, accusée d’avoir tué sa collègue de travail avant de la démembrer, s’est ouvert ce lundi devant les assises de la Haute-Garonne

Béatrice Colin

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Jeudi 26 mai 2016lors de la découverte de la valise contenant le tronc de la victime, sur les berges du Canal du Midi.
Jeudi 26 mai 2016lors de la découverte de la valise contenant le tronc de la victime, sur les berges du Canal du Midi. — H. Menal / 20 Minutes
  • Le procès de Sophie Masala, « la démembreuse du Canal », s’est ouvert ce lundi à Toulouse pour une semaine.
  • En mai 2016, cette quinquagénaire est accusée d’avoir tué puis démembré Maryline Planche avant de jeter les morceaux de son corps dans le Canal.
  • Lundi, les experts ont dépeint le difficile parcours de l’accusée, qui avait un conflit avec l’image maternelle à laquelle Maryline Planque lui faisait penser.

En ce premier jour d’audience, elle a peu parlé, pleurant silencieusement parfois à l’évocation des faits ou de son passé. C’est pourtant bien d’elle dont il a été question toute la journée. Ce lundi, le procès de Sophie Masala-Fryder s’est ouvert devant les assises de la Haute-Garonne pour le meurtre de sa collègue de travail, Maryline Planche, un jour de mai 2016.

Les témoignages d’experts se sont succédé à la barre pour tenter de donner un début d’explication au geste effroyable de cette femme menue à la chevelure rousse, de comprendre ce qui l’a conduite à démembrer sa victime avant de jeter les morceaux de son corps dans le Canal du Midi. Tout, hormis la tête qu’elle a pris le soin d’enterrer dans un jardinet au pied de son appartement.

Et c’est en décortiquant son enfance que les experts ont trouvé des éléments de réponse. A 10 ans, cette aînée d’une famille de six enfants installée dans le Nord a été le témoin de la pendaison de son père. Un suicide qu’elle dit avoir « zappé » et qui l’a pourtant marquée.

Mal-aimé et soumission

Sa mère, volage, ne lui a pas caché ses conquêtes, l’a même fait participer à ses mensonges et lui a rapidement imposé un père de substitution qui lui a donné son nom. De l’aveu de sa propre sœur, Marie-Odile, cette femme n’aimait pas ses filles, particulièrement Sophie. Au point de fermer les yeux sur les agressions sexuelles que leur grand-père leur a fait subir. « Je pense que ma mère le savait, jamais elle ne nous a protégées. Nous étions ses rivales, elle était violente dans ses paroles et ses gestes », témoigne à la barre sa cadette.

De cette enfance chaotique, Sophie Masala a gardé une fragilité. Très jeune, elle est passée de l’autorité maternelle, à celle de son mari, dont elle a peur selon ses proches. Ce dernier l’a coupée de sa famille et de ses relations.

Elle a enchaîné les petits boulots dans le Sud-Est où le couple s’était installé et a eu deux enfants. Après quelques années, elle a fini par trouver un job à la faculté de médecine de Montpellier. Mais son goût pour l’argent l’a poussée à voler et falsifier des chèques. Un détournement qui lui a valu une condamnation a de la prison et l’obligation de porter un bracelet électronique.

L’image de la mère

Pour éponger ses dettes, pendant plus d’un an Sophie Masala a eu des relations sexuelles tarifées, avec l’aval de son mari. A 47 ans, elle a décidé de reprendre ses études et a fini par rentrer à l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées. A Montpellier dans un premier temps, puis à Toulouse. C’est là qu’elle va croiser le chemin de Maryline Planque.

Cette dernière est décrite comme consciencieuse, calme et serviable par ses collègues qui trouvent par contre Sophie Masala bavarde, impulsive, manipulatrice et voulant s’imposer dans la vie des gens. Si au début, elle a cherché la reconnaissance de sa victime, une sorte de rivalité s’est progressivement installée entre elles.

Sophie Masala est allée « chercher des détails pour alimenter sa propre rancœur », explique Geneviève Peresson, une psychiatre qui l’a examinée. Elle reprochait à Maryline Planque d’emporter chez elle des dossiers, de donner une fausse image d’elle… Comme la propre mère de l’accusée. « On a le sentiment que pour elle, Maryline c’est l’image de l’autorité maternelle, tout l’énerve en elle. Elle ne la supporte pas comme elle ne supporte pas sa mère », souligne la spécialiste pour qui Sophie Masala « n’a pas de limite, pas de jugement moral qui lui permet de dire stop ».

Affects débranchés

Sa haine l’a poussée à se rendre chez sa collègue et a lui porter un coup fatal à la tête. Après son passage à l’acte, « les affects se sont débranchés, elle a dit qu’elle s’était mise en mode je gère », a décrit à la barre Alain Penin, un psychologue.

Elle a laissé sa victime, a passé le week-end à Montpellier avant de revenir sur les lieux du crime et de la découper en plusieurs morceaux, avant de les éparpiller dans le Canal. « Elle décrit ses actes de manière quasi chirurgicale comme s’il ne s’agissait plus de sa collègue de travail. Sa gestion a consisté à tout mettre en œuvre pour qu’elle ne se fasse pas prendre. A un détail près, celui de la tête », a poursuivi l’expert.

Sophie Masala a toujours dit que si elle l’avait enterrée dans sa résidence, c’était pour l’avoir auprès d’elle, lui donner une sépulture. Geneviève Peresson s’est interrogée pour savoir s’il ne s’agissait plutôt d’un trophée quand Alain Penin estime qu’inconsciemment c’était une façon de garder une preuve de sa culpabilité.

Un acte horrible aux antipodes de la mère aimante décrite par ses enfants. « Ce sont deux femmes différentes, ma mère est gentille, elle m’a appris à être droite, elle n’a jamais levé la main sur nous, a toujours voulu le bien pour ses enfants. C’est une très belle personne, je ne me l’explique pas », a tenu à témoigner Mylène, sa fille, tentant de lui redonner une certaine humanité.