Mort du petit Tony à Reims : Un homme jugé ce mardi pour ne pas avoir dénoncé son voisin violent

PROCÈS Jonathan L. a reconnu avoir entendu les pleurs de Tony, un enfant de 3 ans, quelques jours avant qu'il ne meure sous les coups de son beau-père 

Vincent Vantighem

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Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire.
Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Tony, 3 ans, est mort en 2016 des suites des coups répétés de son beau-père.
  • Jonathan L. va être jugé, ce mardi, pour ne pas avoir dénoncé son voisin violent.
  • Pour « non-dénonciation de crime », il encourt trois ans de prison ferme.

Face aux policiers, Jonathan L. l’a reconnu : « On ne voulait pas d’histoires… » Pourtant, cet homme aujourd’hui âgé de 34 ans « sentait » bien que Tony, son petit voisin, était « maltraité ». Le matin, « très souvent », l’enfant de 3 ans pleurait. Et lorsque Jonathan. L. l’entendait dans l’appartement au-dessus du sien, il avait « pitié de lui », a-t-il admis.

Quasiment trois ans après la mort atroce du bambin, Jonathan. L. va comparaître, ce mardi devant le tribunal de Reims (Marne), pour « non dénonciation de crime ». Une procédure rare pour laquelle il encourt une peine de trois ans de prison ferme tandis que l’auteur des coups et son ancienne compagne attendent, eux, encore de connaître la date de leur procès devant une cour d’assises.

« Je n’ai jamais vu un rapport d’autopsie aussi dégueulasse… »

« C’est une affaire avec un fort poids émotionnel », confie aujourd’hui Matthieu Bourrette, le procureur, qui viendra requérir lui-même à l’audience pour l’occasion. Fin novembre 2016, il était déjà en poste à Reims quand les enquêteurs ont pénétré dans cet immeuble de la place des Argonautes. Au sixième étage, ils ont découvert le corps inanimé de Tony. Et en passant les lieux au révélateur, ils ont compris que le sang du garçonnet avait en fait coulé quasiment partout au cours des dernières semaines : le long du lit, sur le dossier du canapé, à côté du bureau, dans les toilettes, sur le sol de l’entrée…

Tony décède à son arrivée à l’hôpital de ruptures de la rate et du pancréas consécutives à des coups de poing portés à l’abdomen deux jours plus tôt. Mais les légistes remarquent également de multiples bleus sur les membres inférieurs, des traces d’anciennes fractures costales et des lésions au visage dont une rupture du frein de la lèvre supérieure évocatrice de mauvais traitements. « C’est simple : je n’ai jamais vu un rapport d’autopsie aussi dégueulasse », confie une source proche du dossier, pourtant habituée à ce type de procédure.

Une marche blanche en hommage à Tony, 3 ans, s'est déroulée dans les rues de Reims, mercredi 30 novembre.
Une marche blanche en hommage à Tony, 3 ans, s'est déroulée dans les rues de Reims, mercredi 30 novembre. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Pour le procureur, « cet enfant aurait pu passer la Noël »

La mort de l’enfant marque aussi Matthieu Bourrette. Deux jours après le décès, le procureur convoque une conférence de presse et assène : « Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer la Noël ! » C’est donc ce qui vaut à Jonathan. L., dont l’avocate a refusé de répondre aux questions de 20 Minutes, de comparaître aujourd’hui.

Et à la justice de devoir emprunter un chemin étroit : en s’en prenant aux voisins, les magistrats vont peut-être rappeler à tous les Français leurs obligations de signaler les maltraitances dont ils sont les témoins. Mais ils risquent aussi de faire peur à tous ceux qui ont tardé à réagir et de les inciter à ne pas témoigner du tout de ce qu’ils ont vu ou entendu…

Un risque que Marie Grimaud est prête à prendre. Avocate de l’association Innocence en danger, elle plaide depuis le début de cette affaire pour que les voisins du petit Tony soient poursuivis. Dès 2017, elle avait même envoyé une requête en ce sens aux magistrats champennois. « Notre objectif est de lancer un signal dans l’opinion pour encourager les citoyens à effectuer des signalements, résume-t-elle. Mais nous ne sommes pas dans une logique punitive. Dans ce dossier, je serai la première à demander que [Jonathan. L.] soit dispensé de peine… »

Mais, dans le monde de la défense des enfants, le sujet fait débat. Dans un communiqué publié lundi, l'association L'Enfant bleu a ainsi expliqué qu'elle n'était pas favorable à l'idée de « stigmatiser » les voisins des personnes violentes de cette manière. Et qu'il valait mieux au contraire faire la promotion du 119, Allô Enfance en danger, pour encourager les alertes. Un sujet qui risque d'être abordé lors du procès. La décision du tribunal correctionnel de Reims pourrait être mise en délibéré.

Suivez en direct ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem