Belgique : Première audience en vue d’une libération conditionnelle pour Marc Dutroux

MONDE Marc Dutroux, le pédophile belge, va demander, ce jeudi, une expertise psychiatrique, première étape à une libération conditionnelle

Vincent Vantighem

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Marc Dutroux lors de son procès à Arlon (Belgique), en 2004.
Marc Dutroux lors de son procès à Arlon (Belgique), en 2004. — STF / POOL / AFP
  • Marc Dutroux a été condamné, en 2004, à la perpétuité pour viols et assassinats en Belgique.
  • La loi belge l’autorise à réclamer sa libération conditionnelle depuis 2013.
  • Son avocat va demander, ce jeudi, une expertise psychiatrique pour savoir s’il est toujours dangereux.

Bruno Dayez est avocat au barreau de Bruxelles depuis 1982. C’est-à-dire depuis bien trop longtemps pour balancer une phrase sans en mesurer réellement la portée. Aussi, quand il dit qu’il « faudra vider l’abcès un jour », il parle bien de Marc Dutroux et de son objectif de le faire sortir de prison avant 2021.

Ce jeudi, l’avocat va donc rejoindre le pédophile le plus haï de Belgique au centre de détention de Nivelles, au nord de Charleroi, afin de réclamer une expertise psychiatrique. Soit la première étape pour obtenir, à terme, une libération conditionnelle. L’audience va se tenir à huis clos devant le tribunal d’application des peines de Bruxelles spécialement composé de cinq juges et qui doivent se prononcer à l’unanimité, vu le profil du requérant.

« Déterminer s’il est dangereux ? S’il présente un risque ? »

« Cette audience est sans enjeu. On va seulement débattre de la liste des experts qui pourraient examiner Marc Dutroux, confie l’avocat. Il faut bien déterminer dans quel état mental il se trouve, s’il est dangereux et S’il présente un risque de récidive ? Nous n’en sommes pas encore au stade de savoir s’il peut être libre ou pas… »

Et pourtant, comme récemment en France avec Jean-Claude Romand ou Patrick Henry, la Belgique n’a pas l’intention d’attendre pour débattre du sujet, vingt-trois ans après l’arrestation de Marc Dutroux. Dans une lettre ouverte diffusée par son avocat, Laetitia Delhez, l’une des rares victimes vivantes du pédophile, raconte ainsi que la « peur la tenaille rien qu’à l’idée d’imaginer la sortie de Marc Dutroux, dans de telles conditions… »

Bruxelles, le 20 octobre 1996. Des centaines de milliers de Belges manifestant dans les rues de Bruxelles en mémoire des victimes de Marc Dutroux.
Bruxelles, le 20 octobre 1996. Des centaines de milliers de Belges manifestant dans les rues de Bruxelles en mémoire des victimes de Marc Dutroux. - CORR / BELGA / AFP

Libérable depuis 2013, il n’a jamais exprimé de regret

C’est pourtant ce que le droit belge prévoit. Et ce qui a permis à Michelle Martin, l’ex-femme de Dutroux, de recouvrer la liberté en 2012. Arrêté en 1996 et condamné en 2004 à la réclusion criminelle à perpétuité pour viols sur mineurs et cinq assassinats, Marc Dutroux est, lui, libérable depuis le 30 avril 2013, selon les textes. A l’époque, il avait d’ailleurs formulé une première demande de remise en liberté sous bracelet électronique. Celle-ci avait été refusée en raison, notamment, du manque de perspective de réinsertion et du risque de récidive.

En janvier dernier, une vidéo illégale prise par l’un de ses codétenus l’avait montré tout sourires en train de faire des glissades sur le verglas de la cour de promenade de sa prison. Affublé d’une grosse barbe et de quelques kilos en trop, celui qui par le passé avait rencontré ses deux épouses dans des patinoires ne donnait alors pas vraiment l’image d’un homme dangereux.

Mais il ne faut pas oublier qu’il n’a, lors de son procès, jamais exprimé le moindre regret ni de compassion à l’égard des victimes. Pas même pour Julie et Mélissa, deux fillettes de 8 et 9 ans, mortes de faim et de soif dans sa cave après avoir été violées. « Moi, je pousse la défense le plus loin possible, indique encore à 20 Minutes Bruno Dayez qui a publié un livre* réclamant que les peines de prison ne dépassent pas vingt-cinq ans. C’est pour cela que je réclame l’expertise psychiatrique. C’est mon boulot. Peut-être qu’on va me dire qu’il est fou dangereux. »

La décision du tribunal d’application des peines de Bruxelles devrait être mise en délibéré. Ce qui incite l’avocat à citer la Bible : « Demain s’inquiétera tout seul de lui-même… » Les Belges aussi.

* Pourquoi libérer Dutroux ?, pour un humanisme pénal (Editions Samsa, 116 pages, 2018).

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