Procès à Grasse : Le poker est-il un jeu de pur hasard ou implique-t-il aussi «l’adresse et l’exercice du corps» ?

LOIS Un Américain réclame à un cheikh saoudien le paiement d’une dette de jeu de 2,8 millions de dollars alors que la loi française ne prévoit aucun recours pour les jeux de hasard

Fabien Binacchi

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Illustration poker
Illustration poker — SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA
  • La chambre civile du tribunal de grande instance de Grasse est appelée à se prononcer sur la nature même du poker.
  • Le jeu est-il régi par le seul hasard ou répond-il aussi à des facteurs plus humains.
  • La juridiction devra se prononcer pour statuer sur la demande d’un Américain qui réclame le paiement d’une dette de jeu de 2,8 millions de dollars à un cheikh saoudien.

Les paris sont ouverts et le résultat doit tomber le 2 décembre. Le poker est-il un jeu de pur hasard ou implique-t-il également des facteurs… plus humains ? La chambre civile du tribunal de grande instance de Grasse (Alpes-Maritimes) a mis sa décision en délibéré après avoir été saisie, ce lundi, par un joueur professionnel américain qui réclame le paiement d’une dette de 2,8 millions de dollars à un cheikh saoudien.

Rick Salomon, résidant de Las Vegas, a déjà gagné plusieurs tournois
Rick Salomon, résidant de Las Vegas, a déjà gagné plusieurs tournois - Joe Giron

Sur le papier, l’affaire est plutôt mal engagée. La loi 1965 du Code civil, promulguée en 1804, précise qu’il n’y a « aucune action pour une dette du jeu ». Mais si Me Ronald Sokol, l’avocat de Rick Salomon, y croit, c’est parce que le texte suivant prévoit justement une exception pour les jeux « qui tiennent à l’adresse et à l’exercice du corps ». Et justement ce qu’il a cherché à prouver… que le poker appartient bien à cette catégorie-là.

« Comment gagner sa vie avec un jeu de hasard ? »

« Si le poker n’était qu’un jeu de hasard, pourquoi y aurait-il des tournois et des classements avec des joueurs qui gagnent beaucoup plus souvent que d’autres », a-t-il plaidé ce lundi matin, espérant faire jurisprudence devant la juridiction grassoise. « On est au niveau des batailles entre Federer et Nadal pour le tennis «, a-t-il assuré, arguant aussi qu’une partie » était souvent très énergivore".

« Le poker est un jeu d’adresse prouvé par des études empiriques », a poursuivi le conseil, mandaté par l’ex-mari de Pamela Anderson, déjà vainqueur de plusieurs championnats en Amérique et à l’international. « Mon client, comme beaucoup d’autres joueurs de poker, gagne sa vie comme ça. Comment serait-ce possible avec un jeu uniquement basé sur la chance », interroge le conseil, qui plaide pour une évolution de la loi. « Les textes sur lesquels nous nous basons ont été écrits il y a 215 ans. Les choses ont changé ».

« Je ne comprends pas bien cet acharnement »

« Mon confrère pousse la martingale un peu loin », a rétorqué avec malice Me Paul-Albert Iweins, l’avocat du cheikh Raad Al-Khereiji, 59 ans, qui conteste les sommes évoquées pour cette partie, organisée selon le demandeur à Théoule-sur-Mer en 2014. Et, selon lui, le Saoudien, seul joueur non professionnel de cette session de poker organisée sur deux soirées, aurait pu être pris pour un « gros pigeon » par les autres.

« Je ne comprends pas bien l’acharnement dans cette affaire vu les textes français. La partie en question se serait déroulée sur le sol français et est donc soumise aux lois de la France », a conclu le conseil, confiant. Fin de partie ? Réponse le 2 décembre.