Policiers brûlés à Viry-Châtillon : Une enquête marquée par la loi du silence

PROCES A partir de ce mardi et pour huit semaines, treize jeunes, soupçonnés d’avoir participé à l’attaque de quatre policiers à Viry-Châtillon, comparaissent devant la cour d’assises des mineurs, trois des accusés avaient 17 ans au moment des faits

Caroline Politi

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Quatre policiers ont été visés par une attaque aux cocktails Molotov en octobre 2016 à Viry-Châtillon (Essonne)
Quatre policiers ont été visés par une attaque aux cocktails Molotov en octobre 2016 à Viry-Châtillon (Essonne) — Thomas SAMSON / AFP
  • Treize jeunes, âgés de 17 à 22 ans au moment des faits, sont jugés pour « tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique ».
  • Dans cette affaire, les investigations ont été marquées par la loi du silence.
  • Le procès est prévu pour durer huit semaines en raison notamment de la complexité de l’affaire et du nombre d’accusés.

Six minutes pour un raid d’une violence inouïe. Il y a trois ans presque jour pour jour, deux voitures de police, stationnées à la lisière de la Grande Borne, un quartier sensible à cheval entre Grigny et Viry-Châtillon, dans l’Essonne, sont attaquées par une vingtaine d’individus. Les assaillants brisent les vitres avec des pierres, jettent des cocktails molotov dans l’habitacle. Trois fonctionnaires sont grièvement brûlés, une dernière s’en sort avec de multiples ecchymoses et un arrachement osseux. A partir de ce mardi et pour huit semaines, treize jeunes hommes sont jugés pour « tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique » devant la cour d’assises des mineurs d’Evry. Si tous sont aujourd’hui majeurs, trois avaient 17 ans au moment des faits.

Le 8 octobre 2016, les quatre policiers sont chargés d’assurer la sécurisation d’une caméra de vidéosurveillance, située sur un carrefour où les vols à la portière sont légion, lorsqu’ils aperçoivent une vingtaine d’individus, tout de noir vêtus, cagoulés et gantés, fondre dans leur direction. Vincent R., qui sera le plus grièvement blessé, tente de redémarrer sa voiture. En vain. Il reste coincé dans l’habitacle lorsque le véhicule s’embrase. Quand il parvient enfin à s’en extraire, il est à nouveau la cible d’un projectile. Ses hurlements – il est brûlé sur 25 % du corps​ – alertent un de ses collègues qui se brûlera à son tour en l’aidant à retirer ses vêtements en flammes. « On est à un stade de sauvagerie ultime, lâche Me Laurent-Franck Lienard, avocat de deux des policiers. Même s’ils ont repris le travail, ils sont encore très marqués et craignent d’être confrontés à leurs agresseurs. »

Une enquête démarrée sur les réseaux sociaux

Rapidement, les investigations s’orientent vers une bande de Grigny, la Serpente, du nom d’une rue de la Grande Borne. Mais dans ce dossier, les éléments matériels se font rares. L’attaque a beau avoir eu lieu en plein après-midi, tous les assaillants étaient masqués et les quelques traces ADN relevées sur les lieux ne sont pas concluantes. Quant à la vidéosurveillance, de mauvaise qualité, elle est difficilement exploitable.

Mais la principale difficulté à laquelle se heurtent les enquêteurs, c’est l’omerta qui règne dans le quartier. Rares sont ceux qui osent parler, et ceux qui le font ou sont soupçonnés de le faire, s’exposent à des représailles. Un ado, accusé d’être un « poucave », est violemment tabassé dans les toilettes de son lycée, un autre part s’installer au Mali parce que, confie-t-il aux policiers, « c’est chaud ». C’est pourtant un témoin anonyme, qui a recueilli les confidences des participants, qui a permis de donner un coup d’accélérateur à l’enquête. Ils livrent aux policiers, les préparatifs du raid, commencés la veille par la confection de cocktails molotov et le rôle moteur de trois jeunes de la Serpente qui veulent « prouver aux plus jeunes leur efficacité ».

Mais la loi du silence ne s’arrête pas aux murs de la cité. En détention provisoire, plusieurs mis en examen se sont procurés des téléphones portables et des interceptions soulignent que des menaces contre des coaccusés jugés trop bavards ont été proférées. L’un d’eux a même été placé dans un « quartier pour personne vulnérable » pendant sa détention provisoire en raison des pressions qu’ils subissaient depuis ses déclarations en audition.

Certains participants n’ont pas été interpellés

La justice n’est d’ailleurs pas parvenue à mettre la main sur l’ensemble des auteurs. Sur les images de vidéosurveillance, on aperçoit distinctement dix-neuf silhouettes, dont seize ont participé activement à l’agression.

Le mobile lui-même reste incertain. L’accusation a retenu la thèse d’une volonté d’effrayer les policiers pour les pousser à lâcher la surveillance de ce rond-point stratégique. Ils encourent la perpétuité.