Marseille : « Un café en terrasse et je vais me manger deux balles dans la tête », quand la peur domine le procès du meurtre de Zakary Remadnia

PROCES La cour d’assises d’Aix-en-Provence interrogeait les accusés du meurtre de Zakary Remadnia, sur fond de rivalité pour le contrôle de trafic de drogue à Marseille

Adrien Max

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La cour d'assises d'Aix-en-Provence doit rendre son verdict à la fin de la semaine dans le procès du meurtre de Zakary Remadnia.
La cour d'assises d'Aix-en-Provence doit rendre son verdict à la fin de la semaine dans le procès du meurtre de Zakary Remadnia. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Cinq accusés du meurtre de Zakary Remadnia commis à Marseille en 2014 étaient interrogés par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône.
  • Ils expliquent s’être procurés des armes, des véhicules volés ou encore des gilets pare-balles dans le cadre de la gestion du trafic de stupéfiant de la cité des Flamants à Marseille et la peur que cette gestion générait.

La peur du règlement de comptes. Lors du procès du meurtre de Zakary Remadnia qui se tient jusqu’à vendredi à la Cour d’assises d’ Aix-en-Provence, le sentiment de peur d'une vengeance sans fin a dominé les réponses des accusés. Mouloub Chettabi, Tahar Ben Makri, Sofiane Agueni, Hichem et Eddy Tir ont été successivement interrogés par le président de la cour, pour leur supposée participation au meurtre de Zakary Remadnia. Ce dernier était assassiné le 18 juillet 2014 de 23 balles, dont quatre dans la tête, par deux tireurs dans le 14e arrondissement de Marseille.

Aux différents points soulevés par le président et l’avocat général, certains ont avancé leur implication dans un trafic de stupéfiant, pour lequel ils ont déjà été condamnés, quand d’autres ont justifié la peur qui entourait leur quotidien. Quand le président demande à Tahar Ben Makri pourquoi on l’entend vouloir se procurer des armes sur les écoutes téléphoniques, celui-ci avance « vouloir récupérer deux ou trois calibres pour (s)e protéger » dans le cadre du trafic de stupéfiant des . Et il y a de quoi, Mehdi Berrebouh, un de leurs amis, a été assassiné quelques semaines auparavant avec Farid Tir, le frère et cousin de deux autres accusés.

« Tous ceux que je vois meurent »

Malgré seulement six mois passés en liberté en 14 ans, Sofiane Agueni vit lui aussi avec la boule au ventre quelques jours après sa sortie et la mort de Mehdi Berrebouh. « On m’a dit de faire attention à partir de ce moment-là, j’étais exposé parce que je gérais le réseau des Flamants et que j’étais son ami. Je vivais d’hôtel en hôtel », explique-t-il. Comment expliquer la découverte de gilets pare-balles et d’une cagoule dans une de ses chambres ? « Les gilets c’était pour me protéger et je mets toujours une cagoule quand je vais sur le point de stup parce qu’on sait tous qu’il y a beaucoup de surveillances policières », argumente-t-il.

Et le fait que son téléphone s’éteigne le 18 juillet, le jour du meurtre de Zakary Remadnia, pour ne pas se rallumer avant le 9 août ? « On m’avait prévenu de couper mon téléphone parce que je pouvais être suivi par des “ennemis”. J’ai la trouille, Depuis que je suis sorti de prison, tous ceux que je vois, meurent, et j’ai peur d’en faire partie », explique-t-il avec fatalité.

« J’étais plus proche des Remadnia que d’Hichem, mon cousin »

Une peur que les Tir, Hichem, le frère de Farid, manager de Jul assassiné en région parisienne, et cousin d’Eddy, qui est accusé d’être le donneur d’ordre dans cette affaire, ne connaissent pas. Malgré l’avertissement de Saïd, le grand-père de la famille, assassiné juste avant de comparaître pour un trafic de cannabis et de cocaïne en 2011 : il avait expliqué qu’après son décès, toute la famille Tir allait être prise pour cibles et que ses ennemis allaient tuer Néné, puis Farid, puis Karim, puis Hichem et ensuite les autres. Une prémonition qui s’est réalisée, en partie, puisque pas moins de six membres de la famille ont été tués depuis la mort du grand-père, dont le dernier, Farid, le frère d'Eddy, tué à la fin du mois d'août. 

Si la peur ne les gagne pas tout de suite, c’est parce que Zakary Remadnia fait partie de la famille : il est le cousin d’Eddy Tir par alliance. C’est ce qu’il a expliqué dans l’après-midi après avoir refusé de se présenter dans le box des accusés toute la matinée : « Nos familles vivent dans le même village, nos morts sont enterrés dans le même cimetière, je le connais depuis que je suis enfant, depuis toujours. J’étais plus proche des Remadnia que d’Hichem mon cousin. »

Deux instructions

Zakary pourrait-il être « l’étudiant », le nom d’une des cibles potentielles qui revient dans les écoutes ? « Il a arrêté l’école à 16 ans et il était en cellule avec moi pour trafic de stup', par pour études supérieures », tranche Eddy Tir. Et que contenait cette lettre qu’Eddy a confiée à sa mère en prison pour être remise à Sofiane ? Contenait-elle une photo de Zakary, le visage cerclé ? Preuve du climat de peur qui s’est installé au sein de l’équipe des Flamants, Eddy Tir explique avoir « encerclé la tête de mecs extérieurs de Marseille desquels il fallait se méfier ». Tout comme ces « deux instructions » que Sofiane devra suivre coûte que coûte : « Je n’ai jamais donné l’ordre de tuer ou quoi que ce soit, les deux instructions c’était de fuir et surtout de ne faire confiance à personne pour s’en sortir ».

Malgré ces « deux instructions », ils se retrouvent devant une Cour d’assises et cette stratégie de défense paraît désormais vitale. « Depuis qu’on m’a mis dans ce dossier, il suffit que j’aille boire un café en terrasse et je vais me manger deux balles dans la tête, parce que les gens sont sûrs que j’ai tué Zakary. J’ai peur pour ma vie », s’inquiète Tahar Ben Makri. Les jurés doivent, normalement, rendre leur verdict à la fin de la semaine.