Affaire « Pierrot le fou » : Vers un nouveau procès ?

TUEUR EN SERIE La commission d'instruction de la Cour de révision se prononce ce jeudi sur la demande de nouveau procès de Pierre Bodein

Thibaut Gagnepain

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Procé Bodein en appel à Colmar le 09 09 2008. Pierre Bodein dit "Pierrot le fou".
Procé Bodein en appel à Colmar le 09 09 2008. Pierre Bodein dit "Pierrot le fou". — G . VARELA / 20 MINUTES
  • « Pierrot le fou » espère retourner devant la justice. Le tueur en série, reconnu coupable de trois meurtres, deux viols et deux enlèvements perpétrés en juin 2004, a déposé, via son avocat, une demande de révision de son procès.
  • La commission d’instruction de la Cour de révision doit se prononcer ce jeudi sur le dossier de Pierre Bodein.
  • Quel est le nouvel élément susceptible de conduire à une révision ? Un calendrier dans lequel Pierre Bodein détaille son programme de juin 2004, quand les trois meurtres pour lesquels il a été condamné ont été commis.

Un tueur en série de nouveau devant la justice ? La commission d’instruction de la Cour de révision doit se prononcer ce jeudi sur le dossier de Pierre Bodein. « Pierrot le fou », son surnom, avait été condamné en 2008 par les assises du Haut-Rhin à la réclusion criminelle à perpétuité « réelle », soit une incarcération minimale de trente ans. Il avait été reconnu coupable de trois meurtres, deux viols et deux enlèvements perpétrés en juin 2004.

« Il a toujours clamé son innocence et dit être le coupable idéal », plaide son avocat, Me Dominique Bergmann. Après avoir rendu visite à son client à la prison de Moulins-Yzeure (Allier), c’est lui qui a déposé en mars une demande de révision. « D’après l’article de procédure pénale, on peut le faire quand il y a un fait nouveau ou un élément inconnu de la juridiction au moment du procès. C’est le cas ici. »

Un calendrier annoté par un visiteur de prison

De quoi s’agit-il ? « D’un calendrier annoté sur lequel Monsieur Bodein détaille son programme de juin 2004, notamment les jours où on l’accuse d’avoir commis des meurtres, répond le pénaliste alsacien. Ce n’est pas lui qui a écrit car il souffre de tremblements des mains mais il a dicté tout ça à un visiteur de prison. »

Au 18 juin 2004, jour de la disparition de la jeune Jeanne-Marie Kegelin à Rhinau « Pierrot le fou » dit ainsi « s’être déplacé avec une certaine Madame Garcia à Valff, puis avoir mangé au McDo et être allé à Bourgheim ». Et le 25, quand Julie Scharsch a été enlevée ? « Il parle de son passage chez un développeur de photos puis être allé dans un kebab et un magasin d’électroménager à Sélestat », poursuit Me Dominique Bergmann, convaincu de la légitimité de ces éléments.

« On nous prend vraiment pour des couillons »

« C’est une demande incongrue et indécente qui blesse inutilement des victimes qui ont déjà beaucoup souffert, réagit le représentant des parties civiles, Me Thierry Moser. Ce sinistre individu est un manipulateur. Au moment de son arrestation, Bodein a été interrogé minutieusement et a donné trois, quatre versions successives sur son emploi du temps ces jours-là. Et quinze ans après, il vient nous raconter qu’il se souvient maintenant parfaitement de ce qu’il a fait. On nous prend vraiment pour des couillons ! »

Face à ce qu’il considère comme « de l’enfumage », l’avocat n’attend ni plus ni moins qu’un rejet de la part de la commission d’instruction de la Cour de révision. Ce qui ne signifierait pas forcément la fin de la procédure. « On pourrait alors demander à la Cour européenne des Droits de l’Homme de se pencher sur la notion de procès équitable. C’est une piste », prévient Maître Bergmann. Réponse de son confrère ? « Qu’il aille devant l’ONU s’il veut ! C’est grave qu’un homme puisse faire perdre autant de temps à la justice. »