Procès Mediator : « Les laboratoires ne prennent plus en compte l’être humain »

PROCES Alors que s’ouvre la troisième semaine du procès du Mediator, une victime toulousaine dénonce « l’injustice » ressentie, notamment du fait de l’éloignement du procès

Beatrice Colin

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Le procès du Mediator s'est ouvert le 23 septembre 2019 à paris et doit durer six mois.
Le procès du Mediator s'est ouvert le 23 septembre 2019 à paris et doit durer six mois. — VALINCO/SIPA
  • Le procès du Mediator s’est ouvert à Paris le 23 septembre pour une durée de six mois.
  • Plus de 2.684 victimes se sont constituées parties civiles pour ce procès contre les laboratoires pharmaceutiques Servier.
  • Pierrette Brunel, une victime toulousaine, et son avocate dénoncent « l’injustice territoriale » d’un procès qui se tient à Paris.

Son nom figure parmi la longue liste des 2.684 parties civiles au procès qui s’est ouvert il y a deux semaines à Paris. Pourtant, comme de nombreuses victimes du Mediator, Pierrette Brunel ne croisera sans doute jamais le regard des responsables du groupe pharmaceutique Servier, jugés durant six mois pour « tromperie aggravée avec mise en danger de la santé au préjudice des patients », « escroquerie » et « homicides et blessures involontaires ».

Cette retraitée toulousaine ne fera pas le déplacement. « Comment voulez-vous que les gens se rendent à Paris, surtout quand ils sont fatigués à cause de leur maladie. Et puis c’est encore à nos frais, comme à chaque fois que nous nous rendons voir des experts », déplore-t-elle dans un souffle.

Victime et « punie »

Durant trois ans, cette employée dans les collèges et lycées de la Haute-Garonne a pris du Mediator pour perdre un peu de poids. En 2003, alors âgée de 55 ans, elle a fait un malaise sur son lieu de travail. « On m’a tout de suite changé les valves cardiaques. Je suis allée en maison de repos et depuis je fatigue facilement. J’ai aussi un traitement lourd, une prise sang tous les quinze jours », raconte-t-elle.

Lorsque le scandale sanitaire a éclaté, ce sont ses proches qui lui ont mis la puce à l’oreille. Après avoir vu plusieurs commissions d’experts, on lui a confirmé que la prise du Mediator était bien à l’origine de ses problèmes de santé.

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Si elle a touché une indemnisation, l’essentiel n’est pas là. « Cela ne va pas nous redonner la santé. Ce que nous voulons, c’est être reconnues victimes et qu’ils soient condamnés », tranche celle qui avoue avoir eu des « coups de blues ».

Cela ne l’a pas empêché de se lancer dans ce nouveau combat, après s’être battue dix ans aux côtés de son mari, victime, lui, de l’amiante. « Nous sommes des numéros pour eux, mais il y a des gens qui sont morts. Ces laboratoires ne prennent plus en compte l’être humain, il n’y a qu’une chose qui compte pour eux, c’est l’argent », déplore Pierrette Brunel qui « se sent punie » de ne pouvoir assister au procès, en plus d’être victime.

« Injustice territoriale »

« C’est un sentiment partagé par de nombreuses parties civiles, d’autant que 85 % vivent en dehors de la région parisienne. Il y a une extrême recentralisation judiciaire. Cela a été le cas dans l’affaire Merah ou encore de Nice, qui est instruite à Paris et sera jugée à Paris. Les victimes ont de plus en plus de mal à être représentées et les instructions sont trop longues pour des personnes qui n’ont pas de moyens infinis », déplore son avocate, Stella Bisseuil, qui défend une trentaine de parties civiles dans le dossier du Mediator.

Après avoir vécu trois procès-fleuves pour la catastrophe AZF, elle sait que rares sont les victimes à suivre ces procès de longue haleine. « Il y a une forme d’injustice territoriale », conclut-elle.