Attentat raté de Notre-Dame : « Si je ne l’évite pas, je prends le couteau dans le cou »

PROCES Les agents de la DGSI ayant participé à l’interpellation d’Inès Madani et de ses complices en septembre 2016 ont raconté ce mardi à la cour le déroulement de l’intervention  

Thibaut Chevillard

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Le procès doit durer jusqu’au 11 octobre dans la salle Voltaire de la cour d'assises de Paris.
Le procès doit durer jusqu’au 11 octobre dans la salle Voltaire de la cour d'assises de Paris. — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Ornella Gilligmann, 32 ans, et Inès Madani, 22 ans, comparaissent devant la cour d’assises spéciale aux côtés de cinq autres personnes.
  • Elles sont accusées d’avoir tenté de faire exploser une voiture remplie de bonbonnes de gaz près de Notre-Dame, à Paris, en 2016.
  • Elles ont été interpellées quelques jours plus tard, dans l’Essonne, par les agents de la DGSI.
  • Les deux femmes encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

« Monsieur, vous m’entendez ? » demande, en parlant fort dans le micro, le président Laurent Raviot. Un écran accroché sur un mur de la salle s’allume. La voix d’un homme, caché derrière un store, lui répond. Celle de l’agent 400 SI, un fonctionnaire de la DGSI dont l’identité est protégée. Le 8 septembre 2016, il faisait partie des policiers qui ont interpellé Inès Madani, Sarah Hervouet et Amel Sakaou alors qu’elles s’apprêtaient à commettre un attentat. Une intervention durant laquelle il a été blessé par l’une de ces jeunes femmes, jugées depuis huit jours par la cour d’assises spéciale.

Ce jour-là, les policiers de la DGSI sont à la recherche de Sarah Hervouet et de son fiancé, Mohamed Lamine Aberouz, qu’ils suspectent de vouloir commettre une action terroriste. Ils les localisent du côté de Boussy-Saint-Antoine, dans  l'Essonne, où réside Amel Sakaou, 39 ans. Cette dernière, apprennent-ils, possède une Renault Scénic grise. « Le chef du dispositif m’a envoyé sur le parking à côté pour vérifier que cette voiture s’y trouvait bien », raconte l’agent 400 SI. Après l’avoir repéré, il gare son Citroën Jumper à une trentaine de mètres du véhicule de l’accusée pour le surveiller discrètement.

« Son intention était de me donner la mort »

A 19h07, ses collègues, en planque devant l’appartement d’Amel Sakaou, l’avertissent que trois femmes viennent de sortir de l’immeuble. Deux d’entre elles portent un jilbeb, la troisième un jogging gris. Ils les voient arriver sur le parking mais elles disparaissent ensuite de son champ de vision. Il ouvre alors la fenêtre, pour essayer de distinguer « des bruits de portières, de coffre ».

Quand soudain, Sarah Hervouet surgit devant lui. Le visage de la jeune femme est « vide, sans aucune expression ». Tout juste a-t-il le temps d’esquiver le coup de couteau qu’elle lui assène et qui termine dans son épaule. « Son intention était de me donner la mort. Si je ne l’évite pas, je prends le couteau dans le cou », assure-t-il à la cour. Le fonctionnaire est persuadé que les trois femmes « avaient manigancé leur acte » car il les a vues parler ensemble sur le parking.

Le président interroge Inès Madani : savait-elle que sa complice allait poignarder cet agent ? « Non », jure-t-elle. Les accusées avaient bien repéré la présence de cet homme dans sa voiture. Mais leur projet était tout autre. « On a dit à Sarah d’aller récupérer le véhicule, explique-t-elle. On pensait qu’elle allait pour cela juste le menacer. Et elle est revenue en criant qu’il était armé. » Que comptaient-elles faire alors avec ces armes ? « On avait un projet d’attentat mais on n’avait pas défini de plan. On ne savait pas ce qu’on allait faire quand on est descendues. »

« Non, tu ne mourras pas en martyr »

La suite de l’opération est racontée par un autre agent de la DGSI, le fonctionnaire 422 SI. Les trois femmes prennent la fuite, couteau de boucher en main, mais elles sont rattrapées rapidement par les policiers. Inès Madani part en courant en direction du gymnase de la ville, l’agent 422 SI la poursuit « en lui criant de s’arrêter et de jeter son arme ».

La jeune femme de 19 ans fait subitement demi-tour et se dirige vers lui, « le regard noir, déterminé ». « Je me suis senti en danger, je pensais qu’elle voulait me tuer. » Il ouvre alors le feu, à quatre reprises. « C’était elle ou moi. » Inès Madani est touchée au pied et à la cuisse. Se vidant de son sang, elle tente malgré tout de porter des coups de couteau « au niveau des jambes » des policiers qui l’entourent.

« Tuez-moi ! », leur demande-t-elle aussi. « Non, tu ne mourras pas en martyr », lui répond l’agent 422 SI. Inès Madani garde aujourd’hui des séquelles de ses blessures. « Il était en légitime défense. Je ne peux pas lui reprocher d’avoir tiré. J’aurais fait la même chose à sa place », souffle la jeune femme. « Je peux comprendre qu’il a eu peur et je voulais juste m’excuser en fait », poursuit-elle.

Pour l’agent 422 SI, cette opération reste un souvenir « marquant dans ma carrière et ma vie personnelle ». « C’est un souvenir qui reste gravé en moi. On ne s’attend pas à autant de véhémence de la part d’une jeune fille de son âge. » Le procès d’Inès Madani, de Sarah Hervouet et de trois autres personnes doit durer jusqu’au 11 octobre.