Sectes : Vers une disparition de la Miviludes ?

EN VOIE D'EXTINCTION La mission de lutte contre les dérives sectaires va être dissoute au sein du ministère de l’Intérieur

S. A.

— 

(Illustration) Manifestation de scientologues pour protester contre l'instrumentalisation des magistrats par la Miviludes et la stigmatisation de mouvements religieux, en mai 2012.
(Illustration) Manifestation de scientologues pour protester contre l'instrumentalisation des magistrats par la Miviludes et la stigmatisation de mouvements religieux, en mai 2012. — PIERRE VERDY / AFP

Mise aux arrêts en toute discrétion pour la Miviludes [Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires] ? L’entité, en attente d’un président depuis un an, va disparaître au 1er janvier 2020, révèlent nos confrères de France Inter. Quant à ses fonctionnaires – dont l’effectif devrait être réduit –, ils seront rattachés au ministère de l’Intérieur, a confirmé une porte-parole de Place Beauvau à la radio.

« C’est une catastrophe. Cette décision est d’une conséquence terrible. Cette institution nous était enviée par le monde entier », a réagi Georges Fenech, ancien président de la mission de 2008 à 2012, interrogé par la radio. « Faire migrer une mission interministérielle au sein du ministère de l’Intérieur, c’est signer la mort de la Miviludes », a-t-il assuré à CheckNews.

L’affaire des essais cliniques

La Miviludes est une mission interministérielle instituée auprès du Premier ministre par décret présidentiel du 28 novembre 2002. Sur son site Internet, elle se décrit comme réalisant « une action d’observation et d’analyse du phénomène sectaire » et de coordination de « l’action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’encontre des dérives sectaires », elle contribue aussi à la formation et l’information de ses agents « et informe le public sur les risques voire les dangers auxquels il est exposé ».

Elle s’est récemment illustrée en révélant l'affaire des essais cliniques interdits réalisés sur 350 malades de Parkinson et Alzheimer dans une abbaye par les Fonds Josepha, une association reliée au controversé professeur Henri Joyeux. La Miviludes, qui publie chaque année un rapport détaillé sur les risques sectaires, avait par ailleurs obtenu une condamnation en justice de la scientologie pour « escroquerie en bande organisée ».

Une fusion qui inquiète les acteurs associatifs

L’avenir de la mission semblait déjà compromis à la suite d’une recommandation de la  Cour des comptes en 2017, préconisant que « le caractère opérationnel pourrait être renforcé par un rattachement au ministre de l’Intérieur » en raison de « son intervention plus récente, aux côtés d’autres acteurs, dans la lutte contre les processus de radicalisation violente a considérablement modifié son rôle et ses responsabilités ». Autre signe annonciateur : Le départ à la retraite en octobre 2018 de son président Serge Blisko, pas remplacé.

La Miviludes devrait fusionner avec le secrétariat général du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG CIPDR) : « Les champs d’intervention de ces deux organismes ne se recouvrent pas totalement mais ils ont pour important point commun la lutte contre les nouvelles formes de radicalité et certains phénomènes d’emprise et d’enfermement », a expliqué Matignon à CheckNews.

Une fusion que regrettent les acteurs du monde associatif et des proches de la mission. Ils redoutent que la lutte contre les dérives sectaires ne soit plus qu’observée qu’en fonction de la radicalisation. « Les missions de la Miviludes couvrent plusieurs domaines, dans la santé avec les pratiques non conventionnelles, l’éducation puisqu’on estime à 50.000 le nombre d’enfants sous emprise sectaire, le sport et la formation professionnelle qui peuvent être des vecteurs de recrutement », précise Georges Fenech à CheckNews.