Essais cliniques « sauvages » dans une abbaye : Ouverture d’une information judiciaire par le parquet de Paris

ENQUETE Deux juges d’instructions ont été saisis pour faire la lumière sur ces essais illégaux pratiqués sur au moins 350 malades de Parkinson et Alzheimer

20 Minutes avec AFP
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(Illustration) Le traitement, administré lors des essais, consistait à appliquer aux patients des patchs contenant deux molécules, appelées valentonine et 6-méthoxy-harmalan, dans l'espoir de traiter plusieurs maladies neurologiques.
(Illustration) Le traitement, administré lors des essais, consistait à appliquer aux patients des patchs contenant deux molécules, appelées valentonine et 6-méthoxy-harmalan, dans l'espoir de traiter plusieurs maladies neurologiques. — GUSTAFSSON/LEHTIKUVA OY/SIPA

Le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert vendredi matin une information judiciaire notamment pour « tromperie » concernant les essais cliniques «sauvages» pratiqués dans une abbaye près de Poitiers sur au moins 350 malades de Parkinson et Alzheimer.

Deux juges d’instruction ont été saisis pour mener les investigations dans le cadre de cette enquête ouverte après analyse des éléments transmis au pôle santé publique du parquet de Paris par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), qui avait révélé l’affaire le 19 septembre.

Le contesté Pr Henri Joyeux

L’ANSM avait découvert cet essai illégal grâce à une inspection de contrôle menée début septembre au laboratoire où les prises de sang étaient envoyées pour analyse. Dénoncée comme un « scandale » par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, l’expérimentation était menée par une structure baptisée Fonds Josefa dont le vice-président, le Pr Henri Joyeux, est contesté par la communauté médicale en France notamment à cause de ses positions anti-vaccins.

Elle consistait à appliquer aux patients des patchs contenant deux molécules, appelées valentonine et 6-méthoxy-harmalan, dans l’espoir de traiter plusieurs maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer, troubles du sommeil…). Selon l’ANSM, ces molécules sont proches de la mélatonine, hormone fréquemment utilisée pour mieux dormir mais déconseillée à certaines populations en raison d’effets secondaires.

L’information judiciaire a été ouverte pour plusieurs chefs : « Recherche interventionnelle impliquant une personne humaine (non justifiée par sa prise en charge habituelle sans l’obtention de l’avis du comité de protection des personnes et de l’autorisation de l’ANSM, sans consentement conforme, sans souscription préalable d’une assurance) », « abus frauduleux de l’ignorance ou de la faiblesse d’une personne vulnérable », « tromperie sur la nature, la qualité substantielle ou l’origine d’une prestation de services », « exercice illégal de la profession de pharmacien », « ouverture d’un établissement pharmaceutique sans autorisation » et « recherche impliquant une personne humaine malgré son interdiction ou sa suspension administrative », a précisé le parquet de Paris.

Qualifiant l’expérimentation d'« absolument inadmissible », la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait estimé que « la priorité » était « de connaître l’état de santé de ceux qui y ont participé, de vérifier qu’ils ont repris leur traitement, anti-parkinsonien notamment ».

1.500 euros le patch

L’instance de lutte contre les dérives sectaires, la Milivudes, avait précisé que certains « patchs » étaient vendus 1.500 euros aux patients dans le cadre de ces essais. Vendredi, l’ANSM s’est inquiétée dans un communiqué ne pas avoir la confirmation de l’arrêt effectif de l’utilisation de ces patchs et a enjoint, par une seconde décision de police sanitaire, le Fonds Josefa de « cesser immédiatement » la distribution, la prescription et l’utilisation desdits patchs.

Sur le site internet du Fonds Josefa, son fondateur, le Pr Jean-Bernard Fourtillan, revendique la découverte de la valentonine, supposée « protéger notre organisme et assurer la régulation des vies psychique et végétative ». Après la révélation de l’affaire, le Pr Joyeux avait assuré que cette expérimentation n’avait « rien à voir avec un essai clinique ». L’abbaye du Poitou, où étaient menés en partie ces essais, a pour sa part reconnu avoir « probablement manqué de discernement » en accueillant la structure qui les a menés. Elle avait toutefois dit ne pas « porter la responsabilité » des activités des groupes qu’elle reçoit.

Jean-Bernard Fourtillan est également visé par une plainte déposée en juin auprès du procureur de la République par l’Ordre des médecins du département de la Vienne pour « exercice illégal de la médecine ». Cet Ordre doit aussi examiner l’affaire lors de sa session plénière les 3 et 4 octobre. Il a déjà prévenu qu’il poursuivrait tout médecin qui, ayant participé à ces essais, « contreviendrait à ses obligations déontologiques ».

L’ANSM a, en outre, annoncé la mise en place lundi 30 septembre d’un numéro vert (0.800.97.14.03), afin de répondre aux interrogations des patients ayant pris part à cette expérimentation.