Marseille: «Victimes du syndrome de la rue d'Aubagne», des propriétaires contestent la démolition de leur immeuble devant la justice

HABITAT Des propriétaires contestent devant la justice la démolition prévue de trois immeubles rue de la Butte, près du métro à Marseille, présentés comme dangereux par la mairie

Mathilde Ceilles

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Les immeubles évacués rue de la butte, et le métro Jules Guesde fermé
Les immeubles évacués rue de la butte, et le métro Jules Guesde fermé — R. Khayat
  • La station de métro Jules-Guesde est fermé depuis trois mois après l'évacuation de trois immeubles à proximité, considérés comme dangereux par la mairie. 
  • La municipalité a d'ailleurs pris un arrêté de déconstruction afin de démolir trois immeubles rue de la Butte.
  • Ce arrêté est contesté par les propriétaires d'un de ces immeubles. 

Trois mois. Voilà trois mois que la station de métro Jules-Guesde à Marseille est fermée. Tout près, trois immeubles ont été évacués, considérés comme dangereux par la municipalité. La mairie a même ordonné leur démolition, de crainte qu’ils s’effondrent. Une vision contestée par les propriétaires d’un des immeubles, qui attaquent la mairie en justice. 20 Minutes fait le point.

C’est quoi, ces immeubles ?

Les trois immeubles qui font l’objet d’un arrêté de déconstruction sont situés au 4,6 et 8 rue de la Butte, dans le 2e arrondissement de Marseille, tout près de la gare Saint-Charles et du conseil régional. Ils sont situés de plus juste à côté de la station de métro de la ligne 2 Jules-Guesde. Celle-ci est fermée par raison de sécurité : les autorités craignent l’effondrement de ces immeubles.

L’immeuble situé au 6 rue de la Butte, qui appartient à plusieurs propriétaires privés, a d’abord fait l’objet le 19 juillet d’un arrêté de péril, constatant notamment de nombreuses fissures et un grave désordre sur les fondations. Le 30 août dernier, comme le révélait 20 Minutes, l’adjoint au maire en charge de la prévention et la gestion des risques urbains Julien Ruas a signé trois arrêtés de déconstruction des 4, 6 et 8, rue de la Butte.

Les bâtiments du 4 et du 8, tous deux inhabités, ont longtemps été la propriété d’Euroméditerranée. Cet établissement public d’aménagement est présidé par l’actuelle adjointe au maire en charge de l’urbanisme, Laure-Agnès Caradec, et chapeaute l’une des plus importantes opérations de rénovation urbaine en Europe. Les deux immeubles ont été récemment revendus au bailleur social marseillais Logirem.

Pourquoi les propriétaires contestent-ils cette déconstruction ?

Les propriétaires du 6 rue de la Butte ont décidé d’attaquer l’arrêté de déconstruction pris par la mairie devant le tribunal administratif. Ils estiment en effet que cette déconstruction est illégale, injustifiée et précipitée. « On nous demande de démolir en urgence cet immeuble alors qu’il ne présente pas de risques d’effondrement, affirme Cyril, copropriétaire et membre du conseil syndical. L’immeuble a été refait à neuf de A à Z par nos soins, et les appartements sont neufs. Le traitement de la pathologie d’origine, à savoir l’inondation de la cave du 8, peut être traité de façon radicale et sans risque à travers des travaux de confortement qui sont chiffrés et définis par deux bureaux d’études différents, et qui arrivent au même diagnostic. »

Et d’accuser : « Le maire, pour se débarrasser du problème, ordonne la démolition sur la base d’une expertise fondée uniquement sur un constat visuel. Il y a des pressions politiques pour faire les choses très rapidement, avec le contexte du logement à Marseille, des pressions des usagers de la RTM, des pressions des commerces… Beaucoup de gens se plaignent. » « Mes clients sont des victimes du syndrome de la rue d’Aubagne », abonde Me Pascal Cermolacce, avocat de plusieurs copropriétaires du 6 rue de la Butte.

« C’est un truc ubuesque, accuse l’avocat. On a deux immeubles, le 4 et le 8, qui avaient été achetés par Euroméditerranée, puis laissés à l’abandon. Et il y a notre immeuble, le 6, pris en sandwich entre les deux. Euroméditerranée avait fait des rapprochements avec les copropriétaires en vue d’un rachat du 6, mais ils ne sont pas tombés d’accord. »

La municipalité muette avant l’audience

Contacté par 20 Minutes, l’avocat de la ville de Marseille, Me Olivier Grimaldi, indique n’avoir « aucun commentaire à faire avant l’audience ». Idem du côté de la ville de Marseille, qui fait savoir, via son service presse, qu’elle se refuse à toute prise de parole avant le début de ce procès.

L’audience s’ouvrira ce jeudi à 14 heures devant le tribunal administratif.