Attentat déjoué à Notre-Dame : Derrière les accusés, l’ombre du djihadiste Rachid Kassim

AUDIENCE L’éminence grise du terrorisme, propagandiste de Daesh, a inspiré les cinq accusées

S.A. avec AFP

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Huit personnes, dont six femmes, sont jugées depuis lundi, pour deux tentatives d’attentats à Notre-Dame et à Boussy-Saint-Antoine.
Huit personnes, dont six femmes, sont jugées depuis lundi, pour deux tentatives d’attentats à Notre-Dame et à Boussy-Saint-Antoine. — Francois Mori/AP/SIPA

C’est le grand absent du procès de l'attentat raté près de Notre-Dame :  le propagandiste de l'organisation Etat islamique Rachid Kassim, jugé par défaut par la cour d’assises spéciale car il est probablement mort en Irak en 2017, a inspiré à chaque étape les cinq femmes djihadistes accusées, un rôle dans l’ombre qu’a décrit mardi un agent de la DGSI.

« L’année 2016 est une année de transition », explique le responsable du service judiciaire chargé de l’antiterrorisme à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il a requis l’anonymat et témoigne par vidéoconférence, caché derrière un store. En quelques mois cette année-là, « il y a plusieurs actions menées en France par des gens frustrés de ne pas avoir pu rejoindre la Syrie », à cause de la fermeture de la frontière turco-syrienne.

Une figure impliquée dans plusieurs attentats

A distance, Rachid Kassim, un Roannais qui a rejoint l’organisation Etat islamique en mai 2015, a inspiré l'assassinat d'un policier et de sa femme à Magnanville en juin 2016, puis, en juillet, celui du prêtre Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray en Normandie.

Début septembre 2016, c’est à lui que deux des accusées, Inès Madani et Ornella Gilligmann, envoient une vidéo de revendication avant de garer devant des restaurants près de Notre-Dame une voiture chargée de six bonbonnes de gaz. C’est vers lui encore qu’elles se tournent pour avoir des conseils sur le choix du carburant pour faire exploser les bonbonnes. Il répond trop tard, ce qui permet d’éviter « un carnage » : elles ont opté pour du gasoil, carburant difficilement inflammable.

Auteur d’un fascicule pour « passer à l’action »

Rachid Kassim ​a mis en relation trois des accusées : c’est en suivant ses conseils qu’Inès Madani se rend à Boussy-Saint-Antoine (Essonne) chez Amel Sakaou. Il guide aussi Sarah Hervouët jusqu’à elles. Quelques jours plus tôt, il avait incité Sarah Hervouët à s’attaquer au maire de Cogolin (Var), la commune où elle vivait, mais elle n’avait pas réussi à passer à l’action. Le 8 septembre, se sachant traquées par la police, les trois femmes ont quitté l’appartement armées de couteaux de cuisine. Sur le parking, Sarah Hervouët a porté un coup de couteau à un policier en civil de la DGSI qui se trouvait dans une camionnette.

Ines Madani était jugée devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs à visée terroriste.
Ines Madani était jugée devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs à visée terroriste. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Elles se sont inspirées du « guide du lion solitaire », fascicule de Rachid Kassim qui contenait « des méthodes accessibles à tous pour passer à l’action », selon l’agent de la DGSI.

« Il avait opté pour une propagande décomplexée sur les réseaux sociaux », poursuit l’agent. Sur la messagerie Telegram, il avait lancé la chaîne « Sabre de lumière », suivie par « plus de 300 personnes » : « On n’est pas sur la propagande de masse. Ce n’est pas TF1 ! », ajoute-t-il.