Attentat déjoué devant Notre-Dame de Paris : Portraits croisés d’accusées à la radicalisation express

PROCES Ce lundi, s’est ouvert devant la cour d’assises spéciale de Paris, le procès dit des « bonbonnes de Notre-Dame »

Caroline Politi

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Procès de l'attentat raté de Notre-Dame
Procès de l'attentat raté de Notre-Dame — Francois Mori/AP/SIPA
  • Huit personnes, dont six femmes, sont jugées à partir de ce lundi, pour deux tentatives d’attentats à Notre-Dame et à Boussy-Saint-Antoine.
  1. Quatre des accusées encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
  2. Le procès est prévu pour durer jusqu’au 13 octobre.

Elles sont toutes les quatre assises sur le même banc, à moins d’un mètre les unes des autres mais évitent soigneusement que leur regard ne se croise. Seule l’une d’entre elles est absente, refusant de monter dans la salle d’audience ou même de se faire assister d’un avocat. Pourtant, comme trois de ses coaccusées, elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Ce lundi, s’est ouvert devant la cour d’assises spéciale de Paris, le procès dit des « bonbonnes de Notre-Dame ». Cinq femmes, âgées de 22 à 42 ans, sont soupçonnées d’avoir fomenté deux attentats, l’un à la voiture piégée devant la cathédrale, l’autre armé de couteaux à Boussy-Saint-Antoine, dans l’Essonne. Une sixième femme et le seul homme encore vivant de ce dossier, sont jugés pour « non-dénonciation de crimes terroriste ».

La religion quasiment absente dans leur famille

A la barre, les enquêteurs de personnalité racontent l’histoire de ces femmes et leur basculement dans le djihad. Si les unes et les autres ont grandi aux quatre coins de la France et même du monde, dans des structures familiales diverses toutes présentent un point commun : avoir été élevées dans des familles dans lesquelles la religion était absente ou tenait une place minime. Ainsi, chez Inès Madani, souvent présentée comme la « tête pensante » de ce commando de femmes, la pratique de l’islam se cantonne au ramadan et à la célébration de quelques fêtes religieuses. Quant à Sarah Hervouët, accusée d’avoir poignardé à l’épaule un agent de la DGSI, elle accompagnait de temps à autre sa grand-mère, catholique, à l’office.

A travers ces enquêtes, ce sont d’abord des portraits de jeunes femmes qui peinent à trouver leur place dans leur famille et dans la société qui sont dépeint. Vêtue d’un chemisier jaune moutarde, Inès Madani, aujourd’hui âgée de 22 ans, écoute, les yeux dans le vide, l’expert évoquer les relations conflictuelles avec sa mère, qui la ramène sans cesse à son léger surpoids, ou sa dérive religieuse courant 2014, alors qu’elle vient de décrocher du système scolaire.

Elle se radicalise au côté d’une amie de sa soeur sous les yeux impuissants de sa famille qui la décrit comme « intelligente » mais « influençable ». Inès Madani refuse de partir avec elle en Syrie mais s’inscrit dans un institut de langue pour apprendre l’arabe, se met à porter le voile et se fiance en secret à un jeune Tunisien qui sera condamné pour « apologie du terrorisme » après avoir collé des autocollants de l’organisation de l’Etat islamique sur des voitures de l’opération Sentinelle.

Inès Madani comparait devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris
Inès Madani comparait devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris - BENOIT PEYRUCQ / AFP

Un facteur de « stabilité »

Le parcours d’Ornella Gilligmann, 32 ans, longue chevelure noire bouclée et lunettes à fine monture, soupçonnée d’être sa complice dans la tentative d’attaque à la voiture piégée, est plus sinueux. Une enfance rythmée par les placements en foyers puis par la présence successive de plusieurs beaux-pères, une mère décrite comme « impulsive » et violente. Dès l’adolescence, elle multiplie les fugues et les condamnations pour vols. Son intérêt pour la religion, expliquera-t-elle, à l’enquêtrice de personnalité, est lié à sa recherche de stabilité. Elle commence à pratiquer vers 19 ans, se radicalise quelques années plus tard. Devant les juges d’instruction, elle a reconnu avoir tenté de se rendre en 2015 en Syrie avec ses trois enfants.

Sarah Hervouët aussi assure avoir été « stabilisée » par sa conversion en 2014. Si sa mère a toujours été présente à ses côtés, son enfance et son adolescence ont été rythmées par des problèmes identitaires, entre un père biologique qui a fait de brèves apparitions dans sa vie et un père adoptif qu’elle aurait souhaité plus présent. Elle se convertit sur Internet, cachant à ses parents cette décision. Ils ne la découvriront que lorsqu’elle est arrêtée après avoir tenté de rejoindre la Syrie, en 2015.

Sarah Hervouët affirme avoir voulu se rendre sur place pour faire de l’humanitaire mais à son retour en France, elle se voile entièrement, n’écoute plus de musique et passe ses journées sur les réseaux sociaux. L’enquête mettra en lumière qu’elle a cherché à s’unir religieusement avec plusieurs terroristes impliqués dans les attentats du couple de policiers à Magnanville ou du père Hamel à Saint-Etienne du Rouvray. Dans le box, la jeune femme, tee-shirt blanc et cheveux ramassés en queue-de-cheval verse discrètement quelques larmes en entendant l’enquêtrice évoquer son parcours et ses errances.

Le procès des « bonbonnes de Notre-Dame » est prévu pour durer jusqu’au 13 octobre.