Procès Mediator : « On a fait le déplacement pour tous ceux qui ne peuvent plus être là »

AUDIENCE Les malades du Mediator se sont déplacés en nombre, ce lundi, pour assister à l’ouverture du procès des laboratoires Servier, dix ans après l’éclatement du scandale sanitaire

Vincent Vantighem

— 

Arrivée des plaignants au procès du scandale du Mediator au tribunal de Paris, le 23 septembre 2019.
Arrivée des plaignants au procès du scandale du Mediator au tribunal de Paris, le 23 septembre 2019. — JACQUES DEMARTHON/AFP
  • Le procès des laboratoires Servier et des autorités sanitaires s’est ouvert, ce lundi, à Paris.
  • Près de 3.000 personnes, malades du Mediator, se sont constituées parties civiles.
  • L’audience doit se tenir jusqu’à fin avril à raison de quatre demi-journées par semaine.

Assise sur un plot en béton du parvis du tribunal, Brigitte enlève précautionneusement le papier aluminium qui enserre le sandwich préparé le matin même. « On est partis à 8 heures... », indique-t-elle. Et entre deux bouchées, la voilà qui liste les villes traversées depuis Amiens (Somme) comme si elle évoquait un simple week-end à la campagne. « Villers-Bretonneux, Moreuil, Saint-Just, Chantilly… Et puis, Paris bien-sûr… On ne voulait pas rater ça ! »

Comme elle, de nombreuses victimes du Mediator ont convergé, ce lundi, vers le palais de justice de la capitale où s’est ouvert le procès de ce scandale sanitaire, dix ans après le retrait du marché du médicament des laboratoires Servier. Orléans, Brest, Sedan… Des personnes venues des quatre coins de l’Hexagone erraient en début d'après-midi dans ce tribunal aux faux airs de centre commercial. Toutes à la recherche de la salle d’audience où « réclamer justice », malgré le parcours fléché scotché, pour l’occasion, sur les murs blancs.

Des affiches indiquent la direction du procès Médiator au palais de justice de Paris.
Des affiches indiquent la direction du procès Médiator au palais de justice de Paris. - V. VANTIGHEM

Venue de Nice (Alpes-Maritimes), Annie a, elle, choisi de s’en remettre aux bons soins de l’association Paris Aide aux victimes pour trouver le chemin. « On m’a changé une valve [cardiaque]. Et la seconde est abîmée... », résume-t-elle depuis son fauteuil roulant. A bout de souffle, elle cède, dans un numéro bien rodé, la parole à son mari, Georges, qui remet à peine sa ceinture après avoir passé les contrôles de sécurité. « Elle a de la chance d’être là, poursuit-il. On a fait le déplacement pour tous ceux qui ne peuvent plus être là… »

Deux oreillers pliés dans le dos pour pouvoir respirer la nuit

Dès l’ouverture de l’audience, Sylvie Daunis, la présidente de la 31e chambre, les met pourtant en garde. « Le tribunal n’est pas compétent pour dire combien de morts le Mediator a pu causer. (…) Le tribunal est compétent pour déterminer si les prévenus sont coupables… » Les voilà justement qui s’avancent, un à un, vers la barre pour réciter leur état-civil et donner leur adresse. Trois salles d’audience ont été réquisitionnées pour retransmettre les débats. A l’intérieur, pas un bruit… Il s’agit de ne pas rater ce moment important.

« Cela fait trop longtemps qu’on attend, explique en effet Jocelyne, l’épouse de Gaëtan. Ça fait onze ans qu’il souffre… Ils lui ont bousillé sa vie. Ils ont bousillé notre retraite… » Et de résumer les nuits sans sommeil de son mari, ancien boucher dans les abattoirs. « Les deux oreillers pliés » qu’il est obligé de placer sous son dos pour tenter de respirer, en dormant en position quasi assise.

Sarah, Hakima… La liste de victimes fait 120 pages

« Nos clients contestent les accusations de ‘’tromperie aggravée’’. Mais bien évidemment qu’ils comprennent la souffrance des victimes, lâche un de nombreux avocats de la défense. Ils ne sont pas aveugles… » Non. Mais au cas où ils seraient sourds, le tribunal a tenu à lire intégralement la liste des parties civiles constituées devant les juges d’instruction. « Abdallah, Sarah, Hakima, Françoise, Ghalia… » Cent-vingt pages au total… « S’il y avait eu trois ou quatre parties civiles, nous les aurions lues. Ce n’est donc pas parce qu’il y en a plusieurs centaines que nous allons en faire l’économie », a justifié Sylvie Daunis.

Dans les salles d’audience, le silence s’est alors fait encore plus pesant. Prévu pour durer jusqu’à la fin du mois d’avril, le procès devrait s’attarder toute la semaine sur les recours procéduraux des prévenus. Et commencer à aborder le fond du dossier à partir de la semaine prochaine. « S’il le faut, on sera là, indique Brigitte. On ne va pas lâcher maintenant ! » D’autant que, désormais, elle connaît l’itinéraire.