Lors d'une manifestation antispéciste, à Marseille. (illustration)
Lors d'une manifestation antispéciste, à Marseille. (illustration) — BORIS HORVAT / AFP

VIANDE

Eure : De la prison ferme requise contre des militants animalistes

14 militants animalistes comparaissaient à Evreux pour des tentatives de « libérations » d’animaux d’exploitations agricoles

Jusqu’à six mois de prison ferme ont été requis vendredi au tribunal correctionnel d’Evreux contre 14 militants et militantes animalistes de l’association Boucherie abolition pour des dégradations commises dans trois élevages. Le jugement a été mis en délibéré au 5 novembre. Il est reproché à ces militants et militantes de s’être introduits dans trois exploitations agricoles, à Beaulieu (Orne), Goussainville (Eure-et-Loir) et Jumelles ( Eure) pour « libérer » des volailles et des porcs, le 14 avril 2019 et le 13 décembre 2018.

Lors de la seconde action, un mouvement de panique au sein de l’exploitation de l’Eure avait causé la mort par étouffement de près de 1.400 dindes, a précisé le parquet. « Nous ne sommes pas là pour juger des idéaux mais des infractions pénales », a souligné la procureure de la République Dominique Puechmaille, avant de regretter « l’indécence » des militants qui « comparent l’élevage à la dictature nazie ». « Les camps de concentration sont toujours là. On libère des prisonniers », avait un peu plus tôt lancé à la barre une prévenue de 25 ans.

« Je ne suis pas l’avocat de mafieux »

Le parquet a requis dix-huit mois de prison dont six fermes contre deux prévenus, Solveig Halloin, 44 ans et Vincent Aubry, 32 ans, deux porte-parole de l’association Boucherie Abolition. Il a en outre demandé dix-huit mois de prison avec sursis contre neuf des prévenus, quatre mois avec sursis contre un autre et deux mois avec sursis contre un dernier.

« Je ne suis pas l’avocat de mafieux », a plaidé Me Pierre Morrier, l’avocat d’un couple d’éleveurs victimes. « On traite nos clients de kapos, de nazis…Rendez-vous compte de la tonalité des débats ! », a-t-il ajouté. L’avocate de trois militants et militantes, cofondatrice du Parti animaliste, Hélène Thouy, a affirmé que « l’animal n’est pas une chose que l’on vole. L’animal n’est pas couvert pas l’infraction de vol ».

Ils et elles plaident la désobéissance civile

« L’animal relève du régime des biens. Lorsque l’on prend deux dindes dans un élevage (le 13 décembre 2018, ndlr), c’est du vol », a rétorqué la procureure. Elle a dénoncé la « particulière gravité des faits, qui génère une véritable psychose chez les éleveurs ». La magistrate a pointé un « risque évident de récidive, car les prévenus ne se remettent pas du tout en cause ».

Ceux et celles-là, âgées de 25 à 50 ans, ont reconnu les faits, plaidant la désobéissance civile. « Nous ne sommes pas des fous, nous sommes des lanceurs d’alerte », a renchéri une autre prévenue, âgée de 37 ans, en pleurs à la barre. La plupart des militantes et militants sont poursuivis pour dégradations, vols, violation de domicile, entrave à la liberté du travail. Le syndicat agricole FDSEA de l’Eure s’est constituée partie civile.