Procès de la France insoumise: Un « procès politique » ? Parties civiles et parquet démontent la thèse de Mélenchon

COMPTE-RENDU Le ministère public a requis à l'encontre de Jean-Luc Mélenchon une peine de trois mois de prison avec sursis et 8.000 euros d'amende 

Helene Sergent

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Jean-Luc Mélenchon lors de son procès à Bobigny le 20 septembre 2019.
Jean-Luc Mélenchon lors de son procès à Bobigny le 20 septembre 2019. — Martin BUREAU / AFP
  • Jean-Luc Mélenchon et cinq autres cadres de la France insoumise étaient jugés à Bobigny pour rébellion et actes d’intimidation en lien avec la tentative de perquisition menée le 16 octobre 2018.
  • Dans leurs plaidoiries et réquisitoire, parties civiles et procureurs ont fustigé le « manque de courage » et le « gâchis » des élus insoumis.
  • Un discours balayé d’un revers de la main par Jean-Luc Mélenchon qui n’a cessé de se déclarer « victime » d’une instrumentalisation politique de la justice.

« Il est de notre devoir de remettre quelques vérités à leur place », a lancé la procureure Juliette Gest. Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre. Ou en mesure de l’être. Toute la matinée, avocats des policiers et magistrats invectivés lors de la perquisition des locaux de la France insoumise en octobre 2018 ont tenté, eux aussi, de livrer « leur vérité ».

Et de démonter la thèse du procès politique avancée depuis des mois par Jean-Luc Mélenchon et ses militants. En vain. Immédiatement après les réquisitions prises à son encontre – trois mois de prison avec sursis et 8.000 euros d’amende – le député de Marseille a dénoncé une « machine mortelle » dirigée à son encontre pour le « flétrir ».

« Vous n’avez aucun courage ! »

Sans surprise et après des semaines d’âpres échanges par médias interposés avec le principal prévenu, c’est Eric Dupond-Moretti, avocat de plusieurs policiers mobilisés lors de cette perquisition qui a été le plus offensif. Le pénaliste a dénoncé le « manque de courage » de l’élu : « Les explications que vous fournissez mesdames, messieurs, sont pathétiques (…) Vous n’avez aucun courage, quand on est un révolutionnaire comme vous, puisque c’est un procès politique alors on mène une défense de rupture mais vous, vous n’allez pas au bout, vous n’apportez la preuve de rien de ce prétendu complot ». Sur le banc des prévenus, Jean-Luc Mélenchon écoute attentivement, opine du chef, crayonne sur un carnet.

Quelques minutes plus tôt, Maître Raphael Thery, l’avocat du magistrat bousculé par le leader de LFI pendant la perquisition, a lui aussi dénoncé le « spectacle, politico-médiatique imposé aux citoyens » par les cadres du parti. « Nous avons tous pu voir l’intégralité des faits reprochés aux prévenus, leurs mots, leurs actes, leur comportement (…) personne n’est dupe, la ficelle est bien trop grosse. Ils peuvent porter le combat politique qu’ils veulent (…) les faits sont têtus d’autant qu’ils ont été filmés », a martelé l’avocat, faisant référence aux images, désormais célèbres tournées par une équipe de l’émission Quotidien. Car pour les parties civiles comme pour le parquet, le dossier est « simple » et les images valent tous les PV d’audition. Alors ils se sont attachés à démonter la thèse et les mots des prévenus.

Faire cesser « les calomnies »

Là encore, c’est Eric Dupond-Moretti qui a été le plus cruel. « Il y’a des mômes qui ont regardé tout ça, qui n’ont pas été sénateur socialiste pendant 40 ans, qui ont quatre mots de vocabulaire dans leur besace, qui ont des difficultés sociales et qui n’ont plus confiance en l’autorité. Quel signal vous leur avez donné ? Pardon mais c’est un signal délétère. C’est catastrophique qu’un élu de la République se comporte de cette façon, qu’il n’assume RIEN, parce que vous n’assumez RIEN au seul motif que vous êtes parlementaire ». Un discours appuyé par Juliette Gest, procureure : « Comment expliquer à nos concitoyens demain, que eux, vont devoir respecter la même loi alors que les députés qui l’ont violée ne sont pas condamnés par le tribunal ? ».

Tour à tour, ils se sont opposés à l’image de la justice, des magistrats et des fonctionnaires de police portée par la thèse des prévenus, celle du « procès politique ». « Ils ont diffusé une image de la justice instrumentalisée par le politique qui ne reflète pas la réalité. Il faut que ces calomnies cessent. Chacun doit bien entendre que les partis politiques ne sont pas à l’abri de ces enquêtes et doivent se comporter de façon civique », a lancé l’avocat François Saint-Pierre. « On nous fait passer pour des gens que nous ne sommes pas, des laquais, des pantins au service d’un pouvoir politique, a lui aussi déploré Raphaël Théry, mais dans une enceinte judiciaire, ici ce n’est pas celui qui parle le plus fort qui a raison. »

« Relaxez-moi ! »

Qu’importe le signal envoyé par les images de cette perquisition. Porté par ses militants venus en nombre sur le parvis du tribunal de Bobigny, Jean-Luc Mélenchon a immédiatement réagi aux réquisitions prononcées par le ministère public. Balayant les caméras et journalistes, « ces substituts du procureur », le tribun a livré avant la plaidoirie de son avocat, sa propre plaidoirie à l’extérieur de l’enceinte judiciaire.

« Les magistrats qui sont le prolongement ici de Mme Belloubet, comprenant qu’ils avaient perdu la bataille sur le plan moral et sur le plan politique, après nous avoir menacés de 10 ans de prison et 150.000 euros d’amende, concluent avec une proposition de large distribution d’argent car beaucoup ne sont venus requérir ici contre nous que pour ça ! », lance-t-il à ses supporters, faisant référence aux peines d’amendes demandées par le procureur.

Un premier tour de chauffe qu’il a répété avec emphase dans une ultime allocution au tribunal, quelques heures plus tard. Devant un public visiblement acquis à sa cause, il a demandé à la cour de le relaxer : « Pourquoi sommes-nous là ? Pas parce que le tribunal l’a décidé ! Parce que le parquet l’a décidé ! Relaxez-moi, pas pour moi ! Mais pour le service que nous allons rendre au pays ! »

Le tribunal rendra sa décision le 9 décembre prochain.